Comment j'ai sauvé le monde - Jake Vecchiet
Résumé :
Et si vous trouviez un journal qui traitait de votre futur proche ? Et si ce journal semblait connaître le moindre secret intime vous concernant ? Et si l’écriture du journal était la vôtre, mais que vous n’aviez aucun souvenir de l’avoir un jour rédigé ? Et si ce journal vous racontait la fin du monde ? … Y croiriez-vous ?
Où se le procurer ?
Ou en me contactant directement à : jake.berenson@free.fr
Extrait :
Prologue
Thomas Cichevet jura en sortant son téléphone portable. Voilà une heure qu’il cherchait cette satanée bibliothèque. L’Alcazar était pourtant censée être la plus grande de tout Marseille.
J’te retiens Julien…
Leurs examens de quatrième année de pharmacie commençaient en fin de semaine. Durant le mois entier de révision, Thomas avait été incapable de se mettre vraiment au travail. Que ce soit l’ordinateur avec son facebook, ou le soleil d’été qui commençait à s’installer pour de bon, il y avait toujours eu une distraction pour le sortir de sa fragile concentration…
Le brun soupira. Il se connectait à internet avec le téléphone.
Bien sûr, il avait travaillé régulièrement pendant le quadrimestre. Mais bon… Ceux qui prétendaient que cela suffisait amplement pour réussir les finaux avaient définitivement tort.
Un de ses amis lui avait alors conseillé de changer d’environnement de travail, et la bibliothèque de Marseille rassemblait de nombreux élèves désireux de potasser leurs cours.
L’étudiant plongea sa main dans son jean pendant que les coordonnées GPS de la bibliothèque se reliaient à celles de son téléphone pour lui trouver le plus cours chemin jusqu’à destination.
Finalement, le portable émit un bip triomphant.
Hé ben, voilà !pensa Thomas en se passant une main dans ses cheveux coupés en brosse.
Il quitta le métro Noailles et descendit l’avenue jusqu’à tomber sur la bonne intersection, puis remonta vers la bibliothèque.
Il sourit lorsqu’il aperçut les lettres monstrueuses sur la façade : ALCAZAR.
Yeah baby.
Son téléphone se mit à sonner. Sa mère. Il décrocha. Encore ses parents, cherchant probablement à savoir s’il parvenait enfin à travailler.
Ils ne pouvaient pas se mêler de leur vie, ceux là ?
- Ouais ?
- Coucou mon chéri, ça va bien ?
Thomas grogna en guise de réponse.
- Est-ce que tu pourrais me rendre un service ? demanda sa mère.
Nous y voilà…
- Ton père et moi partons pour New York dans quelques heures, est-ce que tu pourrais venir t’occuper du chien et garder la maison pendant quelques jours ?
Bien sûr, parce que moi je n’ai rien à faire de mes journées…
- Wahou, un préavis de deux heures ? Vous vous améliorez…
Sa mère garda le silence un moment, puis en hésitant elle lança :
- Ca veut dire oui ?
Inutile d’insister, s’il tentait de dire non, elle l’aurait à la culpabilité. « Pense donc à tous ces phoques qui ont besoin de notre aide ! ».
Les parents du jeune homme étaient impliqués dans la cause environnementale depuis des années. C’était la principale raison pour laquelle il ne les voyait que rarement. Ce qui ne l’embêtait pas plus que ça.
Il adorait ses parents, mais leurs relations s’étaient largement améliorées lorsqu’il avait déménagé à Marseille pour ses études…
Le problème avec leur état d’esprit très « Greenpeace » était qu’ils partaient en vadrouille aux quatre coins du monde toutes les cinq minutes, et demandaient à leur fils unique de garder le chien, la maison, les poules, de s’assurer que la piscine ne virait pas au vert et autres tâches de la sorte…
Pour la forme, Thomas souffla dans le téléphone, de sorte que sa mère sache que ce n’était pas de gaîté de cœur.
- Ouais, ça veut dire oui, répondit-il finalement.
- Merci mon chéri. L’univers te le rendra, ajouta-t-elle en prêchant sa croyance.
Pour elle, les lois de notre monde étaient régies par le karma. Une bonne action entraîne à terme un retour positif, alors qu’un « non » peut avoir des répercussions terribles…
- Tu veux quelque chose de New York ? proposa-t-elle.
- J’aimerais bien des bottes en peau de phoque…
- Oh, tu es horrible ! Est-ce que tu te rends compte que…
Mais Thomas avait coupé la conversation. Sa mère n’avait jamais été très réceptive à l’humour, de toute façon.
Il allait regarder l’heure sur son portable, mais un clocher sonna dix coups alors qu’il entrait dans le sas de la bibliothèque.
Il avait quelques heures pour bosser, mais il devrait prendre la voiture et rentrer dans son village.
Autant pour mes superbes révisions…
Il éteignit son portable. Lorsqu’il releva les yeux, les lumières de la bibliothèque vacillèrent toutes en même temps. Les gens levèrent les yeux vers les néons, au plafond.
Thomas entendit un grand bruit de déchirure sur sa gauche. Il fronça les sourcils alors que le courant revenait. Il hésita : l’entrée se trouvait sur sa droite, où les vigiles regardaient les arrivants d’un air suspicieux.
Finalement, l’étudiant fit quelques pas sur sa gauche. Il regarda alentours. Qu’est-ce qui avait pu faire ce bruit ?
Son pied buta dans un objet, il baissa la tête. Un carnet jonchait le sol. Il se baissa pour le ramasser.
Sa couverture était en cuir et il était comme empaqueté par une lanière. Il tira sur le fil et fit tourner quelques pages. Certaines étaient gondolées, comme si elles avaient été mouillées. Une odeur de sel s’échappait du bouquin.
Le port n’était qu’à quelques dizaines de mètres, est-ce que quelqu’un l’y avait fait tomber ?
Il passa l’inspection de sécurité en montrant l’intérieur de son sac.
Ouais, que des bouquins barbants, désolé…
Une file de personnes s’étendait devant lui. Ils voulaient tous rendre les romans empruntés.
Issu d’une famille plutôt débrouillarde – ou culottée, la limite était fine – Thomas coupa la file et interrompit une femme qui rendait ses livres à un employé de la bibliothèque.
- Excusez-moi, mais j’ai trouvé ce bouquin par terre, à l’entrée…
Il déposa le carnet sur le plan de travail. Il fit demi-tour, avant que quelqu’un ne s’en prenne à lui pour avoir osé perturber la file, mais il fut immédiatement apostrophé par l’employé.
- Monsieur, ce livre n’appartient pas à la bibliothèque.
Thomas adressa un regard interrogatif à son interlocuteur. L’employé devait friser la cinquantaine, ses cheveux grisonnants étaient tirés en une queue de cheval et il avait l’oreille percée.
Il est resté à Woodstock, lui ou quoi ?
Le baba-cool sur le retour lui tendit le livre. L’étudiant hésita, puis sous le regard menaçant de la femme qu’il avait interrompue, il s’en saisit et monta au deuxième étage.
Thomas s’installa sur une table, loin de la foule de travailleurs. Il se connaissait : s’il avait la moindre excuse pour se divertir, sa journée était foutue. Alors il valait mieux s’éloigner autant que possible de la gent féminine…
Loin des proies potentielles…se dit-il dans un petit sourire. C’est que le célibat commencerait à se faire difficile…
Avant toute chose, il sortit le « vingt minutes » de son sac et commença à feuilleter le journal gratuit.
« L’OM vainqueur de la coupe »… Ouais, ça fait presqu’un mois, mais on est toujours heureux de le lire dans le journal.
« Découverte scientifique aux Etats-Unis, nouvelle source d’énergie renouvelable, premier essai en fin d’après-midi ». Bon ça fera plaisir à mes parents, mais on s’en fout…
Il tourna quelques pages et sourit.
Ah voilà ! L’horoscope !
Vierge (lol) : le début de journée sera monotone, jusqu’à ce qu’une rencontre ne vienne perturber votre routine…
Thomas haussa un sourcil.
Mouais…
Finalement, il ouvrit son polycopié de cancérologie et commença à lire. Au bout de cinq minutes, il en avait déjà marre. Son regard balaya la grande salle et retomba dans l’angle de sa table.
Le journal à la couverture en cuir était posé là. Avec une pointe de culpabilité, il ferma son polycopié et tira le livre vers lui.
Il observa le journal sous toutes les coutures. Il n’y avait pas de code barre, effectivement, il n’appartenait pas à la bibliothèque. Ca ressemblait plus à un vieux journal intime.
Son propriétaire devait le chercher… C’était un peu une violation de vie privée, mais comment retrouver son possesseur s’il n’ouvrait pas le journal ?
Sur la première page étaient griffonnés ces quelques mots :
« Journal d’un autre temps »
Il fronça les sourcils.
Cette écriture ressemblait beaucoup à la sienne : les lettres étaient calligraphiées comme celles d’un ordinateur, mais sans être immenses comme l’orthographe habituelle de ses copines. De plus, l’auteur écrivait légèrement en italique… tout comme lui.
Il lut en diagonale les premières pages.
C’est pas possible, quelqu’un se fout de ma gueule !
Il regarda de nouveau autour de lui, cherchant le responsable de cette blague. Mais il n’y avait aucun coupable évident. Et qui savait qu’il passerait par là ?
Julien ?
Non, son ami était gentil et blagueur, mais il était absolument incapable de concevoir un plan aussi construit et abouti…
Il n’en croyait pas ses yeux. Il referma le journal. Il avait une certaine taille. Il ne pouvait vraiment pas se permettre de dévorer un roman aussi près de ses examens.
Pourtant l’envie prit le dessus. Il recommença à la toute première page du récit et se plongea dans l’histoire. Elle était rédigée à la première personne, véritablement comme un journal intime.
Mais au fil des mots et des lignes, malgré sa surprise, il se retrouva plongé à l’intérieur, et plus rien autour de lui ne put le sortir de sa transe…
PARTIE UN : Le big T
01
« It’s the end of the world… » - Dead by sunrise
« Journal d’un autre monde » : c’est le titre que j’ai choisi. Pourtant c’est ridicule, je le sais bien. Nous respirons le même air, et c’est bien la même planète… Malgré les apparences.
Mais comment pourrait-on parler de Terre. Ce serait plutôt la planète Mer !
Les choses ont tellement changé… Mais peut-être devrais-je commencer par le début. Je ne sais pas si je crois en une amélioration prochaine. Je n’espère plus qu’une chose : retrouver mes parents.
Alors pourquoi écrire un journal ? Pourquoi raconter mon histoire ? Au début je me disais que les générations futures… Mais quelles générations ?
Non, j’écris parce que si je ne consigne pas mes pensées, j’ai peur de mélanger les faits et mon imagination…
J’ai peur que si je n’écris pas… Je devienne fou.
Mon nom est Thomas.
J’ai un nom de famille, bien sûr. Mais cela n’a plus d’importance. Ma qualification est ma carte d’identité : je suis premier plongeur à bord du « Loïs & Clark ». C’est le nom de notre bateau, enfin, plutôt son surnom.
C’est un jeu de mot, vous comprenez ? Lewis & Clark étaient les deux premiers explorateurs de l’Amérique. C’est là que nous allons, et comme nous avons besoin de courage, pourquoi ne pas emprunter le nom d’un type imbattable ?
Enfin, je tiens à préciser que ce n’est pas moi qui ai nommé ce bateau. Son appellation originale est vraiment nulle…
Au début j’étais exclusivement connu sous le nom de « Longue vue ».
Enfin, c’est une longue histoire, et je vous avais promis de commencer par le début, alors le voilà…
Tout a commencé le 5 juin 2010. La date qui changea le monde.
Le jour du big T.
J’étais occupé à réviser et flipper pour mes examens approchants. Notez que si j’avais su que le corps entier du professorat de ma faculté finirait noyé, je me serais fait moins de mouron…
J’étais à la bibliothèque pour réviser pendant la journée. Puis je suis rentré chez moi en milieu d’après-midi.
J’ai pris le tramway pour la dernière fois de ma vie, puis j’ai pris ma voiture et j’ai conduit de Marseille à la Fare les Oliviers, mon village natal.
Je me garais dans le gravier de la propriété de mes parents quand mon chien Flip vint m’accueillir.
C’était un boxer fauve. C’était pour lui que je rentrais. Il fallait bien quelqu’un pour s’occuper de ses quarante kilos de joie de vivre. Je n’étais pas encore sorti de mon siège qu’il m’avait sauté dessus pour me lécher le visage.
Je me suis libéré tant bien que mal et j’ai pris une grande bouffée d’air. J’adorais la campagne. Vivre dans la colline, pouvoir croiser des lapins à la tombée de la nuit ou bronzer à poil sur la terrasse avec personne à des kilomètres… le bonheur !
J’ai fait le tour de la propriété de mes parents puis je suis rentré avec ma clé. J’ai servi une gamelle de croquettes au chien, pour qu’il me lâche la grappe, puis je me suis installé à la table du salon pour tenter d’inscrire dans ma caboche quelques informations de cancérologie.
Je me souviens du moment où c’est arrivé. Je venais de lever les yeux vers l’horloge murale – comme toutes les cinq minutes quand je révise – et elle indiquait 16h27.
C’est là que je l’ai aperçu. Au début j’ai cru à du brouillard. Ce qui est ridicule puisqu’en près de vint cinq années dans le midi, j’ai dû voir trois fois du brouillard. Et sûrement pas en début de mois de juin…
Je me suis levé. Le chien s’est mis à aboyer. Et j’ai réalisé. Il y avait un mur d’eau qui arrivait à toute vitesse dans ma direction. Ce n’était pas un mur… Il n’y avait pas de mot pour décrire ça.
C’était de l’eau, ça j’en étais certain, malgré la couleur terre qu’elle arborait. Malgré les morceaux de maisons qu’elle emportait dans son sillage. A la base, c’était une bête eau de mer !
Mais cette vague. Elle était tellement gigantesque ! C’était comme si dix stades Vélodrome alignés les uns à côté des autres étaient projetés sur moi en même temps. Elle devait faire trente mètres ! Non, plus ! Cinquante, quatre-vingt ?
Je me suis jeté sur le canapé. Ridicule. Pourtant c’était le réflexe qui sauva ma vie. En moins de temps qu’il n’en fallut pour le dire, la vague franchit les kilomètres qui la séparaient de ma maison et la traversa.
Parfaitement, elle traversa les portes fenêtres comme si c’était des brindilles. Chacune des vitres explosa. Un pylône en pierre explosa la cheminée et passa au travers de la salle à manger.
Adieu la cancérologie… Mes polys étaient perdus à jamais.
Le bruit était monstrueux, on aurait dit un mélange entre le siphon de la baignoire puissance dix milliards et un volcan en éruption.
Le canapé se retourna – avec moi à l’intérieur – et se retrouva bloqué entre deux piliers fondateurs de ma maison. Je suis resté là. Ma tête avait un petit peu rencontré mon genou. Le genou avait gagné et j’arborais une balafre au niveau du front. Ma cheville s’était coincée sous le canapé et me faisait un mal de chien.
Une branche pulvérisa le centre molletonné du canapé, mais se retrouva bloquée à quelques centimètres de mon œil.
Puis le bruit s’éloigna, et l’eau commença à dégouliner autour de moi.
De mon pied libre, j’ai shooté dans le canapé pour qu’il se retourne. Je me suis doucement mis debout. Et j’ai constaté le massacre autour de moi.
- Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? ai-je murmuré.
Car c’était le mot ! Est-ce que les médias n’étaient pas censés prévenir si un tsunami s’apprêtait à pulvériser la côte bleue ?
La télé, réalisai-je.
Par un quelconque miracle, elle avait été épargnée et trônait toujours en maîtresse de maison dans l’angle.
Je retrouvai la télécommande dans un coin opposé, notai au passage l’absence des deux autres canapés – eux avaient dû finir leur route plus loin dans la colline – et m’approchai de l’écran…
J’appuyai sur le bouton. La télévision lança quelques étincelles et implosa. Je me projetai au sol pour éviter de partir en fumée.
- Ha bravo mon ptit Tom ! hurlai-je contre moi-même. Bac plus quatre et t’es pas foutu de penser qu’allumer un appareil électrique dans une baraque inondée ce n’est peut-être pas la meilleure idée !
Abruti !ajoutai-je pour la forme.
Je pris quelques instants pour me calmer et réfléchis quelques minutes avant de réaliser ma prochaine trouvaille.
J’ouvris un placard de la cuisine après avoir contourné une balançoire que je n’avais jamais vu là, et sortis un poste de radio. Il était sec. Je fis un peu de place sur le plan de travail, épongeai le reste de flotte avec mon t-shirt et posai l’engin avec délicatesse.
Puis je me mis à la recherche d’un signal. Ô surprise : ni RTL2, ni RFM sur les ondes… Mais après quelques temps, un éclat de voix se fit entendre au milieu des crépitements. Je réglai avec plus de justesse et écoutai la voix comme le messie. Seuls des morceaux me parvenaient.
- … La première vague a fait des ravages…
Première ?
- … Tout contact avec les Etats-Unis coupé… Eux, les premiers touchés par le big T… Le big Tsunami…
Je réfléchis à toute vitesse. Comment la vague pouvait-elle toucher les Etats-Unis et la mer méditerranée ? Je devais revoir ma géographie, parce que normalement…
- … Doivent se préparer pour la deuxième vague… Le vrai tsunami…
Un frisson me parcourut l’échine. Le « vrai tsunami » ? Mais qu’est-ce qui venait de passer sur ma maison si ce n’était pas le vrai tsunami ?
Je sortis sur la terrasse. Le gravier autour de la piscine avait été complètement emporté. Ainsi que la moitié du toit : je pouvais voir l’intérieur des deux chambres à l’étage. Il ne restait plus grand-chose de la façade exposée plein sud. Je me retournai pour voir l’étang de Berre complètement vidé. La raffinerie avait été entièrement emportée. Les maisons alentours semblaient tout autant déchirées par la vague.
- Une deuxième, murmurai-je.
Mais comment résister à quelque chose d’encore plus puissant que ça ? Je regardai autour de moi : rien n’avait été épargné ! Les centaines d’oliviers de mes parents s’étaient faits déchiqueter, il n’y avait pratiquement plus un arbre à l’horizon !
La cave peut-être ? Je fis le tour. Les fondations étaient toujours en place. Certes, l’endroit avait résisté, mais il était complètement inondé !
Je retournai à mon point de départ. Finalement, la seule chose à avoir résisté était…
- La piscine.
Sans le gravier, elle semblait sortir directement de la terre, pourtant elle n’avait pas bougé, et demeurait bien fixée au béton. Je sautai pour attraper le rebord, désormais surélevé…
Il y avait un peu de terre à l’intérieur, en plus de l’eau. C’était une idée ridicule qu’on a lorsqu’on est enfant…
C’est comme croire que si un ascenseur tombait, on pourrait s’en sortir en sautant à pieds joints, au moment où il toucherait le sol.
Penser que je pourrais survivre à un tsunami au fond de ma piscine… J’étais loin d’être une lumière ! Pourtant…
Je me précipitai dans le garage. Le temps était compté : qui pouvait dire à quel moment l’autre vague frapperait ?
Mes parents étaient extrêmement branchés nature, sport. Ils m’avaient emmené faire de l’escalade dans l’Himalaya, plonger en Nouvelle-Calédonie au milieu des requins…
Nous avions trois bouteilles de plongée. Je tractai deux des blocs dans la piscine et les jetai à l’intérieur. Je capelai le dernier : jacket, détendeur, manomètre. Je fouillai dans le bazar qu’était devenu le garage et réussis à extirper ma combinaison et un ordinateur de plongée.
Mon téléphone portable était toujours dans ma poche. Bien que mon pantalon soit un peu humide, il avait survécu.
Je trouvai une pochette plastique – spécialement adaptée à la plongée – le fourrai à l’intérieur et le coinçai entre ma peau et la combinaison de plongée. Lorsque j’arrivai de nouveau devant la piscine, ma bouche s’ouvrit en grand.
La vague qui s’avançait vers moi était plus grande que la tour Eiffel. Plus grande que tout ce que j’avais vu dans ma vie. Rien au monde ne pouvait être aussi énorme que ça. C’était impossible ! Ce n’était pas naturel ! Oubliez les trente mètres ! Celle-là devait en faire trois cents !
J’aimerais vous mentir. Vous dire que j’ai pris mon courage à deux mains, que j’ai gardé mon sang froid. Mais l’être qui fait face à une telle immensité sans trembler n’est pas humain.
Une boule s’est prise dans ma gorge. Mes yeux se sont remplis de larmes. Mon corps s’est retrouvé pris de tremblements incontrôlables.
Je sais que ça ne devrait pas se produire, j’étais adulte après tout. Mais vous savez quoi ? Une vague de plusieurs dizaines de mètres projetée à je ne sais combien de centaines de kilomètres/heures non plus, ça ne devrait pas exister.
Par je ne sais quel miracle, je me suis hissé sur le bord de la piscine. J’ai pris une grande inspiration, mis le détenteur dans ma bouche et ajusté mon masque sur mon visage. J’ai fermé mes yeux. Je forçais tellement sur mes paupières que des petits éclairs palpitaient contre ma rétine.
J’ai pensé à mon chien que je n’avais pas revu depuis la première vague. A mes amis à la faculté. Et surtout j’ai pensé à ma famille. Mes parents. Ma mère à qui j’avais raccroché au nez, quelques heures plus tôt…
Et j’ai sauté dans l’eau.
02
« C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme… » - Renaud
Mes yeux sont restés fermés pendant toute la durée de la secousse. Je me suis raccroché aux blocs de plongée qui devaient chacun peser une trentaine de kilos. Mon masque s’est pratiquement fait arracher de mon visage, mais la lanière l’a maintenu autour de mon cou. A un moment, tout est devenu noir : quelque chose avait dû recouvrir la piscine. Mais mes yeux sont restés fermés envers et contre tout, jusqu’au moment où j’ai senti le courant se calmer autour de moi.
Lorsque je les ai rouverts, un morceau de tôle à quelques dizaines de centimètres me piégeait dans la piscine. Heureusement que je m’étais installé dans la fosse de la piscine, sans quoi j’aurais été écrasé…
Je poussai le morceau de toit qui me bloquait la sortie, mais il refusa de bouger, comme si une pression monstrueuse le maintenait en place.
Ce serait vraiment, vraiment, VRAIMENT con d’avoir survécu au tsunami et de mourir noyé dans ma piscine !m’énervai-je.
Mais je me calmai aussitôt. Il ne fallait pas que j’hyperventile : mon rythme cardiaque s’accélèrerait, je consommerais plus d’oxygène et donc je survivrais moins longtemps sous l’eau.
Pendant quelques minutes, je restai focalisé sur ma respiration.
Inspiration profonde, expiration profonde.
Lorsque je fus calme. Je palmai doucement vers un angle de la tôle et tentai de la soulever, sans plus de succès.
J’enlevai mes palmes, me campai le dos contre le fond de la piscine et donnai des coups de pieds. Rien.
Bon…
Je ne voulais pas paniquer, mais j’avais bien conscience que les cuisses étaient les muscles les plus puissants du corps humain, et que si je n’arrivais pas à soulever cette foutue tôle avec les pieds, je n’y arriverais pas plus avec les mains…
Je poussais un bloc pour me déplacer, quand une idée jaillit de mon esprit.
Je me suis souvenu ce qu’un de nos amis avait raconté une fois à une des soirées « plongée passion » de mes parents.
Il était moniteur et un jour, dans son club de plongée, un client avait ouvert une bouteille d’oxygène sans faire attention. La pression était tellement forte que le bloc avait traversé le plafond. Depuis, il avait laissé « l’ouverture » sur l’étage pour mettre en garde les plongeurs amateurs…
Si ça marche, je le retrouve, et je l’embrasse sur la bouche !
J’avais deux bouteilles, il ne fallait pas que je rate mon coup. Je fondis mon corps autour de la bouteille, puis dirigeai la valve vers le bas.
Enfin, j’ouvris l’arrivée d’air à fond. Mon corps décolla avec la bouteille. Elle se fracassa contre la tôle. Je forçai avec mes pieds pour accroître la pression contre le morceau de métal. Et il lâcha. Il se souleva doucement : tout ce qui s’était amassé par-dessus glissait sur les côtés. Lorsque la tôle bascula complètement, j’arrêtai l’arrivée d’air de mon bloc.
Un sourire stupide s’inscrivit sur mon visage, malgré le détendeur. Mais mon répit fut de courte durée.
Mon regard se fixa sur la surface. Elle se trouvait à plusieurs mètres de là. Loin, une vingtaine de mètres peut-être ?
Mais lorsque la vague fracassait la côte, ne devait-elle pas se retirer ? Pourquoi l’eau restait sur la terre ? Et surtout comment ?
Je lâchai la bouteille de plongée qui m’avait libéré. Elle retomba à côté de l’autre. Si j’en avais besoin, au moins, je saurais où les trouver…
Je gonflai mon gilet de plongée. Je n’aurais eu aucune idée de combien de minutes de palier faire, sans mon ordinateur de plongée.
J’avais obtenu mon niveau 3 de plongée sous marine. Je savais donc que je devais m’arrêter à six ou trois mètres de profondeur pour laisser le temps à mon corps d’évacuer l’azote qui s’était logé dans mon métabolisme…
Mais, les plongées sous-marines se faisaient au-dessous du niveau de la mer. La Fare les Oliviers devaient être à plus deux cent mètres normalement, pas moins vingt…
J’atteignis finalement la surface. Je rejetai mon détendeur pour ne pas gaspiller mon air et me laissai flotter grâce à mon stabilisateur.
Je devais être en train de rêver. C’était absolument impossible ! De l’eau à perte de vue : plus de « La Fare les Oliviers ». Ce serait bientôt « La Fare les baleines » !
Plus de bords de mer, je pouvais regarder d’un côté comme de l’autre, la mer était partout ! Comment était-ce possible ? Il fallait des millions de mètres cubes pour remplir un tel volume d’eau !
Des débris flottaient à la surface, mais aucun suffisamment grand pour que je puisse monter dessus. Pourtant il me fallait trouver un refuge, car je tomberais tôt ou tard en hypothermie, malgré la combinaison de plongée.
Sans compter que j’aurais bien bu un ptit verre. Et je n’en pouvais tellement plus que je n’aurais même pas craché sur de l’eau ! Potable, bien sûr…
Je restai quelques minutes là. Puis finalement, j’aperçus une surface qui reflétait le soleil. Je nageai en direction de la lumière – en espérant que ce ne soit pas la route pour le paradis.
Mais le reflet disparut. Avais-je rêvé ? N’était-ce qu’une illusion d’optique ou mon esprit qui ne voyait que ce qu’il avait envie de voir ?
Je continuai dans la même direction. De temps en temps, je plongeais la tête sous la surface pour tenter de me repérer. Mais rien ne ressemble plus à un fond sous-marin qu’un autre fond, surtout quand un tsunami vient d’égaliser le terrain…
Je fronçai les sourcils pour me protéger des reflets du soleil. Oui, c’était bien un morceau de terre qui dépassait de la surface ! C’était l’avantage de vivre dans la colline ! Un morceau de celle-ci triomphait au-dessus de cette vaste étendue d’eau.
Pris d’un nouvel espoir, je palmai comme un malade en direction de la terre promise. Lorsque je l’eus atteinte, j’attrapai une racine et me hissai sur la roche. Je me séparai de mon gilet et de la bouteille, enlevai mon masque et restai là, pendant quelques minutes. Je laissai le soleil me réchauffer de ses rayons bienveillants.
Il n’y avait pas énormément de terre. J’en eus vite fait le tour… Il y avait peut-être en tout et pour tout cinquante mètres de terrain en surface. Plus quelques îlots autour, qui composaient autrefois les plus hauts pics de la colline. Les quelques parcelles de terre étaient trempées, et mes pieds s’y enfonçaient. Heureusement, la structure était principalement composée de roches imperméables, qui ne bougeaient pas.
Je devrais être tranquille un petit moment, me rassurai-je. Le temps que les hélicos de l’armée accourent pour tous nous sauver. Il faut sauver le soldat Thomas !
Vous trouvez peut-être que j’avais l’air d’un gros rigolo frimeur. A sortir une boutade toutes les trente secondes. Mais vous ne pouvez pas vous rendre compte si vous ne l’avez pas vécu.
L’humour, c’était tout ce qu’il me restait. Je me raccrochais à chaque petit sarcasme, à chaque ironie de la situation.
J’étais seul. J’ai attendu pendant des heures et des heures, en plein soleil que quelqu’un montre le bout de son nez.
J’avais oublié l’idée d’être secouru par l’armée. Je voulais simplement voir un autre être humain. Une seule personne. J’étais dans un petit village, certes, mais j’étais à vingt minutes de grosses agglomérations comme Marseille. Alors pourquoi ne voyais-je personne sortir de l’eau ?
La Fare les Oliviers comptait huit mille habitants ! Alors pourquoi pas un seul n’avait nagé jusqu’à la colline, le point le plus haut du village ?
Pourquoi ?
J’étais seul, seul avec mon sens de l’humour. Et on était tous les deux terrifiés…
***
J’avais passé la journée à traquer un quelconque signe de vie, de tous les côtés de mon minuscule archipel. Sans succès.
J’avais fini par m’endormir malgré moi. La faim avait fait grogner mon estomac pendant des heures, mais le contrecoup m’avait complètement assommé. Et je ne me réveillai que le lendemain matin, lorsque les premiers rayons frappèrent la surface de l’eau.
C’était étonnant de voir la luminosité à cinq heures du matin, lorsqu’il n’y avait pas d’immeuble pour étendre leur ombre partout…
Il fallait que je me bouge. Mon estomac n’allait pas se remplir seul. Je levai les yeux au ciel. Et a priori, l’eau potable n’allait pas non plus tomber du ciel, tout de suite…
Je me rapprochai de la surface. Mon bloc de plongée avait le cul dans l’eau. Je fronçai les sourcils, je l’avais pourtant bien éloigné du rivage la veille. C’était mon seul atout dans ce nouveau Waterworld…
Je le tirai pour le mettre au sec. Mais un doute me prit. Je fis le tour de mon petit îlot.
- Merde, murmurai-je.
L’eau avait monté.
Mais bon sang, comment c’est possible ?
Il devait y avoir une explication rationnelle ! Pour qu’une telle quantité d’eau perdure au-dessus de la surface, il fallait qu’un continent entier se soit retrouvé immergé. Ou bien, que l’ensemble des glaciers du monde ait fondu. Non, même cela ne pouvait pas entraîner une telle montée des eaux…
Et ça ne se ferait pas en l’espace de quelques heures…réalisai-je avec logique.
Un nuage blanc monstrueux se rapprochait de moi. Je mis la main devant le soleil pour y voir mieux. Ca allait beaucoup trop vite pour être un nuage : il n’y avait pas un poil de vent…
- Merde, répétai-je pour la deuxième fois depuis mon réveil.
Des mouettes, des centaines et des centaines de mouettes !
Des oiseaux, manquait plus que ça ! Ils vont se la jouer à la Hitchcock sur moi…
Je préparai mon matériel de plongée. Il était hors de question que je reste une heure de plus sur ce rocher – qui soit dit en passant sombrait – pour finir en bouffe à gabians !
Le silence était impressionnant. Il n’y avait pas un seul bruit. Pas de voiture, pas d’avion. Personne pour parler, pas de musique.
De musique !
Je descendis la fermeture éclair de ma combinaison de plongée et en sortit la pochette transparente qui contenait mon portable. Je l’extirpai à son tour de sa protection et l’allumai.
- Yes ! hurlai-je aux mouettes lorsqu’il se mit en route.
Allez, allez !
Je touchai le tactile pour appeler ma mère. Mais je reçus un sms de la veille.
Expéditeur : maman.
« Ontaime »
Pas d’apostrophe. Pas de ponctuation. Ecrit à la va-vite.
Heure d’envoi : 16h20.
Mes jambes lâchèrent. Ma respiration se fit haletante. Sept minutes avant que le tsunami n’arrive en France. Les Etats-Unis avaient été touchés avant.
Ces informations résonnèrent dans ma tête.
Ma mère ne dit pas « je t’aime ». Pas depuis que j’ai sept ans, en tous cas…
Ils étaient dans l’avion ?
Je tentais de calculer le temps de vol approximatif, le décalage horaire…
Quel con ! J’aurais dû plus prêter attention à ce qu’elle me disait au téléphone, hier !
Je sortis de mes calculs horaires et décidai d’appeler ma mère.
Allez, décroche, jt’en prie, décroche !
- Bonjour, vous êtes bien sur le…
- Merde ! criai-je.
Je posai le portable sur le sol pour ne pas l’abîmer et sautai quelques mètres plus loin.
- Merde ! Putain de merde ! Espèce de saloperie de mer de merde ! Haaaaaa ! hurlai-je comme un psychopathe.
Je retombai au sol en pleurant. J’étais vidé. Littéralement exempt de toute énergie. Je restai ainsi quelques minutes.
Non, me dis-je finalement.Mes parents escaladent l’Himalaya, ils vont dans les fosses sous-marines de presque cent mètres. Papa sait voler, ce n’est pas un petit amerrissage qui lui ferait peur, même avec un 747.
Je me calmai un peu, puis rappelai ma mère. Je laissai un message lui expliquant que j’allais bien. Que j’apprécierais vraiment qu’elle me rappelle, même si elle était en hors forfait, et que j’allais me débrouiller pour les retrouver.
- Promis, avais-je conclu.
Mon second appel fut pour le samu. Sans réponse, ça ne sonnait même pas. Puis la police. Les pompiers. Julien. La faculté de pharmacie.
Ce dernier, c’était ridicule, j’admets : ils ne répondent pas en temps normal, je ne vois pas pourquoi ils le feraient après l’apocalypse.
J’étais à court d’option. J’éteignis le téléphone pour épargner sa batterie. Et je le rangeai soigneusement dans sa pochette.
Les mouettes se rapprochaient dangereusement. Il fallait que je me secoue, même si la journée ne commençait pas exactement comme je l’aurais souhaité…
***
Je vérifiais une dernière fois mon matériel de plongée et me rapprochai de l’eau. Je me glissai dans la flotte. Elle n’était pas vraiment froide, mais ce n’était pas non plus un bain bouillonnant.
Les fonds semblaient avoir changé : il y avait des algues partout. Il était absolument impossible qu’elles aient poussé dans la nuit. J’attribuai donc ce phénomène au courant. La flore aquatique avait dû se faire emporter avec la vague, au même titre que la terre – ou ma maison…
Je nageais donc en direction de la carcasse de cette dernière lorsque j’entendis un bruit. Lorsque je relevais la tête, le bruit disparaissait.
L’avantage avec l’eau, c’est qu’elle transmet les sons beaucoup plus que l’air.
Je plongeai de nouveau les oreilles sous la surface.
C’était un ronronnement : un moteur !
Et si je l’entendais mieux sous l’eau, qu’au-dessus, c’était que ce n’était pas un hélico, mais plutôt un bateau !
Ca me va !
Je n’allais pas commencer à faire le difficile.
Je me saisis du sifflet accroché à mon stabilisateur et je me mis à souffler jusqu’à ce que ma tête tourne. Le son se faisait plus insistant, je l’entendais désormais même en surface.
Je sifflais de plus en plus. Mon corps pompait l’adrénaline de l’espoir qui se diffusait en moi.
- Ici ! criai-je. A l’aide !
Je sifflai de plus belle.
Et je l’aperçus au loin. Un petit zodiac rouge qui fonçait sur moi. Je me mis à faire de grands signes avec mes bras. Un rire incontrôlable me prit. Et je sifflais, sifflais, comme si ma vie en dépendait ! Ce qui était probablement le cas…
Finalement, mon sauveur arriva à ma hauteur.
- Besoin d’un coup de main ? demanda-t-il en souriant.
- Je sais pas si je n’attends pas le prochain, plaisantai-je.
Il n’était pas très grand et avait dépassé la cinquantaine. Il arborait des cheveux noirs mais n’en avaient plus beaucoup et se servait des restants pour camoufler sa calvitie. Il était en surpoids. En temps normal, j’aurais certainement essayé de calculer son indice de masse corporel, parce que c’était un des points de mon cours de nutrition… Et puis je me suis dit qu’insulter mon sauveur n’était probablement pas la meilleure idée…
Il coupa son moteur et attrapa mon bloc de plongée. Lorsqu’il l’eut tracté à bord, il me tendit une main et m’aida à monter dans le zodiac.
- C’est cool, tu as du matériel de plongée, ça va nous aider… me dit-il.
- C’est celui de mes parents.
Il me tendit de nouveau sa main que je serrai énergiquement.
- Ed Galuen, se présenta-t-il.
- Thomas. C’est ton bateau ?
Il acquiesça.
- Je pêchais lorsque c’est arrivé… Je cherche des survivants depuis…
Il baissa la tête et se gratta la joue.
- J’ai trouvé personne…
J’acquiesçai maladroitement, je ne voulais absolument pas penser à ce genre de choses.
- Tu as de l’eau ? demandai-je en oubliant complètement toute forme de politesse.
Il me tendit une bouteille d’eau en plastique, à moitié entamée.
- N’en prends pas trop, il va falloir qu’on tienne avec ça… rappela-t-il.
Je tentai de tempérer ma soif, il n’empêche que je pris trois rasades monstrueuses. Il me retira la bouteille des mains. Je pouvais difficilement le blâmer…
- Enfile ça, me conseilla-t-il en tendant un gilet de sauvetage orange.
Je le passai autour de mon cou. Une inscription au feutre noir indiquait « Patrick Saurat » sur le bord du gilet.
Je fronçai les sourcils mais passai vite à autre chose. Je n’allais pas me mettre à questionner les choix de tout un chacun. Sûrement qu’Ed aussi avait perdu des gens auquel il tenait…
- Ma maison n’est pas loin, indiquai-je. Je pourrais y retourner, nous ramener des bouteilles d’eau, peut-être des conserves ?
Un sourire se dessina sur son visage, il acquiesça.
- Tu veux tenir la barre ? me proposa-t-il.
Je refusai gentiment. Je l’avais fait plusieurs fois avec mes parents, mais ce n’était pas le moment de faire des expériences. On n’avait qu’un bateau et j’étais bien foutu de le faire couler…
Je lui indiquai la direction, plongeant parfois le visage sous l’eau avec mon masque, pour tenter de me repérer. Finalement, je reconnus mon allée avec le grand portail noir qui la terminait.
- On y est, dis-je en relevant la tête.
Il coupa le moteur et jeta l’ancre.
Lorsque je fus près, il leva son pouce vers moi.
- Ne pars pas pendant que je suis en bas ! lançai-je en ne plaisantant qu’à moitié.
Je plongeai avec un bout accroché à ma taille et un grand sac autour du bras. J’en profiterai ainsi pour remonter les deux bouteilles de plongée qui pourraient nous aider dans le futur à récolter d’autres vivres.
Mon manomètre indiquait 120. Il me restait peut-être quarante-cinq minutes d’autonomie : je n’avais jamais beaucoup consommé d’air en plongeant. Mon ordinateur me donna la profondeur. Il y avait dix-huit mètres d’eau au-dessus de moi.
J’étais pas loin, réalisai-je.
J’accrochai la corde que j’avais descendue aux deux bouteilles de plongée et tirai trois coups secs pour qu’Ed les remonte. Je les vis s’élever progressivement.
Ca, c’est fait !
Puis je me dirigeai vers ma maison. Le toit avait complètement disparu. Les bords de la façade étaient en dents de scie. La vague avait vraiment fait des ravages…
Mais au moins, la luminosité dans la maison n’était pas trop mauvaise, même à cette profondeur.
J’entrai par un mur éventré. Une ombre vint cacher le soleil quelques instants. Le vent avait dû se lever et bouger des nuages… Ce n’était pas une mauvaise chose, on aurait peut-être de la pluie.
Je pénétrai dans mon ancien salon. Une ombre passa dans le sens opposé. Je me retournai immédiatement.
C’était quoi cette blague ? Le vent ne change pas de sens comme ça.
Je cherchais des yeux le zodiac. Il ne pouvait pas m’avoir laissé ! Finalement mon esprit paranoïaque se calma lorsque j’aperçus la coque du bateau. Je me calmai et commençai à fouiller à travers les placards. Je fourrai quelques boites dans mon sac. J’ouvris le frigo et récupérai deux bouteilles d’eau et une de soda – pour une occasion spéciale !
Je traversai le garde manger et ouvrit les grands placards.
Voilà la mine d’or !
Je chargeai autant que possible mon sac. Il serait toujours temps de redescendre, mais l’oxygène n’était pas illimité. Je jetai un coup d’œil à mon manomètre : 80. Il ne fallait pas que je tarde trop, surtout que j’allais probablement être coincé quelques minutes au palier…
J’allais refermer le placard, quand quelque chose me frôla l’épaule. Je sursautai et envoyai un coup dans ce qui m’avait touché.
Je faillis pousser un cri. C’était Flip, mon chien. Il était mort noyé et se voyait contraint d’errer entre deux eaux, coincé dans cette bâtisse.
Une nouvelle fois, je sentis mon pouls s’accélérer.
Dans les films, je me fichais toujours de voir le héros torturé ou massacré, mais son animal de compagnie ne pouvait pas mourir ! C’était inhumain ! Ca n’arrivait d’ailleurs jamais, il n’y avait que dans Alien 3 où le pauvre Rottweiler se faisait exploser de l’intérieur par l’extraterrestre démoniaque !
Ca devenait trop réel, je n’arrivais plus à contrôler ma respiration, pourtant mon regard restait rivé sur Flip.
Je palmai comme un malade jusqu’à la surface et frappai ma tête contre le plafond du garde manger. Par réflexe, je rejetai mon détenteur et mon masque, et je me mis à pleurer.
Au bout de quelques secondes, je réalisai que je n’étouffais pas. Pendant le big T, une poche d’air avait été faite prisonnière entre le haut des portes et le plafond. J’avais quelques minutes d’oxygène, tout au plus.
Mais je ne pouvais pas bouger. Je savais que si je repassais la tête sous la surface, je le verrais. Immobile, pour toujours.
Tout prenait une tournure trop horrible. Ce n’était pas un rêve. On n’était pas dans « Le jour d’après » et les choses n’allaient pas s’arranger. Les gens que j’avais aimés avaient disparu. La plupart pour toujours.
J’avais connu Flip alors qu’il avait un peu plus d’un mois. J’étais en 6ème, cela faisait plus de dix ans. Mes parents et moi étions allés chez des amis qui venaient d’avoir une portée. Et nous étions repartis avec lui.
Nous avions passé ma première année en pharmacie à se partager le canapé : moi qui révisais, lui qui… hum, occupait ses journées à dormir.
C’était moi qui le gardais quand mes parents partaient en voyage et il dormait dans le fauteuil collé à mon lit.
Et parfois, lorsqu’il y avait de l’orage, je le laissais grimper sur ma couette.
C’était mon ami. Et il était mort.
Je pris quelques secondes puis je me préparai. Je fermai les yeux dans mon masque. Je devais avoir l’air ridicule à dix huit mètres de profondeur, les yeux fermés. Mais il n’y avait personne pour se moquer de moi, de toute façon.
A tâtons, je récupérai le sac de vivre que j’avais laissé tomber sur le sol. Lorsqu’une masse vint me toucher, je l’écartai avec délicatesse et je trouvai mon chemin vers la porte.
J’ouvris enfin les yeux et quittai ma maison. C’était la dernière fois, je le savais. Il était hors de question que j’y retourne. Je trouverais d’autres endroits où débusquer de la nourriture. Mais je ne remettrais plus jamais les pieds ici. Ce n’était plus chez moi. La nature avait repris ses droits…
***
Je remontai donc à la surface. Lorsque je sortis la tête de l’eau, Ed me lança :
- Tu es resté bien longtemps, j’ai eu peur.
- Un contretemps, marmonnai-je.
Je lui tendis ma bouteille de plongée et mon masque. Puis d’un grand coup de palmes, je me hissai dans le zodiac.
Mais j’avais dû surestimer mes forces parce que ma tête frappa pratiquement le fond du bateau. Je poussai ce qui traînait pour me faire de la place. Et, en écartant un sac, je découvris une pagaie.
Une substance gluante coulait du bout de bois. Je retirai mes palmes et touchai de l’extrémité du doigt le liquide.
Il était rouge. Mes sourcils se froncèrent. Je sentis une forme immobile dans mon dos et un frisson me parcourut. Je rapprochai la substance de mon nez, elle avait une odeur métallique.
Je déglutis difficilement.
Mon esprit tournait à mille à l’heure. Sans que je puisse y faire quoi que ce soit, une scène se jouait dans ma tête. Une histoire qui expliquait que le nom sur les gilets de sauvetage soit « Patrick Saurat » et non « Ed Galuen ». Qui expliquait le sang sur la pagaie… Et le silence derrière moi.
Patrick Saurat devait être un marin. Ou il avait simplement sorti son bateau pour faire un tour, sans se douter qu’il serait plus en sûreté sur l’eau que sur terre pendant le tsunami. Lorsque la vague était passée, il avait cherché des survivants. Puis il avait trouvé Ed, il l’avait laissé monter dans son zodiac et lui avait offert de l’eau et des vivres.
- Il faudra les économiser, avait-il dû dire.
Et l’esprit d’Ed avait certainement pensé : « il y en aurait plus pour moi si j’étais seul… ».
Il avait dû attendre que son sauveur ne tente de démarrer le zodiac, lui offrant son dos. Ed avait ramassé une pagaie, et avait donné un coup magistral à la tempe de sa victime. L’homme avait dû perdre connaissance, sa blessure avait tâché le morceau de bois.
Son agresseur avait traîné le corps sur le boudin du zodiac, et l’avait balancé à l’eau sans vergogne.
Je n’osais plus respirer, ni même me retourner.
- J’aurais préféré que tu ne vois pas ça… dit une voix froide derrière moi.
Je me redressai enfin et fit face à Ed. Il tenait une pagaie dans sa main. Mon regard se fit accusateur.
- Tu ne veux pas faire ça, assurai-je avec une confiance que je n’avais pas.
Il eut un sourire mauvais et son œil exprima un tic compulsif.
- Je l’ai déjà fait une fois, alors…
Il balança sa pagaie sur moi, visant ma tête. J’esquivai. Il perdit l’équilibre. J’en profitai pour attraper à mon tour sa pagaie et la poussai contre lui. Son visage se contracta, il n’avait pas pensé pouvoir rater son coup.
Hé oui, gros lard, je suis sportif !
J’avais le dessus : avec presque une trentaine d’années de moins que lui et une carrure athlétique, il ne faisait pas le poids. Il penchait dangereusement en arrière, il jeta un coup d’œil derrière lui. Je profitai de son inattention et lui administrai un magistral coup de tête, dont Zizou même aurait été fier.
Il lâcha la pagaie, d’un revers je lui expédiai le bout de bois dans son gros bide. Il bascula par-dessus bord.
Au bout de quelques secondes, son gilet de sauvetage le remonta à la surface. Il cracha l’eau qu’il avait avalée.
- On peut s’arranger, cracha-t-il. Excuse-moi, j’ai eu peur ! Mais on est seuls, on doit se serrait les coudes !
Mon visage laissait paraître mon dégoût. Je ne lui faisais pas confiance. Pas une seule seconde. Ed était un monstre, un démon. Une créature répugnante qui ne méritait pas de porter la qualification d’être humain.
Mais si je le laissais là, je le condamnais à mourir. Si je faisais ça, je ne pourrais plus vivre avec cette culpabilité.
C’était stupide, j’en étais pleinement conscient. J’avais toute confiance dans le fait qu’il tente à nouveau de se débarrasser de moi. Mais j’avais été élevé dans le respect de la vie, quelle qu’elle fût…
Je tendis une main vers lui. Il l’attrapa.
Je m’apprêtais à tirer. Pendant une fraction de seconde, son regard traduisit la terreur. Une forme noire énorme était sous lui.
L’instant d’après je vis un monstre émerger sous Ed. La gueule énorme de l’animal entoura complètement l’homme. Ed poussa un cri.
Retiens-moi... - Jake Vecchiet
Résumé :
Louka, médecin très introverti depuis la mort de ses parents compte ses relations passées sur les doigts de la main… Matt, son meilleur ami bourré de cynisme et peu versé dans la modestie trempe dans un alcoolisme héréditaire… Dans une existence parallèle à la notre, une bataille se joue depuis la nuit des temps entre Anges et Démons. Cet affrontement reste un secret, jusqu’au jour où ces deux races traînent leurs conflits sur Terre. La vie courante est suffisamment compliquée pour les deux colocataires Humains sans que des pouvoirs surnaturels ne viennent entacher leur quotidien ! Pourtant, cette guerre pourrait bien changer leur destin et leur relation… Pour toujours.
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Extrait :
01
- Nos informations indiquent ces coordonnées, affirma l’ange.
Son acolyte hocha la tête en guise de réponse.
- Pourquoi revenir ici ? demanda Darnyal.
Ca, j’aimerais bien le savoir, pensa Lazarus.
Il écarta ses grandes ailes blanches et décolla de quelques centimètres. Ses courts cheveux blonds faisaient ressortir ses grands yeux bleus… Comme tous les anges.
En effet, Darnyal aurait pu être son frère jumeau. A l’exception de sa coupe de cheveux et de quelques traits du visage différents, ils demeuraient très similaires.
Leurs formes et lignes du visage étaient anguleuses et leur teint très pâle. Ils n’étaient vêtus que d’un pantalon en toile couleur crème et arboraient tous deux un torse imberbe et musclé.
Pourquoi s’encombreraient-ils de chaussures quand une paire d’ailes de près de deux mètres d’envergure ornait leur dos ?
Lazarus s’éleva un peu plus et regarda autour de lui.
Ils se trouvaient à l’orée d’une petite clairière, à la bordure de la ville. Quelques kilomètres les séparaient de la civilisation. On aurait même pu l’oublier si ce n’était pour le haut des buildings qui se hissaient, triomphants au-dessus des arbres.
Les branches des grands chênes se balançaient doucement dans le vent.
Le calme avant la tempête…
- Ils arrivent, remarqua Lazarus.
Leurs deux regards se fixèrent sur un petit point lumineux à quelques mètres au-dessus de la terre ferme.
L’étoile dorée apparue dans le ciel créa une ligne scintillante dans l’espace. Lorsqu’elle fut longue de presque trois mètres, elle se déchira en un cercle. Les bords demeuraient brillants, mais à l’intérieur du cercle, on discernait maintenant des formes sur un fond ténébreux.
L’autre côté…
Un être difforme bondit de l’ouverture.
Sa peau était écailleuse et avait une teinte vert-marron, comme celle d’un crocodile, ou d’un alligator. On aurait dit que ses ailes étaient en toile, bien que granuleuses. Le démon les écarta pour se maintenir dans les airs. Ses pattes griffues pendaient piteusement. Son visage était effrayant : deux yeux rouges malsains, une gueule avec bien trop de dents pour être humaine… et deux cornes, prêtes à empaler l’ennemi.
Le démon scruta les environs, à la recherche d’une menace éventuelle. Mais il fut incapable de déceler les anges derrière leur camouflage. En glissant sur leur peau, la lumière les rendait invisibles… tant qu’ils demeuraient immobiles.
Un seul ? Pas besoin de renfort, on peut s’en occuper seuls…assura Darnyal à son allié par la pensée.
Mais alors que Lazarus s’apprêtait à clamer la prudence. Le démon se tourna vers le cercle et lança de sa voix gutturale :
- La voie est libre : aucun humain.
Quatre démons sortirent, tour à tour, du passage circulaire. Lorsqu’ils eurent terminé, le dernier se retourna. D’un geste de la main, il fit disparaître l’ouverture : le cercle brillant s’écrasa pour former une fine ligne dans le ciel, qui sembla se cicatriser en s’effaçant.
Va le chercher !ordonna Lazarus.
Darnyal s’élança dans le ciel, perdant par la même occasion sa couverture invisible. Les quatre têtes monstrueuses se braquèrent sur lui. Ils bondirent en même temps.
Lazarus s’interposa et écarta ses bras pour leur barrer la route.
- Il va falloir me passer sur le corps en premier, annonça-t-il.
- Avec plaisir, répondit le chef de la bande de démons.
Dans sa main droite, l’ange tenait son Darshi. L’arme était simple : un cylindre de vingt centimètres de long.
L’objet était argenté et métallique, aux commandes de son maître, il se transforma. Il prit quelques centimètres en longueur et se structura pour former un pommeau. Une lame étincelante naquit du manche.
Lazarus tendit son épée de type médiéval en direction de ses ennemis. D’un coup d’œil, il aperçut Darnyal créer un passage vers l’autre côté avec son propre Darshi.
Chacun des démons dégaina une arme similaire. Elles prirent toutes la forme d’un poignard.
Dotés d’une force surhumaine, les démons se spécialisaient dans le corps à corps, et préféraient se battre proches de leurs ennemis.
Les Darshi avaient pris la forme de petits poignards : une quinzaine de centimètres de manche pour un petit peu plus de lame. Cette dernière était arquée et recourbée sur le côté intérieur en un crochet pour mieux déchirer les viscères.
L’ange se prépara alors que les quatre monstres se positionnaient à ses points cardinaux. Le plus gros démon était derrière lui. Sur son côté droit, la bête n’avait qu’une corne, elle avait dû perdre l’autre dans un précédent combat. Le démon à la gauche de Lazarus avait une cicatrice immonde qui partait de sa hanche pour finir au niveau de la clavicule opposée. Enfin, il avait l’éclaireur en face de lui : celui qui avait franchi le premier la frontière.
Le combat était imminent.
Lazarus le savait : s’il les laissait s’approcher plus, il se retrouverait à leur merci.
Il envoya sa main en avant, le premier fut propulsé et perdit l’équilibre. L’ange se jeta vers lui et dégaina son épée. Il la planta dans la tête du monstre.
Un de moins.
De ses pieds, il prit appui sur la carcasse et libéra son arme. Conservant son élan, il s’élança plus haut dans le ciel. Il était plus rapide que les monstres, à ce niveau, leur poids jouait contre eux…
Il avait profité de la surprise des démons pour en abattre un, mais il était peu probable qu’il puisse réitérer la chose. Désormais il devait gagner du temps… Survivre.
Lazarus baissa les yeux, mais il ne vit qu’un monstre à ses trousses. Il fronça ses sourcils blonds : où étaient passés les deux autres ? Il ne devait pas les perdre de vue, il fallait à tout prix qu’il découvre la raison de leur apparition sur Terre. Et quelque soit leur but : l’empêcher.
L’ange releva la tête. Mais trop tard, un coup de fourreau lui tomba sur le crane. Le démon à une corne avait frappé de toute sa force. Lazarus sentit le choc résonner dans tout son corps. Il ne put plus supporter son propre poids et fut précipité vers le sol.
Il allait croiser le plus gros. Il devait se ressaisir, car le monstre avait déjà préparé sa lame. Lazarus fit pivoter son corps, ramenant son bras armé près de son torse, puis lança un coup d’épée sur le démon. Ce dernier eut un mouvement de recul. L’épée avait entamé la chair, mais de façon superficielle. Du sang noir suinta légèrement de la plaie.
Les écailles des démons formaient une véritable armure.
L’ange fléchit pour se récupérer sur le sol, sans mal. En un coup d’œil, il aperçut les trois monstres qui se précipitaient sur lui.
Lazarus planta sa lame dans le sol. Son épée ne pourrait pas l’aider contre trois adversaires en même temps. Il mit ses mains en coupe.
Les démons avaient beau avoir une force et une résistance extraordinaires, ils ne possédaient pratiquement aucun pouvoir psychique. Au contraire des anges…
La lumière du soleil se concentra entre les mains de Lazarus. Et comme sur de la neige, une réverbération naquit de ses paumes pour éblouir les monstres.
Les démons furent stoppés dans leur descente en piqué. De leurs mains griffues, ils protégèrent leurs yeux adaptés à l’obscurité.
Lazarus récupéra son épée et bondit vers les arbres. Il volait à couvert, tentant de se cacher au travers des branches feuillues.
Il s’arrêta et s’immobilisa derrière un arbre. Lorsqu’il se tint immobile, il vit sa peau briller légèrement et sut qu’il avait disparu aux yeux des autres.
Il ne pouvait plus qu’espérer que les monstres ne s’approcheraient pas trop près, car leur odorat suffirait à déceler sa présence…
Lazarus vit Cicatrice contourner son arbre par la droite. Quelques secondes plus tard, celui avec la corne émergea du côté gauche.
Presse-toi Darnyal, supplia silencieusement l’ange.
Il vit les naseaux des démons frémir. Avaient-ils senti son odeur ?
Les deux démons se trouvaient de dos. Lazarus ne vit jamais leur sourire carnassier s’inscrire sur leur visage.
Soudain, ils se retournèrent et hissèrent leur poignard.
- Haaaaaa ! hurla l’ange de douleur, redevenant visible.
Un rictus de satisfaction s’afficha sur le visage horrible de Cicatrice.
- Azariel, on le tient, annonça-t-il.
Lazarus était pris au piège. Un poignard était figé dans chacune de ses ailes, les traversant pour le clouer littéralement à l’énorme tronc.
Le plus gros démon tomba du ciel et se retrouva face à l’ange. Un sang argenté coulait à profusion des ailes de Lazarus.
- Pourquoi étiez-vous là et où est allé ton ami ? demanda Azariel.
L’ange toisa le monstre de ses yeux, d’un bleu glacial. Un air de mépris inscrit sur le visage.
Le démon émit un rire qui ressemblait à un « huk, huk », on aurait dit les cris d’un cochon sauvage.
Il dégaina son poignard et émit une légère coupure au niveau des abdominaux de son ennemi. Il nettoya précautionneusement la lame contre l’herbe, sur le sol. Puis il la porte contre la blessure que lui avait infligée Lazarus un peu plus tôt. La lame se couvrit de sang noir.
- Tu sais qu’il se passe des phénomènes pour le moins… étranges, souvent douloureux lorsque nos sangs entrent en contact, rappela Azariel.
L’ange ne put retenir un hoquet d’effroi. Ses yeux témoignaient maintenant de la peur. Il n’allait pas simplement mourir, il subirait d’abord une torture terrible.
Alors que le sang des anges avait des propriétés curatives, celui des démons était réputé pour ses douloureuses conséquences…
- Parle, intima Azariel, c’est mon seul avertissement, si tu insistes dans ta folie, tu seras rejeté des tiens, tu le sais.
La mâchoire de l’ange se contracta. Le sort atroce qui l’attendait, non, il préférait la mort. Mais il ne pouvait pas trahir les siens…
Il releva la tête pour affronter son ennemi.
- Rien ne fait plier les anges, annonça-t-il d’une voix ferme.
D’un geste vif, Azariel balaya la plaie de l’ange avec le plat de sa lame. Une fumée noire s’échappa de la blessure et le « pshhh » fut étouffé par les cris effroyables de Lazarus.
Tous ses muscles se contractèrent malgré lui, accroissant la douleur qu’il éprouvait dans ses ailes. Ses yeux perdirent leur couleur, ils devinrent entièrement noirs pendant un instant, puis reprirent leur aspect normal.
Le corps anciennement parfait de l’ange s’était dégradé. Il avait perdu son éclat et son halo brillant. La peau de Lazarus était terne, ses cheveux semblaient gras et viraient pratiquement au châtain. Ses yeux étaient redevenus bleus, certes, mais il n’y avait plus rien de lumineux dans son regard, on ne pouvait plus y lire que le désespoir.
- Tout est fini pour toi, tu le sais, reconnut Azariel en brandissant son Darshi. Mais je peux faire durer ton cauchemar très longtemps.
Jamais je ne tiendrai, réalisa Lazarus.
Une lumière jaillit de nulle part et éclaira les quatre êtres. Leur vision mit un moment avant de s’accommoder. Mais lorsqu’ils purent distinguer la silhouette dont émanait cette lumière, ce fut au tour des visages des démons d’exprimer la terreur.
- Gabriel, glapit Cicatrice.
Derrière lui, Lazarus aperçut Darnyal. Son allié avait réussi… juste un peu trop tard pour lui.
L’archange était bien plus grand que ses camarades, ses cheveux d’un blond doré atteignaient presque ses épaules. Il faisait le double de Darnyal en largeur, qui n’était pourtant pas lui-même un ange frêle…
En moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire, Cicatrice et Unicorne se saisirent de leur poignard. Lazarus tomba au sol, incapable de tenir sur ses deux jambes. Ses ailes se replièrent en cocon autour de son corps.
Azariel fila en profondeur dans la forêt.
De sa poche, Gabriel sortir son Darshi. Le cylindre se mit à s’allonger. Il ne semblait pas s’arrêter. Finalement, de son extrémité supérieure s’échappa une lame longue et recourbée.
La faux de l’archange Gabriel, se dit Unicorne, aucun démon n’a jamais pu en réchapper…
- Poursuis Azariel, ordonna l’archange à Darnyal par la pensée.
L’ange s’exécuta, il s’élança dans les airs pour tenter de retrouver le dernier monstre.
Unicorne et Cicatrice se jetèrent sur Gabriel. Ce dernier tournoya sur lui-même, échappant gracieusement à la double attaque. Il se trouvait maintenant derrière ses agresseurs. De sa paume gauche, un arc électrique jaillit pour frapper Unicorne. Ce dernier tomba sur le sol, sa peau crépitait, mais il n’était pas mort.
Cicatrice lança de nouveau une attaque. D’un coup de ses ailes immenses, Gabriel recula de plusieurs mètres. Il brandit sa faux comme on tire une épée d’un fourreau et trancha le démon en deux. Suivant la marque de son ancienne cicatrice, les deux parties du monstre glissèrent l’une contre l’autre, avant que toutes deux ne retombent bruyamment sur le sol.
L’archange atterrit doucement devant Unicorne, toujours à quatre pattes dans l’herbe.
- Pourquoi étiez-vous là ? demanda-t-il de sa voix grave.
- Héhé, va au diable, ricana Unicorne, c’est un copain.
Il prit son propre poignard et se l’enfonça dans le torse.
Plutôt mourir que d’aider un ange…fut sa dernière pensée.
Gabriel hissa sa faux et trancha la tête du cadavre. Puis la faux se rétracta et le Darshi reprit son apparence la plus simple.
Darnyal arriva par derrière, il posa sa main sur l’épaule de son allié, pour indiquer sa présence.
- Il s’est enfui. Mais j’ai retrouvé son Darshi, annonça-t-il.
Il présenta à Gabriel le poignard immaculé. L’archange s’en saisit et déclara :
- Il est donc bloqué sur Terre, je vais me charger de le traquer et de le tuer. Occupe-toi de faire disparaitre toutes les traces de nos passages. Rien ne doit persister.
Darnyal acquiesça. Il se dirigea vers la dépouille du premier démon. Il tendit sa main vers la carcasse, lorsque la lumière qu’il émit mourut, il ne restait rien. Ni corps, ni végétation, on aurait même dit que la terre elle-même avait été brûlée.
Il réitéra l’opération où les autres monstres avaient péri, et où du sang d’ange ou de démon avait été versé.
Gabriel s’approcha de Lazarus, mais il ne put se résoudre à lui tendre la main pour le relever. Il décida finalement de s’accroupir devant lui.
- Je suis désolé, murmura l’ange, incapable de projeter ses pensées.
- Azariel est bloqué dans ce monde, quoi qu’il soit venu faire, sa tentative a échoué. Tu as rempli ta mission avec courage. Il est temps de rentrer à la maison, fit-il d’une voix qui sonnait faux.
L’ange écarta légèrement ses ailes. Des veines étaient désormais apparentes sur sa peau. Et elles le resteraient tout le long de sa vie. Il vivrait sous cette forme pour toujours.
- Archange Gabriel, vous connaissez le sort réservé aux anges déchus. Je ne serai plus jamais ce que j’ai été. L’isolation, pour l’éternité… Le mépris.
- Ne dis pas n’imp…
- Arrêtez ! rugit Lazarus avec l’énergie qui lui restait.
Gabriel ne réagit pas à l’insubordination.
- Regardez, dis Lazarus, votre pitié l’emporte sur tout autre sentiment, vous ne me traitez même plus comme un ange qui vous doit le respect.
Il se releva à moitié et posa volontairement un genou à terre.
- Accordez-moi l’honneur qui me revient, demanda-t-il avec toute sa fierté.
Il fixa l’archange de ses yeux presque humains. Gabriel n’osait même pas croiser son regard. Il baissa la tête et acquiesça finalement.
L’archange se recula de quelques pas et se saisit de son Darshi. La faux se reforma dans sa main. Gabriel se recula encore un peu, pour être sûr de ne pas toucher physiquement son allié de sa lame.
Il la dégaina finalement et trancha l’air de sa lame brillante. Une décharge de lumière explosa, et le corps de Lazarus s’évanouit en une pluie d’étoiles.
- Adieu.
02
La chaine stéréo se mit en route dans la chambre silencieuse.
Les mots du « Grand sommeil » d’Etienne Daho se mirent à résonner entre les quatre murs, tirant doucement Louka de son propre sommeil.
« Je ne peux plus me réveiller, rien à faire… »
Tu l’as dis…
L’homme s’assit dans son lit et commença à balancer sa tête en rythme pour se réveiller. Il flanqua ses pieds dans ses chaussons et se leva. Convaincu qu’une fois de plus son colocataire n’était pas rentré la nuit précédente, il augmenta le volume.
Il se rendit dans la salle de bain, en face de sa chambre et se brossa les dents en effectuant quelques pas de danse. Il se saisit de son rasoir électrique et effaça sa barbe naissante. Ses cheveux blonds mi longs étaient en bataille, il passa la tête sous la douche et les mouilla. Puis il les arrangea en une coiffure impeccable de premier de la classe.
Enfin, il sourit à son reflet et traversa le couloir. La porte de la chambre de Matt était ouverte, le lit était fait : Louka avait bien été seul cette nuit dans l’appartement.
Il franchit les derniers mètres de couloir qui le conduisirent au salon. La cuisine américaine faisait l’angle avec un bar qui arrivait à mi hauteur. Au milieu de la pièce, un canapé faisait face à un écran géant. Entre les deux, une petite table basse en verre où les deux amis prenaient leur diner quand ils voulaient regarder un film.
Le jeune homme ouvrit le placard au-dessus de sa tête. A l’intérieur régnait un ordre obsessionnel. Des boites de Bounty étaient alignées les unes sur les autres. Louka prit soin d’ouvrir une nouvelle boite, il en sortit une barre qu’il posa sur le bar, et rangea méticuleusement les autres à leur place.
Il saisit la barre chocolatée, et retourna dans sa chambre. Il tronqua son pyjama contre un jean et un simple t-shirt.
De toute façon, arrivé à l’hôpital, je devrai me changer de nouveau…
Il attrapa négligemment son sac, ajusta la lanière autour de son cou et éteignit la chaîne stéréo. Il traversa le couloir, attrapa ses clés dans un bol sur la petite table et ouvrit la porte d’entrée à la volée.
Une masse appuyée sur la porte tomba sur le sol dans un bruit étouffé.
Louka hocha la tête en guise de désapprobation. Il souleva le manteau qui couvrait l’énergumène.
- Bien sûr, marmonna-t-il.
Matt avait passé la nuit contre la porte. Il n’avait même pas été capable de rentrer dans l’appartement.
Louka jeta un coup d’œil à l’horloge de la cuisine.
Ouais, je vais encore être en retard…
Il saisit son ami au niveau des aisselles, et se débrouilla pour le porter – ou plutôt le traîner – jusqu’au canapé. Il le mit sur le côté et passa un plaid sur son dos.
Un jeton tomba sur le sol. Il s’était échappé de la poche de Matt. Louka scruta l’objet un instant. Puis il le fourra dans sa poche.
Dans la cuisine, il mit la cafetière en marche.
Il ne put s’empêcher de jeter un nouveau regard à l’heure, bien qu’une seule minute soit passée. Finalement, la cafetière siffla. Il en servit une grande tasse. Il la posa sur la table basse, après s’être assuré de la présence d’un dessous de verre.
Il prit soin de vérifier l’état de son ami. Mais à part une haleine bien éthylique et un bleu sur le front – qu’il s’était certainement fait la veille dans le couloir – il allait bien.
- Matt ! fit son ami en le secouant doucement.
Les yeux du jeune homme papillonnèrent et il émit un grognement en guise de réponse.
- Je dois y aller Matt, je t’ai servi du café sur la table. Et la cafetière est pleine, si tu as besoin. Tu commences à 14 heures cet après-midi. Tu devrais te réveiller, tu ne peux pas te permettre de perdre un nouveau job.
L’endormi repoussa Louka en gazouillant des paroles inintelligibles.
Le médecin se releva. Il se mordit les lèvres et prit la direction de la sortie.
J’ai fait ce que je pouvais, s’assura-t-il avec une pointe de culpabilité.
Dans le métro, son esprit était toujours à la maison. Son ami allait mal. C’était la folie à l’hôpital. Rien ne s’arrangeait.
« J’aimerais que cette nuit, dure toute la vie », se rappela-t-il en citant son chanteur préféré.
***
Il traversa enfin l’entrée de l’hôpital, fit biper son badge pour ouvrir les portes de sécurité et pénétra dans l’antre de la folie d’infirmières et de patients.
Il se rendit au vestiaire et se changea en quatrième vitesse, quand il fut fin prêt en pyjama bleu et veste blanche à son nom, il commença sa ronde.
Une doctoresse blonde surgit d’un couloir opposé.
- Louka ! apostropha-t-elle.
Toujours de dos, le jeune homme fronça les sourcils.
Elle m’appelle par mon prénom maintenant ?
Il se retourna finalement pour faire face à son chef.
- Docteur Marce, bonjour.
Elle lui fit un sourire en gonflant sa poitrine généreuse et tapa sur le bras du blond. Mais elle ne retira pas sa main immédiatement et sembla tâter son biceps quelques secondes. Ce ne fut que lorsque Louka recula d’un pas qu’elle le lâcha.
- Je t’en prie, appelle-moi Mylène.
Il sourit poliment mais ne répondit rien. Matt l’avait prévenu qu’elle flirtait avec lui depuis des mois. Il lui avait conseillé de « tirer son coup et de passer à autre chose », mais le médecin avait été outré. Il n’avait aucune envie de sortir avec elle, ce n’était pas du tout son genre…
- Encore en retard ce matin, à ce que je vois, fit-elle d’un ton faussement réprobateur. Il va falloir trouver un moyen pour… compenser tout ça…
Elle leva un sourcil, laissant l’esprit du jeune homme imaginer comment il était censé « compenser tout ça ».
Et on dit que le harcèlement sexuel ne va que dans un sens…
- Je suis désolé, je rattraperai mes heures, assura Louka.
Il n’eut pas la mauvaise foi d’assurer que cela ne se reproduirait pas. Il savait très bien qu’étant donné l’état actuel de Matt, c’était susceptible d’arriver tous les soirs…
Il lui tourna le dos et gagna la première chambre à côté.
- Bonjour, lança-t-il à son patient.
Ce dernier grogna, en guise de réponse.
Mais qu’est-ce qu’ils ont tous ce matin ?
Il l’ausculta et continua sa ronde, finalement il arriva à sa patiente préférée : Mandy Darcy. Alors qu’il avait un problème de communication avec les gens en général, son contact avec les enfants était très bon. Il se demandait même s’il ne devait pas s’orienter vers la pédiatrie.
- Bonjour Mandy ! fit-il avec toute la bonne humeur qu’il put regrouper.
- Bonjour docteur, répondit-elle avec une joie non feinte. Tu vas bien ?
Louka acquiesça en lui souriant.
Elle sauta de sous les couvertures et s’installa sur le bord du lit, faisant balancer ses deux nattes blondes, sur le côté de sa tête. Le médecin lui avait répété de ne pas faire ça avec sa perfusion, mais elle semblait toujours excitée de le voir…
Ses parents se trouvaient également dans la pièce. Le père avait été agressif avec Louka depuis l’hospitalisation de sa fille. Elle était entrée dans l’attente d’une greffe plusieurs semaines plus tôt. L’opération était maintenant imminente, ce qui réjouissait énormément la fillette. Elle semblait même avoir oublié la poche à dialyse qui la suivait partout…
Son père, par contre, certainement anxieux, s’était montré de plus en plus désagréable. La mère quant à elle se contentait de hocher la tête à chaque commentaire de son mari.
- Docteur, j’ai senti un ganglion dans son cou. Et j’ai vu sur internet que… commença le père.
Alors, s’il l’a vu sur internet…pensa le médecin, sarcastique.
Louka tenta de faire le vide, il parlait toujours un peu pour se montrer poli à son entrée dans une pièce, mais lorsqu’il auscultait ses patients, il était complètement dans son travail et se refusait toutes formes de dispersion.
Pour calmer le parent insistant, il vérifia les ganglions de la petite. Et lui fit un grand sourire. Il sortit de sa poche une sucette et la tendit à Mandy.
- Profites-en, avant l’opération il ne faudra plus que tu ne manges quoi que ce soit, lui expliqua-t-il.
- Vous m’écoutez à la fin ! interpela le père.
Gardant son calme, le docteur se tourna et expliqua qu’il n’y avait rien à craindre. Que l’état de la fillette était bénin, que ça ne changerait rien au processus. La transplantation était toujours d’actualité, les parents ne devaient pas s’inquiéter outre mesure…
Il leur sourit enfin pour conclure sa visite, salua Mandy et se dirigea vers la sortie.
- Je veux une seconde opinion, rugit le père derrière lui. Sinon je vais voir votre chef directement !
Louka contracta la main qui se trouvait dans sa poche. Combien il aurait aimé être capable d’expliquer au père qu’il inquiétait sa fille pour rien. Que lui était médecin, qu’il savait ce qu’il faisait. Mais il ne s’en sentait pas la force.
Eviter le conflit. A tout prix.
- Monsieur Darcy, je vais demander à un de mes collègues de passer, assura-t-il au père colérique.
Il retourna au pôle des infirmières. C’était en fait simplement quelques bureaux entourés d’un bar assez haut, où l’on rangeait les dossiers et où les médecins cherchant une pause pouvaient s’adosser cinq minutes.
Il rangea le dossier médical de Mandy à sa place et souffla un bon coup. Il avait une opération de prévue pour cet après-midi. Il fallait tenir la journée…
Et dans quel but ?se demanda-t-il.
Il sortit la barre de Bounty de sa poche et l’ouvrit avec délicatesse. Son plaisir matinal. Il croqua et laissa la tension retomber. Il était accroc à ces barres depuis toujours. Elles lui remontaient le moral. Certes, elles avaient été plus ou moins responsables de ses petites poignées d’amour… Mais ça valait le coup.
La libération de sérotonine qu’entraine le chocolat me permet de ne pas péter les plombs au boulot…
Une infirmière s’appuya contre lui. Elle le tira de ses pensées.
- Hé Kimmy. Comment tu vas ? demanda-t-il.
La jeune femme noire aux cheveux tressés haussa les épaules. Elle était assez imposante avec ses nombreux kilos en trop et sa voix forte.
- On fait aller mon grand ! Il faut toujours élever le mari et s’occuper des enfants, plaisanta-t-elle. Toi, tu es toujours tout seul ?
Louka ne put réprimer un sourire. Kimmy avait été la première dans l’hôpital à lui offrir son amitié. Elle était honnête et directe, parfois trop, ce qui lui prêtait en général une réputation d’emmerdeuse auprès des médecins. Mais son tempérament faussement cynique et affectueux avait rappelé à Louka son meilleur ami. Depuis qu’ils se connaissaient, l’infirmière s’était trouvée un intérêt tout particulier dans la vie sentimentale de son ami docteur.
Enfin, le manque de vie sentimentale…
Ce fut au tour de Louka de hausser les épaules pour répondre.
- C’est quoi le problème, mon grand ? Ne me dis pas qu’avec ce corps si sexy et ce visage d’ange, tu n’as pas d’opportunités ? insista-t-elle.
Elle prenait également plaisir à le titiller, puisqu’il n’y avait aucune ambiguïté quant à la nature de leur relation.
Le jeune homme se mit à rougir.
- Il y a bien le docteur Marce, qui semble me faire du rentre-dedans, chuchota-t-il.
Elle prit un air affolé.
- Cette nympho ? Mais elle va te manger tout cru, fit-elle avec son accent des îles. Ne me dis pas que tu es intéressé !
Louka assura que non en riant. Elle trouvait toujours le moyen de lui remonter le moral…
- Tu trouveras peut-être ton bonheur chez les pyjamas roses, fit-elle en désignant son accoutrement. On a eu un arrivage d’infirmières ce matin… Trop occupé pour remarquer, j’imagine !
Le jeune homme afficha un air penaud. Perdu dans ses pensées, comme toujours.
Son portable se mit à vibrer dans sa poche. Il s’excusa auprès de son amie et décrocha.
- Tu as le temps de manger avec moi ? demanda Matt.
- Je peux prendre ma pause dans une heure, tu me rejoins devant l’hôpital ?
Louka raccrocha.
***
- Deux sandwichs poulet mayo, s’il vous plait, demanda Matt au marchand.
Il se retourna vers son ami en se frottant les mains, pendant que le vendeur préparait leur frugal repas.
- Comment s’est passée ta matinée ? questionna-t-il.
Louka arqua un sourcil.
- Comment s’est passée ta soirée ?
Le jeune homme détacha son regard de celui du médecin. Il se concentra sur la préparation des sandwichs, comme si c’était la chose la plus intéressante qui soit.
Il dépassait bien Louka d’une dizaine de centimètres. Sa peau mate et son air de bad boy avec ses yeux et cheveux noirs, ajoutés à sa barbe de plusieurs jours juraient avec le genre intello de son ami. Pourtant, à ce moment, il était bien plus intimidé par les yeux clairs et accusateurs de Louka.
D’accord, donc on fait comme d’habitude et on prétend que ce n’est jamais arrivé, réalisa le médecin.
Le marchand donna les sandwichs à Matt. Ce dernier se tourna vers son ami et s’apprêta à ouvrir la bouche, mais Louka avait déjà tendu vers lui les billets.
Matt le remercia avec un regard bienveillant et se saisit de l’argent pour payer le commerçant.
- Merci, je suis un peu « short » en ce moment…
Ouais, on va formuler ça comme ça…
Louka se devait de dire quelque chose, mais il ne se sentait pas la force d’une nouvelle dispute. Son meilleur ami n’en ferait qu’à sa tête de toute façon…
A la place, il désigna de son doigt l’oreille de Matt. Un brillant ornait le lobe rouge violacé nouvellement percé.
- Après mangé, je t’enlève cette horreur. C’est en train de s’infecter, je ne veux même pas savoir où tu es allé te faire faire ça…
Matt porta la main à son oreille, mais il grimaça au contact de la chair infectée. La vérité était qu’il ne se souvenait même plus de cette récente « acquisition » pourtant elle ne devait pas dater de plus tard que la veille au soir…
- Merci, marmonna-t-il. Au fait, tu n’as rien trouvé par terre, dans le salon ? Ou dans le couloir peut-être ?
- Non… Trouvé quoi ? lança innocemment Louka.
Le médecin glissa la main dans sa poche et joua avec la pièce en plastique pendant un instant.
S’il en parle, c’est un début, se dit-il.
- Rien. Rien, laisse tomber. Alors, comment s’est passée ta matinée ?
03
Louka déboula en trombe de la salle d’opération. Il laissa claquer la porte derrière lui. Il se concentra sur sa respiration. Il ne devait pas perdre ses moyens, il n’était plus un gamin. On ne le prendrait jamais sérieusement si… Mais ses yeux commencèrent à s’embuer.
- Non, murmura-t-il pour lui-même.
Il laissa tomber son poing sur une table. La douleur le sortit de sa transe. Il se débarrassa de sa blouse chirurgicale en plastique et la jeta dans une poubelle.
Il devait absolument mettre de la distance entre cette satanée pièce et lui.
Il continua à respirer bruyamment alors qu’il traversait le couloir. Il se dirigea vers le pôle des infirmières. Il serait très certainement seul, à cette heure-ci, il n’y avait pratiquement plus personne dans l’hôpital.
Tant mieux.
La seule chose dont il avait besoin, c’était le distributeur automatique.
L’opération avait duré des heures. Ce n’était pas censé se passer comme ça. Comment les choses avaient pu tourner aussi mal ? Il y avait eu des complications. « La faute à pas d’chance ».
Ouais, ben « pas d’chance » vient de tuer une mère de famille !
Il sentit son calme récemment acquis, s’envoler de nouveau.
Des heures. Des heures pour la sauver. Et pour rien. A quoi cela rimait-il ?
Louka avait mis machinalement la pièce dans le distributeur. Il s’apprêta à taper le numéro qu’il pensait connaître par cœur, mais vérifia tout de même dans la vitrine par manque de confiance.
- Non, murmura-t-il de nouveau.
Il allait craquer. Une voix lui parvint de derrière.
- C’est moi qui ai pris le dernier Bounty… Tu veux qu’on le partage ?
Le docteur se retourna doucement vers la source de cette voix chaleureuse. Il ne l’avait jamais entendue avant, il en était certain.
Au milieu du pôle, une petite infirmière lui tendait une barre de Bounty avec un sourire aux lèvres.
Il se rapprocha d’elle. Elle devait lui arriver au-dessus de l’épaule, tout au plus. Ses cheveux étaient bruns et tirés en une queue de cheval, pour ne pas la gêner.
Louka se perdit dans ses grands yeux bleus magnifiques. Il tomba sous le charme de ses pommettes et des quelques taches de rousseur qui parsemaient ses joues.
Il ne put qu’acquiescer pour répondre à la question de la jeune femme.
Elle remit la barre chocolatée dans la main du médecin. Il sentit comme un courant électrique lorsque leurs mains s’effleurèrent.
- C’est un de ces jours où on a besoin des petites choses ? demanda-t-elle.
Il coupa la barre en deux, et lui en donna la plus grosse moitié.
- Exactement.
Sans la quitter des yeux, il porta la barre à la bouche. Et le plaisir l’envahit comme une vague de chaleur. Elle lui sourit en voyant l’effet que procurait son cadeau.
Elle tendit la main vers sa joue, et il eut un mouvement de recul lorsqu’elle le toucha.
- Excuse-moi, dit-elle. Tes joues sont brûlantes. Ca va ?
Il regretta son geste. Il n’avait pas voulu la blesser. Surtout qu’elle semblait s’inquiéter de son état.
Il sourit, puis referma vite la bouche, à l’idée que le chocolat ait pu se fourrer entre ses dents.
- Désolé, s’excusa-t-il à son tour. Opération difficile.
Elle hocha la tête, compatissante. Elle eut le tact de ne pas en demander plus, de peur de le mettre mal à l’aise.
- Je m’appelle Elizabeth, mais tout le monde m’appelle Lisa, se présenta-t-elle en tendant sa main.
Il s’en saisit et la serra avec délicatesse.
- Louka. Tu es une des nouvelles infirmières ?
- Oui, je commençais aujourd’hui. Et déjà j’ai la garde de nuit. Quelle chance ! fit-elle avec un faux air enjoué.
Le jeune homme sourit malgré lui. D’ailleurs, il ne pouvait pas s’empêcher de sourire.
Après sa dernière bouchée, il jeta le papier d’emballage dans une poubelle.
- Merci beaucoup, pour le Bounty et pour… hum, le reste…
Il mit ses mains sur sa taille, pour se donner une contenance. Mais sa timidité prit le pas sur son assurance. Il recula de l’autre côté du comptoir.
Il sentit son portable vibrer dans sa poche. De ses mains cachées derrière le comptoir, il vérifia l’expéditeur : Matt.
Lisa passa une mèche derrière son oreille et sembla hésiter. Manifestement, elle aussi cherchait à rassembler du courage. Finalement elle se lança :
- Ca te dirait de boire un chocolat chaud ? Ca aussi c’est bon pour le moral…
Louka sourit de plus belle, mais avant, il devait vérifier… Il baissa les yeux vers son portable.
Le message était simple : « 911 appart ».
Merde.
Lorsqu’il porta de nouveau son regard dans celui de Lisa, il ne souriait plus.
Comment s’y prendre pour lui dire non, tout en lui faisant comprendre qu’il n’aimerait rien de plus que de passer un moment avec elle ?
- Je suis vraiment désolé, assura-t-il. Mais je dois rentrer… Un autre jour ?
La déception s’inscrivit sur le visage de la jeune femme, mais elle acquiesça tout de même.
- Bonne soirée, lança-t-il avant de courir vers la sortie.
Dommage, se dit-elle. Premier jour, premier coup de foudre, première déception…
Elle en conclut qu’il n’était pas intéressé, et retourna à son travail.
***
Louka rentra aussi vite que possible. Lorsqu’il pénétra dans le salon, il faillit glisser sur le sol.
Un liquide s’était renversé.
Pitié, pas du sang…implora-t-il en se souvenant du message de détresse de son ami.
Il appuya sur l’interrupteur. L’intensité de la lumière le surprit un peu, mais il s’y accommoda. Il regarda à ses pieds.
Un cadavre de bouteille en verre jonchait le sol.
Du vin…
- Louka.
Le docteur releva la tête pour découvrir son ami allongé sur le sol, entre la télévision et le canapé.
Oh mon Dieu, réalisa-t-il.
- Matt ! Ne bouge pas.
Son ami était passé au travers de la table en verre. Des gouttes de sang suintaient autour du corps immobile.
Louka courut dans sa chambre et revint avec une trousse de premiers secours « spécial médecin ».
Il s’agenouilla au milieu du verre brisé, prenant soin de ne pas se blesser à son tour.
Pas la colonne vertébrale, pas la colonne vertébrale, suppliait-il.
Il prit une aiguille et la planta doucement à différents endroits du corps de son ami. Lui demandant s’il ressentait la douleur.
- Oui, oui, j’ressens bien la douleur, maintenant si tu pouvais arrêter la douleur, j’apprécierais assez ! râla-t-il.
Comme le matin précédent, Louka pouvait sentir que Matt avait bu.
Progressivement, il le fit se retourner. Heureusement, les blessures étaient bénignes. Il n’avait été coupé que de manière superficielle.
Il aurait besoin de quelques points de suture pour une ou deux balafres, mais ça s’arrêtait là. Louka avait craint bien pire…
Il décida de le faire s’asseoir sur le canapé. Il s’occupa lui-même des points de suture et ne lui donna rien pour la douleur. Contrairement à lui, Matt avait un seuil de résistance assez élevé, et le médecin ne s’aventurerait pas à lui donner des anti douleurs alors que son patient était complètement biture.
- Je peux savoir comment s’est arrivé ?
- Hum… Glissé, répondit Matt.
Louka reposa son kit de chirurgie et soupira.
- Ecoute, ça ne peut plus durer, dit-il d’une petite voix.
- Oh hé, ça va ! grogna le brun. Tu rentres, tu râles. Alors que moi j’avais une surprise pour toi !
Le docteur haussa les sourcils. Matt releva la manche de son t-shirt jusqu’en haut de son épaule.
Sur la peau rougie, le mot KILLER était tatoué en majuscule.
Le visage de Louka se décomposa d’abord. Puis il prit un air froid et méprisant.
- Tu trouves ça marrant ? demanda-t-il d’une voix glaciale.
Matt recula et faillit basculer en arrière, choqué par le ton de son ami.
- Et pourquoi tu dis que c’est pour moi ? questionna le médecin.
Le poivrot éclata de rire.
- C’est un tatouage. Sur mon épaule ! dit-il comme si c’était évident.
Louka garda le silence, son ami était incohérent. Il s’expliqua alors :
- « Epaule tatoo » ? Je me suis dit que si je le faisais, tu arrêterais de m’emmerder avec tes chansons débiles !
Matt pencha sa tête pour observer son tatouage. KILLER… Tueur.
- Et puis c’est vrai, non ? ajouta-t-il.
Le Duel (3/3) Fin de partie - Jake Vecchiet
Résumé :
Il reste moins de quarante-huit heures à l’Astonien pour trouver un moyen de contrer l’offensive de l’Institution qui menace de débarquer sur Terre. La guerre ouverte fait rage dès lors qu’Orélia fait exploser la maison de Wesley depuis son vaisseau dôme. En plus de ses ennemis, le jeune homme va devoir résister à de violents spasmes qui mettent sa vie en danger et dont l’origine demeure inconnue. Dans un même temps, un troisième joueur fait son entrée dans la partie et risque bien de bouleverser l’ordre des choses. Le secret caché de Jork est peut-être la dernière chance pour la Terre. Mais en reste-t-il une pour Wesley et Orélia ? Toutes les réponses à vos questions sont rendues dans ce tome qui conclut la trilogie « Le Duel », et où l’action et le suspens sont omniprésents !
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Extrait :
01
Tout ce temps pour finalement trouver que l’objet le plus puissant de cette misérable planète était caché dans un trou perdu, pensa la Darkane.
Elle regarda autour d’elle. Elle se trouvait à la bordure d’un petit village de l’est de la France. D’un côté, les maisons semblaient dater du siècle dernier alors que de l’autre s’étendait une épaisse forêt de conifères.
Le jeune homme brun parcourut les cheveux blonds de sa compagne avec sa main. Il l’embrassa fougueusement, sans faire preuve de la moindre tendresse.
Quel abruti, se dit Orélia, il faut vraiment que je prenne sur moi. Encore quelques minutes et puis…
- J’en ai envie, j’en ai envie maintenant ! insista l’humain.
Ouais, ça j’avais compris, se dit-elle.
Il se faisait plus pressant, caressant la poitrine de la Darkane et passant la main sur ses fesses. Elle le repoussa fermement.
- Tu sais où j’ai envie de le faire ? On m’a parlé d’un endroit mystique pas loin avec trois pierres érigées dans le sol. C’est excitant je trouve…
Elle balaya ses lèvres avec sa langue pour plus d’emphase.
Il la scanna de haut en bas avec un sourire vicieux. Sa boucle d’oreille accentuait l’effet mauvais garçon qui émanait du vieux pantalon troué, du t-shirt noir à tête de mort et des cheveux gras en bataille.
- Tu veux faire des cochonneries sous le dolmen ?
En plus il est romantique, pensa Orélia.
Il la ramena à sa voiture, s’installa au volant et frissonna.
- Quel région de merde ! maudit-il en augmentant le chauffage
Le froid ne dérangeait pas la Darkane, contrairement à son compagnon, aucun nuage de vapeur ne se formait lorsqu’elle expirait.
La libido du garçon prit le pas sur sa prudence et il roula à grande vitesse hors du village, malgré le brouillard. Il s’enfonça sans considération sur une petite route boueuse dans la forêt.
Il s’empressa de sortir de la voiture, et la prit par le bras. Elle attrapa son sac avant de sortir.
- Tu n’a pas besoin de sac pour ce que l’on va faire, assura-t-il en attrapant l’anse.
Elle l’arrêta et avec un rire qui sonnait faux proclama :
- Si tu touches ce sac, je te tue sans attendre.
Il rit de bon cœur à ce qu’il venait de prendre à tort pour une plaisanterie et ils s’aventurèrent dans la forêt. Bientôt la végétation se fit moins dense et ils arrivèrent au pied d’une colline à pente douce.
Au sommet, se dressaient trois menhirs de presque deux mètres de hauteur. Ils étaient espacés de la même longueur et formaient maladroitement un cercle.
- Voilà le dolmen, annonça-t-il.
Elle roula des yeux et retint son commentaire :
On ne t’a jamais appris qu’un dolmen était refermé sur le dessus ? Un vrai génie, celui-là.
Un sourire méchant se dessina sur le visage de la Darkane. Seuls des champs et la forêt composaient l’horizon : ils ne seraient pas dérangés, il n’y avait aucune habitation à des kilomètres.
Rien d’autre que l’amplificateur. L’arme la plus puissante.
De près, on pouvait distinguer un symbole sur chacun des menhirs. L’un portait le symbole Darkan : les trois serpents enchevêtrés. Le second était orné du soleil Astonien. Enfin le dernier possédait un symbole que l’élue de l’Institution attendait de contempler depuis son retour d’Italie, six mois auparavant : le symbole de la Terre.
Il était composé d’un triangle équilatéral pointant vers le bas. Toutes les hauteurs étaient tracées et se recoupaient en un seul point. Enfin, le triangle était inséré dans un cercle parfait.
Elle plaqua l’humain contre le pilier de la Terre. Un sourire béat s’inscrivit sur son visage.
- Tu es une petite sauvage !
- Tu ne crois pas si bien dire, chuchota-t-elle. Merci pour ton aide, tu as été très utile.
Elle garda sa main gauche sur le torse du garçon et tendit l’autre. De la fumée noire s’échappa de sa paume pour former un poignard dont la lame recourbée brillait sous la lune, malgré le brouillard. Une lueur de terreur passa dans le regard de l’humain.
Il tenta de se libérer de la prise de la Darkane, mais sa force hors norme l’en empêcha. Elle partit d’un rire bruyant lorsque la lame s’enfonça dans l’abdomen du garçon.
Du sang éclaboussa le visage d’Orélia.
Elle retira le poignard du corps de sa victime et écarta d’un bras le cadavre qui tomba sur le sol avec un bruit sourd. Elle contempla la lame maculée du sang humain et la frotta contre le pilier de la Terre.
Comme possédé, le sang glissa jusqu’au symbole incrusté dans la pierre, épousant tous les contours de la gravure. Il se mit alors à briller d’une lueur douce.
Elle plongea son autre main dans la poche et en ressortit un flacon de sang.
- Merci pour ton cadeau, tu es si généreux Wes, ricana-t-elle.
Elle l’envoya s’écraser contre la pierre Astonienne. Le même phénomène se produisit avec ce symbole.
Enfin, elle s’approcha du pilier de son propre peuple. En un regard, la lame du poignard fut nettoyée du sang qui la tachait. Elle le passa délicatement sur sa paume, et pressa l’entaille contre le symbole qui se mit également à luire.
L’éclat de la lumière augmenta.
Orélia se plaça au centre des trois pierres et sortit de son sac le précieux cristal avec précaution.
Des éclairs commencèrent à sauter d’un pilier à l’autre, pour former enfin un triangle parfait. Alors que l’électricité gagnait en intensité, des nuages noirs apparurent de nulle part et gagnèrent le ciel, plongeant la forêt et les alentours dans une obscurité démoniaque.
Le cristal se mit à dégager de la chaleur et à pulser en rythme. Le flux d’éclairs jaillit des pierres pour se rejoindre au centre, fusionnant avec Orélia et le cristal. Une colonne d’énergie prit naissance au cœur de l’amplificateur et fusa à travers le ciel et les nuages pour gagner l’espace.
On pouvait voir comme en plein jour, mais cela n’avait plus d’importance.
Bientôt, une masse de plusieurs centaines de mètres quitta doucement son orbite pour se placer dans la trajectoire du faisceau.
Lorsque le vaisseau fut en alignement avec l’amplificateur, la Darkane se mit à sourire et murmura pour elle-même :
- Echec et mat.
Elle disparut dans le faisceau. Et l’amplificateur sembla perdre vie. Les nuages se dissipèrent et le vaisseau spatial reprit de l’altitude.
Orélia parcourut les couloirs sombres de son vaisseau encore inactif. Elle ouvrit une porte et se retrouva face au générateur. Elle installa le cristal sur son socle et il se mit à rayonner de sa lumière noire habituelle.
Lorsqu’elle se retourna, elle put constater que les néons s’allumaient, que les machines se mettaient en marche, et que les propulseurs accéléraient : le vaisseau reprenait vie.
Tant d’années en orbite et pourtant intact, réalisa la Darkane.
Elle gagna la salle de contrôle. Un panneau métallique s’ouvrit et elle put contempler la petite planète bleue à travers les vitres. Le centre de tous les conflits, l’objet de toutes les convoitises : le peuple qui ferait basculer la guerre d’un côté ou de l’autre.
Elle commença à pianoter sur une console et l’écran s’alluma.
- Transmission avec le monde Darkan ouverte, annonça la voix automatique de l’ordinateur.
Un visage s’afficha à l’écran. Un homme d’une cinquantaine d’années à première vue. Il était chauve et son crâne était orné d’un tatouage Darkan. Orélia l’avait déjà vu une fois, en rêve, près de deux ans auparavant, lorsqu’elle avait eu un aperçu dramatique d’un futur probable.
Alors c’est réel, se dit-elle. Tout se qui se passe lorsque je suis plongée dans ce monde étrange avec la version altérée de Wesley. D’une certaine façon, je vois vraiment le futur.
Elle se mordit la lèvre : dans cette vision précise, l’Astonien la tuait…
- J’ai pris le contrôle de l’amplificateur, et du vaisseau Darkan, annonça Orélia en guise de rapport.
- Je suis fier de toi ma fille, annonça le Darkan.
Un frisson parcourut l’échine de la jeune femme.
« Ma fille » ?
02
Un mois plus tard.
Wesley entra dans sa chambre du dortoir. Toujours sur ses gardes, il scruta la pièce baignée d’obscurité. Sans appuyer sur l’interrupteur, il pouvait distinguer parfaitement son lit à une place, dans un angle, accoté à une petite table de nuit simplement ornée d’un réveil digital et d’une photo encadrée de ses parents et lui. Il y voyait très bien, et ce malgré l’obscurité de la nuit extérieure. Dans l’angle opposé se trouvait son bureau, où il était censé réviser ses cours journaliers.
Présenté comme ça, on perd de vue que la chambre ne fait que neuf mètres carrés…
Il alluma finalement, s’assit sur la simple chaise en bois devant le bureau et posa son sac à dos sur ses genoux. Avec un soupir, il parcourut du regard l’extérieur à travers la seule fenêtre de sa pièce. Sa chambre se trouvait au rez-de-chaussée, et sa vue était surtout composée de grands arbres. Ses pupilles s’ajustèrent au-delà de la normale et il put apercevoir ce qu’il cherchait.
Toujours là… Mais me sous-estimer à ce point, c’est presque offensant.
Il sortit de sa poche l’holographe et appuya dessus. Désormais, quiconque épierait sa chambre de l’extérieur le verrait travailler inlassablement ses cours de médecine sur son bureau.
L’Astonien se relaxa légèrement et prit son portable pour appeler ses parents. Ils décrochèrent dès la seconde sonnerie. Depuis qu’il avait quitté la maison familiale, sa mère – principalement – était particulièrement anxieuse de le savoir loin d’eux. « Seul au milieu de jeunes compétitifs, dans une grande ville où les tueurs devaient pulluler ».
Difficile de lui faire comprendre que ce ne sont pas vraiment les tueurs « conventionnels » de cette bonne vieille planète Terre qui m’effraient…
Bien qu’il se le cachât, Wesley était plus effrayé pour ses parents que l’inverse. Si Orélia se décidait, ils étaient une cible de choix contre son ennemi. Et une cible facile de surcroît, maintenant qu’ils ne se trouvaient plus sous la protection directe de leur fils.
- Mon chéri, tu vas bien ? demanda Loïs.
L’inquiétude dans sa voix était palpable. On pouvait réellement la qualifier de mère poule.
- Oui maman, tout va très bien. Et papa et toi, ça va ?
- Qu’est-ce que tu as mangé aujourd’hui ? questionna-t-elle sans même prêter attention à l’interrogation de Wesley.
Un petit sourire naquit sur le visage du jeune homme.
- Au restaurant universitaire maman, comme tous les jours. Tu sais, des repas aussi équilibrés que les tiens, mais avec le quart du goût.
Un peu de flatterie ne peut pas faire de mal.
Il continua de rassurer sa mère un petit moment puis parla plus sérieusement à son père, qui lui, semblait beaucoup plus axé sur son travail. Combien d’heures de travail ? Quelle quantité ? Avait-il toujours confiance ?
Le principe du concours n’était pas pour diminuer la pression qui pesait sur les épaules de l’Astonien. Mais le choix avait été fait sept mois plus tôt, le jour où il avait retrouvé son professeur de biologie – et mentor dans son combat contre Orélia – gisant mort au milieu de son propre sang.
Wesley raccrocha. Mais contrairement à ce qu’il avait promis à son père, il ne se mit pas à réviser ses cours. En fait, il n’avait pas révisé un seul cours depuis le début de l’année. Maintenant, son niveau de capacités lui permettait d’enregistrer mentalement chaque cours par leur simple écoute lors de la présentation par le professeur.
Tout son temps libre était entièrement consacré à son entraînement.
Il se leva et contempla sa main, au bout d’une seconde, ses doigts prirent une teinte argentée, presque liquide. Cet aspect se répandit le long de son bras puis sur tout son corps, et progressivement, il disparut. Invisible. La lumière glissait sur lui sans plus pouvoir s’y accrocher.
Il ouvrit la porte et se faufila dans le couloir. Il le parcourut – évitant au passage chacun des élèves qui croisait sa route – et sortit de l’immeuble.
Il tenta au mieux de masquer son odeur psychique. Il ne pouvait pas la faire disparaître, Salatar avant de mourir avait affirmé qu’il était impossible de l’effacer. Par contre, il avait appris à la faire disparaître « aux yeux » des gens autour de lui lorsqu’il les approchait. Wesley agissait alors sur leur mental, sans pour autant prendre totalement contrôle de leur cerveau. Il avait atteint un tel niveau que cette technique s’était révélée efficace sur tous les laquais d’Orélia, mais il doutait fortement de la même efficacité contre sa plus grande rivale…
L’élu de l’Alliance s’éloigna du bâtiment universitaire pour prendre à revers ses ennemis. Wesley les surprit cachés derrière les buissons. Deux Dastiques.
La chair à canon d’Orélia…
Ils étaient là tous les jours, le suivant à la trace, essayant au maximum de brider ses pouvoirs pendant la nuit pour l’empêcher d’anticiper en rêves les actions de la Darkane.
Ils ne quittaient pas la chambre du jeune homme des yeux. Un char aurait pu passer derrière eux sans les alerter. En revanche, l’odeur mentale de l’Astonien le pouvait… Il força légèrement sa concentration pour leur faire oublier cette odeur caractéristique.
Il s’approcha sans bruit des deux compères, et lorsque l’espace entre les trois fut suffisamment restreint, il posa sur chacun une main derrière la tête et prit sans problème le contrôle de leurs esprits.
Les deux mercenaires n’auraient aucun souvenir du passage de l’Astonien dans leur cerveau, il ferait attention de ne laisser aucune trace et les « convaincrait » qu’ils n’avaient pas vu le temps passer.
Wesley commença par plonger dans leurs souvenirs. Cherchant la moindre information concernant Orélia, car il devait la trouver, et la détruire.
Elle avait trouvé l’amplificateur, de cette information, il eut la confirmation par les deux. Mais elle avait dû anticiper l’action du jeune homme car lorsqu’elle les avait rencontrés la dernière fois pour leur délivrer leurs consignes, elle l’avait fait dans une ruelle sordide, sans leur mentionner la localisation de l’arme ou de ses intentions futures.
L’Astonien tenta de percer au-delà, sans trop se préoccuper des séquelles sur les cerveaux des Dastiques. Mais Orélia n’avait effacé aucune information de leur mémoire, sans quoi un résidu aurait perduré, que Wesley aurait pu trouver – comme sur un disque dur que l’on tente de remettre à neuf.
Elle était bien trop intelligente pour faire confiance à ces deux là.
Et bien trop « intelligente » pour faire confiance à qui que ce soit…
Cependant, quelque chose se tramait. Sans pour autant connaître la nature de l’action, les laquais de la Darkane savaient que quelque chose de gros se préparait. L’attaque finale était proche, et Wesley en serait la cible.
Le jeune homme se sentait à la fois anxieux et rassuré. Ses parents ne semblaient pas impliqués, et il était content d’apprendre que la fin arrivait – d’une façon ou d’une autre. Par contre, une partie de lui ne pouvait s’empêcher de craindre le massacre à venir…
Je serai prêt… Quoi qu’il advienne. De toute façon je suis prêt depuis des mois.
Persuadé qu’il ne pourrait plus rien extirper des deux larbins, il relâcha son emprise et s’enfuit comme il était venu. Il les contempla quelques minutes pour être sûr de ne pas avoir révélé sa présence au cours du processus et quitta l’enceinte de l’établissement.
Il se rendit au stade le plus proche. Il avait l’habitude de le fréquenter depuis le début de l’année scolaire. Une équipe de rugby poursuivait son entraînement. Avec une pointe de culpabilité, comme tous les soirs, il intima par la pensée à tous les joueurs de quitter le terrain. Ils resteraient tous dans les vestiaires jusqu’à l’heure à laquelle l’entraînement aurait dû prendre fin.
Il plaignait les équipes qui venaient s’entraîner sur ce terrain, car aucune d’entre elle n’avait pu réellement le faire depuis des mois. Mais l’enjeu était trop important pour être contre balancé par quelques kilogrammes en trop et probablement un niveau en sport qui diminue.
Ils étaient tous humains, Wesley avait pu les faire obéir à des dizaines de mètres de distance. Il craignait beaucoup ce qu’Orélia pouvait faire par pure vengeance et méchanceté aux Terriens qui croisaient sa route…
L’Astonien marcha jusqu’au centre du terrain, puis il sortit de sa poche un holographe, de la taille d’un gros galet. Après la mort de Salatar, il avait fouillé sa maison dans le but de trouver tout ce qui pouvait l’aider dans sa quête. Il était notamment tombé sur la version platinum de son propre holographe.
Lorsqu’il le mit en marche, une bulle de couleur bleue s’échappa de l’objet extraterrestre pour englober pleinement le terrain. Les passants ne verraient plus que l’équipe jouer normalement au rugby…
- Et c’est parti… marmonna Wesley.
Il redevint visible et contracta le poing. Le symbole d’Aston se mit à briller sur la face externe de sa paume et il laissa son énergie se déverser librement.
La prise de contrôle des Dastiques et l’invisibilité avaient été un échauffement maigre mais suffisant. Un cercle de sa force éloignait les grains de sable et faisait vibrer l’herbe autour de lui. Il se concentra au maximum et ses pieds commencèrent à quitter la terre ferme. Il lévita quelques instants à vingt centimètres du sol, puis une grimace s’inscrivit sur son visage et il retomba sur le terrain.
A vouloir commencer par le plus dur, il était voué à l’échec…
C’est pas grave, on va passer à la suite…se dit-il finalement, sa volonté restée innébranlée.
03
Le troisième cours de l’après midi venait de s’achever. Wesley leva les yeux vers l’horloge… Cinq petites minutes le séparaient du prochain enseignement assommant.
- Non, mais franchement, t’as vu, c’est pas la peine de venir si tu veux pas tenter le concours ! marmonnait une voix de fille, quelques rangs derrière lui.
L’Astonien avait tant développé ses cinq sens que pratiquement rien ne lui échappait plus… Dans tout l’amphithéâtre, bien peu de choses pouvaient se produire sans qu’il en soit immédiatement au courant.
Et le fait qu’il assiste aux cours sans prendre de notes faisait jaser. Il devait supporter tous les jours ce genre de petites remarques intelligentes…
Seulement, voilà, j’en ai pas besoin…
Si cette guerre prenait un jour fin – et une fin heureuse si possible – le jeune homme pourrait devenir un médecin hors pair, simplement grâce à sa maîtrise de la « guérison spontanée » qu’il arrivait maintenant à prodiguer à des tiers.
Il en avait effectivement fait l’expérience lorsqu’il rentrait chez lui un week-end. Il avait assisté à un accident de la route et était allé prêter main forte aux passagers de la voiture renversée. Quand il s’était aperçu que le conducteur avait perdu connaissance, il s’était servi de ses pouvoirs pour le désincarcérer et avait posé sa main sur son torse, progressivement, les lésions de la personne s’étaient résorbées…
Il était très difficile de se reposer à l’intercours, car la majorité des cinq cents élèves contenus dans le cube qui leur servait de classe en profitait pour se détendre en discutant de sujets anodins. De plus, l’apparence bondée de la pièce était accentuée par le mobilier vétuste : des bancs en bois servaient de fauteuils, et les tables ressemblaient à de simples planches de bois clouées sur toute la longueur de la rangée.
La lumière du jour pénétrait par les grandes baies vitrées sur la gauche de Wesley. L’amphithéâtre était composé de deux rangées latérales de sièges et d’une bien plus large, au centre. Le jeune homme avait pris l’habitude de s’installer sur l’extrémité gauche de la rangée centrale, de sorte d’être suffisamment près des escaliers qui conduisaient à la sortie, tout en haut des gradins.
Les élèves avaient pratiquement tous regagné leur place lorsque le professeur de biologie cellulaire émergea de la porte du personnel, tout en bas de la pièce, sous le grand tableau. Il se saisit du microphone et tapota deux fois sur le dessus afin d’imposer le silence à ses élèves. Enfin il commença son cours.
L’Astonien suivait attentivement les paroles de l’enseignant pour mieux les assimiler quand un sentiment étrange le saisit. Un frisson lui parcourut l’échine, une impression de déjà-vu.
Par réflexe, il jeta un coup d’œil vers l’extérieur. Une ombre passa. Comme si un nuage avait traversé le ciel bleu très précipitamment… Seulement il n’y avait pas un souffle de vent à l’extérieur.
La sensation se fit plus imposante et le jeune homme n’eut plus aucun doute sur l’origine de son appréhension.
Pas ici, pas avec autant de monde autour.
Il réitéra l’expérience de la veille et devint invisible.
- Qu’est-ce que… ? commencèrent des voix derrière lui.
Mais Wesley prit les devants et fit oublier au reste de ses camarades son petit tour de passe-passe.
En bas de l’amphithéâtre, près du professeur, la poignée de la porte pivota, et elle s’ouvrit doucement. L’enseignant s’interrompit.
- Vous vous êtes perdue mademoiselle ? questionna-t-il.
Une ombre se détacha de l’encadrement de la porte pour s’avancer doucement dans l’immense pièce.
Orélia. Ses longs cheveux blonds et relâchés ondulaient sur ses épaules. Elle portait un pantalon de cuir noir et un petit débardeur blanc qui laissait entrevoir son nombril.
Ca me rappelle la vision apocalyptique que j’ai eue d’elle quand j’ai failli me noyer, il y a deux ans…
Elle balaya les rangées du regard et se mit à sourire méchamment.
- Non, je suis parfaitement au bon endroit, assura-t-elle.
Les murmures dans la salle gagnaient en intensité, car bien que la situation parût comique de prime abord, un sentiment très inconfortable s’installait. On aurait dit que le froid était entré avec la Darkane.
Wesley, toujours invisible, remarqua par-dessus son épaule qu’une demi-douzaine d’ennemis barrait la seule autre issue. La Darkane ne tentait même pas de dissimuler son odeur, car la vanille était bientôt venue chatouiller le nez du jeune homme. Lui, par contre, faisait tout pour cacher sa propre odeur psychique.
- Mademoiselle, le cours a commencé, alors je vous prierais de sortir, intima le professeur au micro.
Les élèves parlaient désormais entre eux à voix haute.
- La ferme ! cria Orélia avec une voix peu humaine.
Les bouches des étudiants continuaient de s’agiter, mais aucun son n’en sortait plus. Puis elle claqua des doigts, et l’enseignant de biologie cellulaire s’effondra sur le sol, mort.
- Wesley, je sais que tu es là. Rends-toi immédiatement, où je tue ces dégénérés, un par un, menaça-t-elle.
Des regards terrorisés passaient d’un jeune à l’autre, sans que le moindre mot ne fût échangé.
La Darkane laissa passer cinq secondes et reprit :
- Très bien, je l’admets : je ne serai jamais assez patiente pour les tuer un par un !
Sur ce, elle lança son bras en avant, et un flot d’éclairs jaillit vers les gradins.
L’Astonien réagit immédiatement : il laissa tomber sa couverture invisible et les arcs électriques vinrent s’écraser dans l’air, à quelques centimètres de la paume de sa main gauche. Orélia sourit de toutes ses dents tout en maintenant le flux d’énergie oscillant entre elle et son némésis.
- Ca faisait longtemps, fit-elle.
Pas assez… Mais ce n’est pas la peine de la lancer sur le sujet, sans quoi elle ne s’arrêtera jamais de parler, menacer, insulter etc…
- Toujours convaincu que tu peux tous les sauver ? continua-t-elle.
Ben tiens, elle n’a même plus besoin que je lui réponde pour faire la conversation !
Elle arrêta son attaque. Avec un bref coup d’œil, Wesley eut la confirmation que les gorilles de son ennemie ne bougeraient pas sans un ordre expressif de leur chef.
Avec une impulsion de la main, Orélia envoya une nouvelle rasade d’électricité vers les monstrueuses lampes, au plafond. L’Astonien, qui avait anticipé son attaque envoya une impulsion vers elle qui la projeta contre le grand tableau noir. Elle retomba avec un bruit sourd sur le sol.
Mais le jeune homme n’eut pas le temps de reprendre son souffle, il fit un bond de plusieurs mètres pour retomber debout sur une table, quelques rangs en avant. Les ampoules au-dessus de lui explosèrent sous l’attaque d’Orélia, et plusieurs lampes de dizaines de kilogrammes se décrochèrent pour tomber sur les élèves.
Wesley les rattrapa par la pensée, les maintenant en lévitation.
- Bougez ! ordonna-t-il aux filles paniquées qui s’étaient figées sous la chute d’objets.
Trop tard, la Darkane s’était relevée, et profitant de la faiblesse de son adversaire, elle précipita l’Astonien contre les baies vitrées à pleine vitesse. Le verre éclata et Wesley passa à travers pour retomber un étage plus bas sur le sol. Il ne put plus maintenir son contrôle et les lampes chutèrent, écrasant les élèves surpris.
- C’était plus rapide que j’imaginais, assura l’élue de l’Institution, à vous maintenant.
Elle se tourna vers la foule. Les étudiants avaient essayé de remonter vers la sortie, mais ils avaient été rabattus par les sbires d’Orélia.
Avec son sourire mauvais habituel, ses avant-bras s’enflammèrent et elle se rapprocha des premiers bureaux.
A l’extérieur, Wesley était tombé sur le dos dans le gazon, inconscient. Plusieurs éclats de verre l’avaient poignardé lors de son passage à travers la vitre, et certains étaient restés figés dans son corps.
Ses yeux s’ouvrirent d’un coup. Il se releva et arracha les copeaux de verre ensanglantés de son flanc et de son épaule. Ses blessures se refermèrent.
En un bond, il se percha en équilibre là où la vitre était érigée quelques instants plus tôt.
- C’est pas tout à fait terminé, annonça-t-il avec une vue plongeante sur l’amphithéâtre.
Sur le sol, le verre brisé prit vie et se mit à tournoyer autour du jeune homme.
Un feu avait démarré dans les rangs les plus avancés de la classe. En un revers de la main, l’Astonien y mit fin et la fumée se dissipa. Il fut réconforté par le coup d’œil appuyé qu’Orélia lança à ses hommes de mains.
Si elle demande de l’aide, c’est qu’elle n’est pas confiante… Bien sûr cela signifie aussi plusieurs adversaires.
- Si tu ne te rends pas, je leur ordonne de tuer ces humains, menaça-t-elle.
C’est le sort que tu leur réserves de toute façon.
Après la mort de Salatar, le jeune homme avait réalisé qu’il ne pourrait sauver tout le monde. Mais le plus tôt il mettait fin aux agissements de son némésis, le plus tôt les gens seraient tranquilles.
Il sauta tel un maître d’arts martiaux sur les bureaux et projeta sur la Darkane les lampes qu’elle avait écrasées sur la foule. Les sbires de l’Institution tentèrent de l’attaquer, mais il avait érigé un champ de protection autour de lui.
Pendant qu’Orélia évitait les projectiles, Wesley en profita pour dévisser le tableau qui tomba au dessus de la tête de la jeune femme. Elle s’en rendit compte au dernier moment et un mur invisible la protégea de la planche de plusieurs mètres carrés qui s’écrasa autour d’elle.
L’Astonien saisit enfin le moment pour lancer sur elle les morceaux de verre, coupants comme des rasoirs. Prise entre les lampes, et le tableau, elle n’eut pas le temps de réagir et fut poignardée de toutes parts et littéralement plantée contre le mur.
Mais le jeune homme fut incapable de s’assurer de sa victoire : un Dastique se jeta sur lui, armé d’un poignard. L’extraterrestre se mouvait avec aisance lui aussi. Il tenta d’asséner plusieurs coups mortels à l’Astonien, mais ce dernier était bien trop agile, et, avec un effort de concentration, il intima au poignard du Dastique d’aller s’enfoncer dans le cœur de son propriétaire.
Des cris l’alertèrent : maintenant qu’Orélia avait été neutralisée, le chaos s’entendait de nouveau dans l’amphithéâtre. Les membres de l’Institution avaient pris les paroles de la Darkane pour argent comptant, et s’étaient mis à tuer les élèves au hasard.
Plutôt que de sauter vers ses assaillants et lancer sur eux des attaques à profusion, Wesley ferma les yeux et capta chacun de leur esprit au milieu de ceux des humains. Et il tenta de prendre le contrôle de leur mental. Il n’y avait aucun contact physique entre l’Astonien et ses ennemis, et ils étaient plus nombreux que lui, mais chacun d’entre eux dut stopper son massacre pour rejeter l’intrusion du jeune homme dans son crâne.
Un à un, ils perdirent le combat psychique qui s’était joué avec Wesley et tombèrent, morts. Il rouvrit les yeux et expulsa les portes de l’amphithéâtre hors de leurs gonds, d’un simple regard. Sans l’ombre d’un remerciement, les étudiants se précipitèrent vers la sortie.
L’élu de l’Alliance allait se retourner vers Orélia quand la salle fut plongée dans l’obscurité. Aucune lumière artificielle n’existait plus après l’attaque de la Darkane, et quelque chose empêchait la lumière naturelle du soleil de pénétrer à travers le trou béant qu’était jadis la baie vitrée. Le jeune homme se tourna vers l’extérieur et garda la bouche ouverte de surprise.
Un vaisseau de la taille d’une grosse camionnette se tenait en suspension dans l’air, moitié rentré dans l’amphithéâtre. Il était fusiforme, d’aspect plus ovale que rectangulaire et l’alliage qui le formait brillait d’une couleur argentée. Un pare-brise laissait entrevoir un pilote reptilien. Deux spires s’échappaient du bas de l’appareil et ressemblaient dangereusement à des armes.
Wesley se tourna vers Orélia, elle s’était décrochée du mur, et bien que ses blessures continuent à saigner, elle tenait dans sa main une petite télécommande.
Une balise de détresse ?
- Tirez ! commanda-t-elle.
L’Astonien eut à peine le temps de sauter de côté avant que le vaisseau ne se mette à tirer une salve de balles d’énergie plasma. Le jeune homme fut propulsé vers la sortie, alors que les munitions s’écrasèrent contre un mur, provoquant une explosion. La structure du bâtiment commençait à se détériorer.
Le vaisseau pénétra complètement dans la pièce et fit un tour sur lui-même. L’arrière s’ouvrit en une rampe d’accès. La Darkane monta à bord. Wesley se releva pour se précipiter vers elle. Ils échangèrent un regard.
L’Astonien se campa sur ses deux jambes, prit une profonde inspiration et contracta son poing droit. Il concentra son énergie dans sa main, une lumière blanche apparut entre ses phalanges et le symbole se mit à briller à l’extérieur de sa paume.
- Décollez ! ordonna Orélia, les boucliers ne résisteront pas à son attaque !
Le sas se referma, préparant l’appareil au vol à grande vitesse. Les propulseurs latéraux du vaisseau scintillèrent de mille feux et l’évacuèrent du bâtiment avant que l’élu de l’Alliance n’ait eu le temps de riposter.
Une fois hors d’atteinte dans le ciel, la Darkane s’assit et ses plaies commencèrent à guérir.
Qu’est-ce qui s’est passé là bas ? Comment a-t-il obtenu autant de pouvoirs ? se demanda-t-elle.
- Impératrice ?
Le copilote avait interrompu Orélia dans ses pensées. C’est elle qui avait insisté pour qu’on l’appelle ainsi. Elle devait s’occuper d’abord de la Terre, mais elle avait bien l’intention de conquérir le reste de l’univers. De toute façon, il n’y avait personne d’aussi puissant que Wesley et elle, donc personne ne pourrait s’opposer à son hégémonie.
A condition que je me débarrasse de lui, ajouta la Darkane pour elle-même.
- Quels sont vos ordres ? continua le laquais.
- Ramenez-moi à bord du vaisseau dôme.
Le jeune homme regarda frustré le vaisseau s’enfuir. Il libéra l’énergie de sa main, et en levant un doigt, déclencha l’alerte incendie du bâtiment entier. La structure avait été salement amochée, rien ne pouvait garantir que l’immeuble de huit étages ne s’écroulerait pas bientôt…
Puis il sortit en courant et rejoignit sa chambre dans la résidence universitaire, à quelques centaines de mètres de là. Il récupéra en vitesse son sac, y jeta des vêtements, les holographes et quitta l’appartement aussi vite qu’il y était rentré.
Il retrouva sa voiture garée pas très loin et prit la direction de chez lui sans se soucier des limitations de vitesse.
Elle a attaqué ; tous les gens que j’aime sont désormais en danger. C’est ma faute, si j’avais pu en finir je n’aurais pas eu à les plonger dans cette histoire. Mais je vais devoir les protéger pendant que je m’occupe d’Orélia…
Pendant les quelques heures de routes qui lui restaient avant d’atteindre sa maison, tout ce à quoi il put penser fut la sûreté de sa famille. Cela n’apporterait rien de les prévenir, de leur dire de se cacher ou de se tenir prêts : ils ne le croiraient pas, et rien de ce qu’ils pouvaient faire ne les protégerait de la Darkane de toute façon…
04
Le vaisseau drone mit peu de temps avant de gagner l’orbite de la Terre. Et il put se déplacer encore plus vite hors de l’atmosphère pour regagner sa base. Il paraissait insignifiant à côté du dôme monstrueux.
La Darkane activa la transmission et exigea qu’on lui ouvre le hangar des drones. Un côté du grand vaisseau circulaire s’ouvrit, un champ de force maintenait l’oxygène à l’intérieur du vaisseau, ainsi, les extraterrestres présents dans le hangar n’avaient pas à quitter la pièce pour laisser les drones atterrir. Le drone pénétra la barrière invisible sans inconvénient et prit place à côté des dizaines de vaisseaux identiques alignés.
Lorsque le drone s’ouvrit, deux rangées de membres de l’Institution posèrent un genou à terre pour accueillir leur chef. Quelques-uns osaient relever la tête et tentaient de cacher la surprise de voir l’envergure des dégâts que l’Impératrice avait endurés.
Car même si aucune trace de blessures ne subsistait, les vêtements de la Darkane étaient déchirés en de nombreux endroits et complètement imbibés de son propre sang.
D’un regard, elle découragea tout commentaire. Le premier qui ouvrirait la bouche sans autorisation se verrait récompensé par de merveilleuses tortures, promettant une mort lente et douloureuse.
Elle traversa le hangar, puis des couloirs, et la salle des machines pour arriver enfin à la salle de contrôle. En claquant des doigts, ses habits redevinrent comme neufs. Elle ne montrerait sûrement pas à son père qu’elle expérimentait « quelques difficultés » à en finir avec Wesley.
- Ouvrez un canal de discussion avec le chef de la Triade, dicta-t-elle à ses subordonnés.
Ils répétèrent l’ordre à l’ordinateur central et les informations traversèrent l’espace pour laisser place sur l’écran au père d’Orélia. Sans plus d’introduction elle lança :
- Père, il vous faut retarder l’arrivée de l’armée sur Terre.
- J’espère que tu plaisantes Orélia, il est absolument hors de question de retarder notre prise de contrôle de cette planète. Les humains sont peut-être faibles à l’heure actuelle, mais ils sont plus de six milliards. Ils formeront un jour la plus grosse artillerie de notre armée. La balance penchera en notre faveur dans cette guerre et nous pourrons enfin réduire l’Alliance à néant.
La Darkane prit une profonde inspiration, elle était passablement énervée à cause de son altercation avec Wesley et sa patience s’effritait à une vitesse alarmante. Elle fit craquer ses doigts et arbora un sourire des plus faux avant d’annoncer :
- Père, c’était par politesse que je t’ai présenté les choses comme ça… commença-t-elle.
Le chef de la Triade fronça les sourcils devant l’insubordination de sa fille, mais il n’était pas au bout de ses surprises.
- Je suis l’être le plus puissant qui existe, j’ai en ma possession un cristal et le seul amplificateur en activité de l’univers…
Elle crut voir son père tiquer, mais continua :
- Si un seul vaisseau tente de pénétrer l’atmosphère de cette planète je le ferais exploser en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.
- Orélia !
- Silence, interrompit-elle en levant un doigt. Et sache que dès que l’Astonien aura été vaincu, je prendrai place au-dessus de la Triade et récupèrerai ce qui est mien. Je vaincrai l’Alliance, je gagnerai cette guerre que vous avez tous été incapables de clore en plusieurs siècles et je ferai régner l’ordre. Prête-moi allégeance maintenant et tu garderas ta place dans la Triade.
- Comment oses-tu ? Espèce de traîtresse ! Tu n’auras rien de…
Mais il dut s’interrompre et saisir sa gorge, incapable de respirer. Orélia avait posé sa paume sur un panneau de configuration, elle puisait désormais dans l’énergie du cristal et dans l’amplificateur, directement sous le vaisseau à quelques dizaines de kilomètres.
- Vieux fou, insulta-t-elle, tu ne comprends donc pas ? Avec l’amplificateur, il n’y a aucun endroit dans l’univers où tu puisses te cacher.
A bien y réfléchir, il y a UN endroit, se dit la Darkane.
- Tu es à ma merci ! continua-t-elle. Prête serment à ton Impératrice immédiatement, ou tu peux dire adieu à ta pathétique existence.
Elle resserra son emprise et le teint de son père devint très pâle. Il acquiesça en toussant avec difficulté. Elle le relâcha légèrement, mais pas assez pour qu’il se sente complètement tiré d’affaire.
- Très bien, les troupes attendront votre ordre… Impératrice.
Elle sourit et en avec un geste de la main coupa court à la transmission.
- Impératrice, demanda un Dastique avec une légère salutation pour témoigner son humilité, avec tout le respect que je vous dois, pourquoi ne pas utiliser directement l’amplificateur pour détruire l’élu de l’Alliance ?
Orélia roula des yeux mais concéda finalement à donner une explication à son laquais :
- Initialement, les amplificateurs ont été installés pour préserver la paix sur les planètes. Ils peuvent assurer la protection de la planète et octroient de grands pouvoirs envers le reste de la galaxie, mais il est impossible de retourner l’arme pour traquer quelqu’un qui est déjà sur Terre. Il me faudrait faire sauter la planète entière pour me débarrasser de Wesley…
- Alors l’arme n’a aucun intérêt contre l’Astonien ? insista l’extraterrestre.
S’il continue encore longtemps, il va finir en pièces, se dit Orélia.
- Pas… directement, admit elle. Il peut augmenter ma puissance si je me trouve à côté lors d’un combat avec Wesley.
Le Dastique dut réaliser qu’il ne devait pas plus tirer sur la corde car il s’inclina poliment et reprit sa place.
Orélia se tourna vers le pare-brise pour contempler la planète bleue. Elle donna un ordre psychique à l’ordinateur. L’écran projeta un globe holographique, un point blanc brillant ponctuait l’homogénéité de la sphère. Puis, grâce à un agrandissement, la surface s’élargit et devint plus spécifique…
Avec ce vaisseau, je peux suivre tes déplacements à la trace Wes, nota la Darkane, tu es la signature énergétique la plus puissante de cette planète, aucun doute possible. Je vois que tu as décidé de rentrer chez papa et maman… Bien, nous allons donc faire de même.
- Rentrez dans l’atmosphère, ordonna-t-elle, il est temps de le tuer… ou de le pousser un peu plus vers la folie meurtrière. L’un comme l’autre sera une expérience très amusante !
Elle partit d’un rire dantesque mais fut vite interrompu par un Clanien inconscient :
- Mais, impératrice, si on quitte cette localisation, vous ne pourrez plus utiliser l’amplificateur…
Elle se tourna vers lui à une vitesse irréelle et lança son bras dans sa direction : alors que ses yeux avaient pris la couleur des ténèbres, son bras libéra une fumée noire et épaisse qui traversa le sbire pour ne laisser derrière lui qu’un cri inhumain déchirant.
- J’en ai marre que l’on conteste mes ordres ! cria-t-elle. Alors est-ce que quelqu’un d’autre à un problème avec le fait de m’obéir en la bouclant ? Qu’on le règle tout de suite !
Toutes les têtes étaient baissées.
- Alors, obéissez.
05
Le réveil se mit à retentir : 08h00. Wesley arrêta la sonnerie redondante et désagréable. Malgré ce départ brutal dans la journée, qu’il était agréable d’être de nouveau chez soi !
Le débarquement d’Orélia en vaisseau dans la faculté la veille lui avait fait très peur. Il avait cru qu’elle se précipiterait pour se venger sur Loïs et Marc. Mais lorsque l’adolescent était enfin arrivé en voiture le soir précédent, il avait trouvé ses parents tranquillement installés, sans la moindre trace de menace à l’horizon.
Il avait fait un tour de ronde, personne ne les surveillait. Les deux sbires de la Darkane pendus au cou de Wesley depuis des mois ne l’avaient même pas encore rejointe.
Ils doivent encore être en train de me chercher dans l’appartement…
L’Astonien ouvrit les volets et les fenêtres par la pensée.
Il était grand temps d’aérer, je me demande si maman rentre dans ma chambre pendant la semaine…
Il repoussa quelques mèches rebelles, enfila un pyjama et descendit les escaliers en se frottant le visage.
- Chéri, je t’ai pressé un verre de jus d’orange, annonça sa mère avec un grand sourire, et je pensais : raclette ce soir ?
Wesley sourit, sa mère était aux anges qu’il soit rentré. Il avait prétexté une semaine écourtée par des conférences à la faculté. Elle proposait même son repas préféré pour le diner.
- C’est parfait, m’man, remercia-t-il en saisissant son verre.
- Déjà levé ? demanda son père qui entrait dans la pièce. Pour un jour où tu n’as pas cours ? Il va neiger !
C’était tellement plaisant de vivre normalement sans se soucier de se faire attaquer à tout moment.
- Ne dis pas ça ! Regarde, le temps se couvre, remarqua Loïs superstitieuse.
L’Astonien fronça les sourcils : effectivement, il se mettait à faire très sombre.
- Y-a une éclipse de prévue ? plaisanta Marc.
Soudain, une chaleur insupportable envahit la maison à une vitesse incontrôlée. Les parents de Wesley se mirent à hurler. L’Astonien tenta de se protéger. Une explosion gigantesque envahit chaque recoin de la demeure. Le feu emporta tout. Le jeune homme essaya d’englober la pièce dans son champ de protection, mais il arrivait à peine à le maintenir érigé autour de sa propre silhouette. La température montait et devenait invivable. Son t-shirt s’était embrasé, des larmes brûlaient ses yeux et il commençait à étouffer. Puis, aussi vite qu’elle était apparue, la douleur s’évanouit.
Wesley ouvrit doucement les yeux. Sa peau craquelait à chacun de ses mouvements. Il fit un tour sur lui-même pour contempler l’ampleur des dégâts. Mais il n’y avait pas de dégâts, il n’y avait plus rien. Le jeune homme était la seule personne dressée au milieu d’un cratère de cent mètres de diamètre. Tout n’était que cendre. Aucune chance de survie pour ses parents. Et toujours cette ombre qui bloquait les rayons du soleil.
L’Astonien leva la tête…
Le Duel (2/3) L'amour et la guerre - Jake Vecchiet
Résumé :
Pour sauver la Terre, Wesley doit tuer Orélia. Mais comment prendre la vie de la personne que l'on aime le plus au monde ? C'est sans réponse à cette question que notre héros se rend en Italie accompagné de sa famille, pour contrecarrer le nouveau plan démoniaque de la Darkane. Orélia a besoin du sang de l'Astonien pour alimenter une source de pouvoir destructrice qui n'est pas étrangère au passé mystérieux de Jork. Mais la tâche ne sera pas simple : alors qu'un nouvel ennemi incendiaire menace Naples, l'Astonien doit protéger sa famille de la menace extraterrestre. Et c'est sans compter la jalousie mortelle d'Orélia causée par l'arrivée d'Anna, une humaine qui ne laissera pas Wesley indifférent. Mais entre un espoir de vie normale et un amour impossible, y a-t-il vraiment un choix à faire ?
Où se le procurer ?
Ou en me contactant directement à : jake.berenson@free.fr
Extrait :
01
La salle était très illuminée, comme dans ses souvenirs. Et quand Wesley balança sa tête en arrière pour regarder le plafond, là où aurait dû se trouver la source de lumière, il put contempler l’océan.
Ouais, c’est très kitch mais je ne suis pas là pour ça…
La scène se repassait dans ses rêves pour la troisième fois cette semaine. Mais il ne voulut pas précipiter les choses : cette façon de faire n’ayant pas porté ses fruits les deux nuits précédentes.
Il considéra donc la pièce dans son intégralité, attendant le bon moment.
Un grand nombre de membres de l’Institution s’affairait, bidouillant ça et là les ordinateurs qui encombraient la salle. Ils étaient tous vêtus de blanc, personne ne s’occupait de son voisin, à l’exception du garde au fond, près de l’escalier.
La porte qui mène à Orélia, se souvint le jeune homme avec tristesse.
Il porta son regard à l’autre extrémité : son « moi » du passé n’allait pas tarder à faire son entrée.
Entre les deux murs, plusieurs dizaines de mètres d’informatique… et une porte. Il ne l’avait pas remarquée lors de son passage dans le vaisseau Darkan.
Il faut dire que j’étais un peu occupé, quand je suis passé…
Elle brillait maintenant, d’une lueur surnaturelle qu’il était seul à percevoir.
Manifestement, c’est cette porte que je dois franchir, alors qu’est-ce qui bloque ?
Une voix lui parvint, sur son côté.
- Combien de temps avant le début ?
Réglé comme une horloge, le jeune Astonien fit un pas de côté.
Un homme passa, juste à l’endroit où Wesley se trouvait une seconde auparavant.
On ne me fait pas le coup deux fois !
En effet, la première fois qu’il avait fait ce rêve, l’énergumène était passé au travers de la forme irréelle du jeune homme.
Ce n’est pas parce que je n’ai pas de substance que je n’ai pas de sentiments !
L’élu de l’Alliance sourit à sa propre boutade.
Enfin, la porte s’ouvrit. Un Wesley plus jeune passa le seuil. En se rapprochant, Wesley, fantomatique, ne put s’empêcher d’apercevoir le corps de Mike, étendu sans vie, à l’étage inférieur. Le Dastique avait chu dans les escaliers à la suite de sa confrontation avec le jeune homme.
Bien qu’un peu plus d’un an soit passé depuis cet instant, cette scène continuait de hanter l’Astonien. Bien sûr, plusieurs ennemis avaient péri à cause de la destruction du vaisseau. Mais ici, Mike était véritablement mort de sa main…
Wesley jeune avait le teint blafard : il venait de tuer, et devrait peut-être recommencer pour survivre. Cette idée le révoltait et le dégoûtait au plus haut point…
Au moins, ça n’a pas changé.
L’adolescent de chair et de sang referma précipitamment la porte, et, de peur d’être repéré, se cacha dans l’ombre d’une machine.
L’Astonien spectateur le vit neutraliser un ennemi et prendre ses vêtements. Il le suivit pas à pas lorsqu’il traversa la salle. Arrivé au niveau de la porte brillante, il bifurqua pour laisser la scène se jouer : Wesley jeune devait rencontrer Orélia…
Et avoir le cœur brisé…
L’élu de l’Alliance spectateur devait, quant à lui, se concentrer sur son but.
Le jeune homme se rapprocha doucement de la porte. Il se mordit la lèvre supérieure, jetant un dernier coup d’œil sur le côté. Et approcha une main.
Rien de tout ceci n’est réel, je dois pouvoir traverser !
Lorsqu’il se trouva à quelques centimètres du passage, la poignée ronde se mit à vibrer. Wesley retira sa main et la poignée retrouva son immobilité.
Il prit une profonde inspiration et rapprocha de nouveau sa main de la poignée, les vibrations reprirent de plus belle.
Alors qu’il insistait, il sentit une résistance : l’air entre ses doigts et la cloison semblait s’épaissir. La porte elle-même tremblait maintenant, on aurait dit qu’elle était sur le point de sortir de ses gonds.
L’Astonien grommela une injure, poussa sa concentration au maximum et rapprocha encore sa main.
Les secousses de la porte s’étendirent à la salle entière, ainsi qu’à tous ses occupants. Une migraine terrible prit le jeune homme et toute la scène disparut en un bruyant tremblement.
02
Wesley se réveilla. Il n’avait pas mal à la tête, il ne transpirait pas. Cela faisait bien longtemps qu’il avait réussi à maîtriser cet aspect de ses « prémonitions » nocturnes : isoler le réel du rêve…
Enfin, sauf sur le plan sentimental !
Il regarda son réveil, fixant quelque chose qui ne s’y trouvait pas… Puis doucement, et sans quitter ses draps, il ouvrit le tiroir de sa table de chevet et en extirpa avec précaution deux photos. Sur l’une, son visage et celui d’Orélia étaient collés et les longs cheveux de la blonde dépassaient sur les siens. Ils partageaient un baiser sur la deuxième.
L’Astonien ne prit même pas la peine de les retourner pour lire le petit mot : il le connaissait par cœur :
- « Je garde les deux autres. Merci pour les vacances. Je t’aime. Orélia », chuchota-t-il.
Il soupira et rangea délicatement les photos à leur place.
A l’époque, ses cheveux étaient blonds. Il les avait rasés dès qu’il était rentré de la plage l’année précédente. Son ancienne couleur lui rappelant trop de – bons et mauvais – souvenirs.
Mais au cours de l’année, il s’était remémoré des prémonitions qu’il avait eues lorsqu’il avait perdu connaissance sous l’océan.
Un frisson lui parcourut l’échine quand il se rappela avoir détruit la Terre avec Orélia. Dans sa vision – qui était la pire de toutes – il s’était consacré entièrement à la guerre et avait complètement rasé sa tête. C’était peut être un détail…
Mais je veux mettre tous les détails différents possibles entre cette vision et la réalité !
Il s’était donc laissé pousser les cheveux, qui atteignaient presque ses épaules. Ils avaient perdu de leur raideur en poussant et formaient quelques boucles… Le soleil d’été s’était chargé de les rendre châtain clair.
Il sauta hors de son lit. Alors qu’il cherchait dans son placard des vêtements pour la journée, une partie de son esprit refaisait son lit, alors qu’une autre encore ouvrait la fenêtre puis les volets.
Il passa rapidement un jean et une chemise manches courtes, et se dirigea hors de sa chambre. Il porta un dernier regard sur son lit proprement bordé et respira l’air frais qui pénétrait pas la fenêtre.
Dieu bénisse la télékinésie !pensa-t-il dans un sourire.
Il maîtrisait les facultés psychiques primaires avec une facilité déconcertante.
Il descendit à la cuisine et se prépara un rapide petit-déjeuner quand sa mère entra.
Les choses étaient un peu tendues entre Wesley et ses parents ces derniers jours. Pendant l’année, les notes du jeune homme avaient baissé : il passait beaucoup plus de temps à s’entraîner avec Salatar, son mentor – et professeur de biologie – qu’à travailler.
Récemment, l’Astonien avait passé ses épreuves du baccalauréat, et les notes étaient tombées la veille. Il l’avait obtenu, mais de peu. Les portes de beaucoup d’universités s’étaient fermées devant les résultats limites de cette année.
Wesley, habitué à de bien meilleures notes, n’avait trouvé aucun moyen pour expliquer ce phénomène à ses parents, sans justement, leur dévoiler toute la vérité sur son identité et sa mission…
Je vois bien la scène, tiens ! Maman, papa, vous savez je vous aime beaucoup, seulement vous n’êtes pas mes vrais parents. « Impossible » dis-tu maman ? Parce que vous m’avez vu naître ? Mais non, ce ne sont que de faux souvenirs implantés dans vos mémoires par des êtres de ma planète d’origine : Aston. Pourquoi, papa ? C’est simple, on compte sur moi pour régler une guerre galactique qui dure depuis plus de 3000 ans. Ah, et j’oubliais, je suis un petit peu tombé amoureux de la fille la plus dangereuse de l’univers. Comment ça va se finir ? Oh je sais pas, les possibilités sont toutes plus réjouissantes les unes que les autres, j’en ai vu certaines d’ailleurs… Pour faire simple, ou je la tue, ou elle détruit le monde.
Voilà… Voilà en gros pourquoi mes notes ont baissé cette année…
- Salut, lança doucement le jeune homme.
- Bonjour, lui répondit Loïs sans un regard.
Ooook, ce n’est toujours pas digéré…
Il lava son bol et sortit de la maison sans un mot. Il attrapa son vélo contre le mur et descendit la pente douce en direction de la maison de Salatar. La calme brise faisait voler agréablement ses cheveux, rafraîchissant la nuque de l’Astonien.
Arrivé devant sa porte, Wesley frappa énergiquement. Il sentit l’odeur mentale de menthe qui émanait de son professeur Zirien qui ouvrit rapidement.
- Bonjour Wesley, tu as amené ton livret de biologie ? demanda Salatar, soucieux des apparences.
Heu…
L’Astonien regarda furtivement à droite et à gauche… personne. Et il leva ses mains vides au ciel, impuissant.
- Pas vraiment, s’excusa-t-il.
L’enseignant poussa un soupir sonore, et l’invita à entrer.
Ils se rendirent dans le salon. Le regard de l’adolescent se posa sur les deux fauteuils en cuir. Son professeur vivait seul, mais un jour, Wesley l’avait entendu dire que la guerre lui avait pris beaucoup.
Un sentiment de pitié prenait toujours le jeune homme quand il traversait ce grand salon qui semblait si propice aux longues soirées de vieux couples…
Salatar posa un regard sur la fenêtre et le store se baissa immédiatement, laissant les deux compères dans le noir.
- Wesley, j’aimerais que tu crées de la lumière, s’il te plait.
Le jeune homme se concentra une seconde et le lustre s’éclaira au dessus de leur tête.
De nouveau, l’enseignant soupira.
- Sans utiliser l’interrupteur par télékinésie, précisa-t-il.
Je peux pas deviner tout seul, pensa l’Astonien bougon.
L’adolescent se concentra et tendit sa main. Il réfléchit un instant, se demandant s’il devait sortir le grand jeu.
Jouons la plutôt modeste.
Une flamme apparut à quelques centimètres de sa paume, léchant l’air et baignant la pièce d’une lueur orangée.
Le professeur acquiesça sans un mot. Il se rapprocha du mur et posa sa main contre. Soudain, la paroi s’ouvrit en deux, dévoilant la pièce secrète.
Wesley l’avait vue à plusieurs reprises : tous les biens extraterrestres de Salatar étaient entreposés ici. Il saisit un livre et sortit de la pièce. La cloison reprit sa place.
De jour en jour, le livre était toujours le même.
Sur sa couverture, se trouvait une étoile qui dardait ses rayons : un cercle de quelques centimètres de diamètre entouré de quelques triangles… Le symbole de la planète Aston.
Finalement, les deux aliens s’installèrent dans la cour, comme à leur habitude. Ils s’assirent dans les chaises de jardins et Salatar posa le livre sur ses genoux.
Wesley réprima une grimace : le professeur prenait inlassablement le livre pendant ses leçons, alors qu’il lui avait conté déjà toute l’histoire de l’Alliance. Parfois même, le livre restait fermé durant la matinée entière. C’était devenu plus un rituel qu’autre chose.
Jork l’avait mis en garde plusieurs fois sur la véracité des textes de l’enseignant… D’ailleurs, son ami se mettait toujours sur la défensive lorsqu’il leur arrivait de discuter de Salatar…
Ou de la guerre en général, songea l’Astonien.
Le maître sortit de sa poche l’holographe et le déclencha.
La leçon pour développer les capacités mentales du jeune homme commençait, alors que le reste du monde, s’il assistait à la scène, penserait qu’un professeur barbait son élève avec un cours particulier.
- As-tu réussi à franchir la porte, dans ton rêve ? demanda le Zirien.
- Non, toute la pièce se met à vibrer et je suis expulsé du rêve. Je ne comprends pas, j’en ai fait plein cette année, et avec celui la… Impossible d’entrer.
L’enseignant croisa ses jambes et mit un doigt sur sa bouche, en signe de réflexion.
- Je me demande si le Darkan n’essaie pas de bloquer tes capacités…
L’adolescent sentit une vague de culpabilité l’envahir.
Il n’avait pas dit à son maître toute la vérité… En fait, il avait carrément menti sur toute la ligne !
Salatar ne savait pas que le Darkan était une fille : Orélia, que Wesley était tombé amoureux d’elle, qu’il lui avait sauvé la vie, puis qu’elle avait fait de même, un peu plus tard.
Wesley avait inventé qu’il avait pris le livre d’Elkacy au Darkan, à la suite d’une bataille et que celui-ci lui avait conféré de nouveaux pouvoirs. Cette toute dernière partie était vraie…
Quant à Jork, Salatar ignorait jusqu’à son existence… L’extraterrestre changeur de forme n’avait jamais avoué pourquoi il désirait garder l’anonymat.
- Je le saurais si le Darkan était dans les parages, assura finalement Wesley.
Cela faisait longtemps maintenant, que les pouvoirs du jeune homme avaient dépassé ceux de son maître. L’unique rôle de ce dernier désormais, était de lui apprendre à mieux les contrôler… Ce qui restait assez compliqué par moments.
- On va recommencer le même exercice qu’hier, il faut que tu le réussisses.
L’Astonien se leva de sa chaise et tourna le dos à Salatar en levant les yeux au ciel. Il n’appréciait pas particulièrement cet entraînement.
Plusieurs minutes passèrent, Wesley essaya de se relaxer, ne sachant pas à quel instant il allait être frappé.
Soudain, une douleur lancinante le prit au creux des reins. Le jeune homme cria de surprise. Involontairement, ses poings se contractèrent ainsi que tout son corps. Mais il ne put empêcher l’inévitable : une vague d’énergie circulaire émana de son corps, envoyant les chaises et mentor à plusieurs mètres de là.
Les pierres furent éjectées contre la clôture et un violent courant d’air secoua le grand arbre.
L’adolescent se retourna, penaud.
- Je suis désolé, marmonna-t-il en ramassant la balle de métal qui lui avait percuté le dos.
Puis il alla tendre la main à Salatar, pour l’aider à se relever, et partit chercher le livre d’Aston quelques mètres plus loin.
- Toutes tes capacités ne te servent à rien si tu ne peux pas les contrôler, insista le Zirien.
Par réflexe, un champ de protection s’était créé dès que la balle de métal avait touché l’Astonien.
- C’est un mécanisme de défense, je ne peux pas le contrôler !
- Il le faut. Tu dois te concentrer ! Ne laisse pas tes pouvoirs être maîtres de toi.
Ils recommencèrent plusieurs fois, en vain. A chaque fois, en accusant le coup, le corps de Wesley envoyait une salve d’énergie qui balayait tout sur son passage.
Plusieurs exercices suivirent, le niveau du jeune homme avait considérablement augmenté en un an. Cependant, certaines techniques de contrôle mental lui résistaient… Comme la persuasion, par exemple.
Orélia maîtrisait très bien cette technique, se dit l’Astonien en repensant à la manière dont son ex petite amie avait dissuadé un animateur de les changer de chambre l’année précédente.
Elle a aussi réussi à effacer la mémoire de toutes les personnes qui ont survécu à l’explosion du vaisseau spatial !
03
A la fin de la séance, qui dura un peu plus d’une heure, Wesley remonta à vélo et se dirigea vers la colline derrière sa maison.
Il s’arrêta sous les pins et bloqua sa bicyclette contre un gros rocher : le point de rendez-vous.
- Jork, appela-t-il, utilisant ses mains pour amplifier sa voix.
Quelques minutes passèrent, l’adolescent réitéra son appel puis il sentit l’odeur de miel de son ami.
< Salut Wes. >
Le jeune homme avait entendu résonner les paroles dans sa tête. Un écureuil descendit sur une branche basse.
Par la pensée, l’Astonien le fit voleter jusqu’à lui et le déposa sur son épaule. Il remonta sur son vélo avec l’animal et se dirigea vers sa maison.
< La leçon s’est bien passée ? >
- Ouais. J’arrive toujours pas à contrôler l’impulsion quand je suis agressé… Sinon, j’ai refait le même rêve, et je bloque en essayant de franchir la porte. Tu te souvenais de cette porte quand on est passé dans la salle l’année dernière ?
< Non, mais j’étais sous la forme d’un léopard avec la moitié du vaisseau à mes trousses… >
Ouais, c’est sûr, ça non plus, ça ne facilite pas la concentration…
Wesley s’apprêtait à redemander à son ami pourquoi il ne voulait pas que Salatar connaisse son existence, mais il se résigna finalement. Cela avait été leur seule source de discorde depuis leur première rencontre. Et l’adolescent ne se sentait pas d’endurer une dispute avec son – seul – ami.
C’est vrai que ce genre de quête a tendance à flinguer la vie sociale des gens…
Jork lui dirait la vérité quand il se sentirait prêt.
Le jeune homme aperçut une grande voiture garée dans son allée, ses voisins devaient s’apprêter à partir sur la plage…
Finalement Wesley arriva dans son jardin, où il laissa négligemment son vélo. Il fronça les sourcils.
Pourquoi les volets sont fermés ?
Lorsqu’il arriva sur le seuil de la porte, plusieurs parfums psychiques infiltrèrent son cerveau. Il se plaqua contre le mur.
- Il y a quelqu’un chez moi, Jork, fais le tour par ma chambre ! chuchota-t-il.
L’écureuil grimpa sur la toiture et entra par la fenêtre ouverte. Une fois sur le lit, il sauta sur la poignée de la porte pour l’ouvrir et se glissa dans le salon.
Pendant ce temps, Wesley avait appelé Salatar de son portable :
- L’Institution est chez moi, sans le Darkan, précisa-t-il.
Sinon j’aurais senti l’odeur de vanille d’Orélia, ajouta-t-il pour lui-même.
Son professeur allait arriver, en attendant il était seul, il devait patienter, priant pour que ses parents soient sortis.
< Wes, il y en a cinq, il n’y a pas Orélia… Ils tiennent tes parents. Deux dans l’entrée, les trois autres sont dans la cuisine avec Loïs et Marc. Ils vont bien, mais ils ont l’air très effrayés, je pense qu’ils leur ont fait une démonstration de leurs pouvoirs. >
Jork lui donnait le plus d’informations possibles car son ami ne pouvait pas lui répondre. Seul l’écureuil pouvait s’adresser aux autres par télépathie…
< Et si tu te poses la question, je ne peux pas t’aider, ça ne fait qu’une demi-heure que je suis sous cette forme… >
Encore trente minutes avant qu’il ne change à nouveau de forme, et rien ne nous garantit que ce sera un animal doué pour le combat…
Je ne peux pas laisser plus longtemps mes parents en danger !
Wesley tendit la main : la porte sortit de ses gonds pour se fracasser plusieurs mètres plus loin. Un homme se trouvait derrière et fut écrasé par la masse qui l’emporta dans son sillon.
Un autre était sur le côté et l’Astonien l’électrocuta : des éclairs avaient fusé de ses mains pour laisser l’alien inconscient.
- Si tu bouges, je les tue, annonça une voix.
Le jeune homme contourna le mur et approcha de la cuisine, les mains en l’air. Les trois extraterrestres se trouvaient derrière ses parents – qui n’avaient pas vu les prouesses de leur fils. Des couteaux de cuisine dansaient dans l’air autour de la gorge de son père et de sa mère.
Wesley déglutit difficilement.
- Wes pars ! Cours, dépêche toi ! cria Marc – son père. Tu ne sais pas de quoi ils sont capables !
- Si je sais, murmura l’adolescent.
Il dévisagea ses trois adversaires restants : deux sentaient la noix de coco.
Elle m’a envoyé des Dastiques, comme Lyle et Mike, songea le jeune homme.
Le dernier dégageait une odeur poivrée…
Les deux Dastiques avait une apparence humaine, mais le dernier avait des airs de reptile avec ses pupilles verticales et ses crêtes vertes au niveau de la tête et des avant-bras.
- Si vous touchez à mes parents, je vous détruirais. Si vous touchez à mes parents, Orélia vous tuera, assura Wesley.
Marc et Loïs s’apprêtèrent à ouvrir la bouche mais les couteaux se rapprochèrent de leur gorge. L’adolescent serra les poings, incertain de pouvoir se contrôler encore longtemps.
- Nous sommes ici selon ses ordres, répliqua un Dastique.
L’Astonien n’arrivait pas à imaginer qu’Orélia puisse s’en prendre à ses parents. Mais pour l’instant, il devait rester concentré sur la situation : tout pouvait déraper très vite.
Les lames étaient trop proches de sa famille, aucune chance qu’il ne mette K.O. les trois avant qu’au moins un n’ait pu… Wesley en eut la nausée.
- Qu’est-ce que vous voulez ? lança le jeune homme avec agressivité.
- Ton sang.
Elle fait dans les vampires maintenant ?
Un Dastique désigna une valise en métal posée sur la table, près de Wesley.
L’adolescent s’en approcha et l’ouvrit par la pensée. Seule une aiguille s’y trouvait, bloquée dans de la mousse synthétique.
L’Astonien réfléchit un instant, mais le choix était fait – si choix, il y avait !
Peut-être qu’il aurait eu le temps d’ériger un champ de force autour de ses parents pour les protéger, mais un « peut-être » était insuffisant quand la vie des personnes qu’il chérissait le plus était en jeu.
- Vous prenez mon sang, et vous partez. Si je vous revois un jour, je vous tue, annonça-t-il.
- Garde tes menaces, siffla face d’iguane en se rapprochant de lui.
Il se saisit de la seringue et sortit un élastique de sa poche, pour lui faire un garrot sous l’épaule.
Elle ordonne de menacer mes parents, mais elle les force à me faire un garrot avant de prendre mon sang, elle est cinglée !
L’alien reptilien n’était pas tranquille : il tremblait pratiquement et suait à grosses gouttes. Il avait probablement conscience que si quelque chose tournait mal, il serait le premier à déguster.
Wesley vit vaguement que le garde de l’Institution, écrasé par la porte, s’était relevé et en profitait pour traîner le corps inanimé de son allié hors de la maison.
- Je vais piquer maintenant, annonça faiblement face d’iguane.
L’adolescent lui jeta un regard noir.
Bande de lâches, même tous ensemble ils n’auraient aucune chance s’ils ne tenaient pas mes parents…Et ils le savent.
Face d’iguane lui préleva un peu de sang et replaça la seringue pleine dans son étui de mousse. Puis il referma la valise en métal.
Enfin il posa un morceau de coton sur la goutte de sang qui perlait du bras de Wesley et l’attacha avec un morceau d’adhésif.
Le jeune homme lui lança un regard qui disait clairement : « tu te fous de moi ? »
L’extraterrestre recula doucement vers la porte, sans lâcher Wesley des yeux.
- Ok, on va tous s’éloigner avec tes parents. Dès qu’on sera parti, on relâchera notre emprise sur les couteaux, expliqua-t-il.
L’Astonien ne fit aucun geste menaçant, il entendit une voiture se rapprocher de leur terrain – probablement celle qu’il avait aperçue en arrivant en vélo.
Face d’iguane était sorti. Les deux Dastiques commencèrent à se rapprocher de la porte d’entrée. Wesley les suivit, les mains en l’air.
- Vous ne bougez pas ! ordonna un des aliens à Loïs et Marc.
Il les planta sur le seuil, mais maintint son pouvoir sur les lames qui continuaient à évoluer dangereusement autour du cou des deux humains.
Tu viens de faire une boulette !
Quatre des cinq membres de l’Institution se trouvaient maintenant dans la voiture, et il n’y avait plus personne entre Wesley et ses parents.
Il érigea un mur entourant ses parents : quoi qu’il puisse se passer maintenant, eux étaient hors de danger.
Le jeune homme prit le contrôle des couteaux, il n’eut aucun mal à écraser l’esprit du Dastique qui cherchait à rejoindre la voiture.
- Rentrez ! hurla l’adolescent à ses parents.
Surpris, ces derniers coururent à l’intérieur.
L’Astonien projeta les ustensiles de cuisine sur le Dastique. Un couteau lui transperça l’épaule, un second entama son flanc, alors que les autres ne lui infligèrent que de mineures coupures.
La pitié de Wesley avait disparu, et même s’il n’était toujours pas prêt à prendre la vie de qui que ce soit, il se trouvait dans un tel état de rage que cela ne lui posait aucun problème d’envoyer ces cinq là en chirurgie.
Alors que le Dastique s’effondrait en hurlant – sa chemise s’imbibant de plus en plus de sang – la voiture démarra en trombe, faisant crisser les roues dans le gravier.
Wesley courut vers la voiture. En passant à côté du Dastique blessé, il posa une main sur sa nuque et lui fit perdre connaissance.
L’écureuil s’était rapproché de son ami.
Dans la voiture, à la place du passager avant, face d’iguane passa un coup de fil :
- Nous avons son sang. Prévenez le maître Darkan. Renvoyez la deuxième équipe en place pour reprendre le blocage.
Puis il raccrocha, manifestement satisfait.
- Notre maître est faible. Il serait si simple de le tuer, en s’attaquant à ses parents, lança un mercenaire à l’arrière.
L’alien reptilien se retourna et attrapa son allié par la gorge.
- Ferme-la idiot ! Ses pouvoirs sont bien au-delà de tes capacités. Elle pourrait même t’entendre, expliqua-t-il, lançant dans la voiture des coups d’œil paranoïaques.
- Jork, mes parents vont bien ?
< Encore un peu secoués mais ils n’ont rien. Wesley, qu’attends tu pour arrêter la voiture ? >
- Quoi ? Je ne vois pas comment je peux l’arrêter sans les tuer tous !
Jork hurlait maintenant dans la tête du jeune homme, augmentant la pression d’encore un cran.
< Ils auraient pu tuer tes parents ! Cette folle psychopathe a envoyé ses hommes de main chez toi ! Wesley, vous ne serez jamais tranquilles tant qu’ils ne seront pas tous morts et enterrés ! >
- La ferme !
Le ton était monté beaucoup plus vite que Wesley n’aurait voulu. Il n’arrivait que difficilement à bloquer la haine et la rage qui avaient envahi son esprit.
< Tu veux revenir un jour et voir tes parents morts, baignant dans leur propre sang ?! >
- La ferme ! La ferme ! LA FERME !
Une explosion retentit.
L’Astonien se retourna. La voiture venait d’exploser, avec ses quatre ennemis à l’intérieur. Un frisson parcourut sa nuque et il se retourna vers Jork.
< Je suis désolé. > dit ce dernier simplement. Mais son ton était ferme.
La bouche de Wesley était entrouverte.
Tu n’es pas désolé du tout. Tu as fait ça exprès. Tu m’as poussé à bout pour que je perde le contrôle. Tu m’as fait exploser cette voiture ! Tu m’as fait tuer ces gens !
Il aurait voulut hurler, mais aucun son ne voulait passer le seuil de ses lèvres.
Pendant quelques secondes, il ne réagit pas, atterré. Il n’en revenait pas.
Ce… Ce n’est pas possible…
Puis il redevint maître de lui-même et se précipita en courant vers la voiture. Elle avait explosé sur le petit chemin. Les flammes dévoraient la carrosserie.
En arrivant à quelques mètres, Wesley fit éclater les quatre portières qui volèrent en tous sens.
Rien ne semblait plus bouger à l’intérieur.
Non ! Non !
Ils se rapprocha et vit trois formes carbonisées sur les sièges. Il étouffa un haut le cœur.
Sur le siège du conducteur, un Dastique se détacha et détala, prenant Wesley de vitesse. L’Astonien le projeta à terre, par la pensée.
En levant la main, il projeta son ennemi contre un arbre. Il n’était pas en bon état : il avait de multiples brûlures, ses vêtements étaient déchirés par endroits. Mais il survivrait.
Il essaya de bouger, mais l’esprit de l’adolescent, bien plus puissant que le sien, le maintenait fermement ancré contre l’écorce.
Wesley avait les larmes aux yeux, ses joues étaient rougies par l’énervement. Il y avait trop de sentiments différents en lui, trop de confusion. Cependant, s’il y en avait un qui primait, c’était la colère.
- Ecoute moi bien sale bâtard ! Tu vas passer un message à ta patronne. Tu as vu ce que je viens de faire à tes petits copains ?
Les yeux du Dastique passèrent du regard haineux de l’Astonien à la voiture calcinée. Il acquiesça, terrorisé.
- Dis-lui que si jamais un de ses esclaves dégénérés s’en reprend un jour à ma famille, ce sera de la rigolade à côté de ce que je vous ferais subir à tous ! C’est clair ?
De nouveau, l’extraterrestre acquiesça vivement.
Wesley le laissa tomber sur le sol. Et en un regard, il fit glisser sans ménagement son ennemi sur plusieurs mètres contre le sol rugueux.
Il était hors de question qu’il tourne le dos à un adversaire alors qu’il se trouvait à un pas de lui…
Le Duel (1/3) Le visage du mal - Jake Vecchiet
Résumé :
Deux peuples extraterrestres se vouent une guerre sans merci depuis des centaines d’années. Soucieux des répercussions des combats, ils décident de trouver une alternative aux batailles. La Terre sera l’enjeu décisif de ce conflit. Un Darkan et un Astonien participeront, et devront mener un duel sans pitié sur notre bonne vieille planète. Wesley croyait être un jeune homme normal, jusqu’au jour où son professeur de biologie lui révèle ses origines extraterrestres et ses pouvoirs surnaturels. Tout bascule alors lorsqu’il se sait investi d’une mission allant contre ses principes. Il doit se battre à mort contre le Darkan, pour sauver les gens qu’il aime. Face à des alliés féroces et un être à la cruauté inimaginable, il n’aura de son côté que son professeur et un alien bien étrange et pourvu de mystères… Sa tâche est claire, mais c’est sans compter ses sentiments bien humains qui font battre son cœur pour Orélia…
Où se le procurer ?
Ou en me contactant directement à : jake.berenson@free.fr
Extrait :
01
Galaxie : Pégase
Planète : Aston
Année : 3152 depuis création de l’Alliance
La porte magnétique s’ouvrit sur les pas pressés de Kathan. Lorsque la porte se referma, l’homme chercha des yeux sa femme dans l’appartement. Son regard commença par se poser sur les canapés du salon, mais la pièce principale était vide et les lumières éteintes, seules les photos accrochées aux murs diffusaient un peu de lumière, reconstituant d’un côté les vacances sur la planète Biexar l’année précédente, de l’autre la demande en mariage que Kathan avait faîte à Siriva des années auparavant.
L’homme, dont le regard était quelques secondes plus tôt si dur, se retrouva attendri, lorsqu’il se remémora ces doux souvenirs. D’ailleurs il n’eut aucun mal à s’en rappeler, car la photo améliorée repassait en boucle la scène : il avait invité Siriva dans son restaurant préféré le jour de son anniversaire, et au lieu de proposer un toast en levant son verre, il lui demanda sa main en levant une bague.
J’aurais aimé pouvoir tenir ma promesse, mon amour, pensa Kathan.
Bien qu’il savait cela inutile, il chercha sa femme dans la cuisine, mais il ne faisait que repousser l’échéance, lorsqu’elle avait peur, il n’y avait qu’un endroit où Siriva se réfugiait.
Kathan poussa la porte déjà entrouverte de la chambre récemment meublée.
Les murs, qui changeaient de couleurs au gré des émotions, avaient pris une teinte des plus sombres, de celles qui gisent dans les abîmes.
Sa femme, lui tournant le dos, observait à travers la baie vitrée géante les lumières immortelles de la ville qui ne dormait jamais. Elle tourna alors la tête vers le berceau qu’elle faisait rouler d’un côté et de l’autre, accordant à son enfant un sourire triste, le sourire d’une mère inquiète.
- Ma chérie…
Siriva se retourna, et garda le silence, pendue aux lèvres de son mari pour connaître la sentence.
- Je suis désolé, le conseil a pris une décision, continua-t-il.
Kathan baissa les yeux, ne pouvant retenir un sanglot.
- Il doit partir. Lorsque les Darkans feront leur premier pas, il sera prévenu… Mais c’est maintenant qu’il doit partir.
Siriva garda le silence pendant un instant, tourna la tête vers le berceau, et s’effondra en pleurs et en cris.
- Non, mon bébé ! Il ne peuvent pas, ils… Ils n’ont pas le droit ! hurlait-elle.
Le bébé s’était réveillé et s’était aussi mis à pleurer. A chacun de ses cris, un éclair venu de nulle part traversait le ciel avec plus de force que le précédent.
Kathan s’accroupit au côté de sa femme, et la prit dans ses bras pour tenter de la consoler.
- Pourquoi, pourquoi lui ? sanglotait maintenant Siriva. Pas mon petit Wesley. Pas mon chéri. Mon Wesley.
- Il a été choisi, tu sais pourquoi, mon amour.
Mais alors qu’il disait cela, Kathan lui-même pleurait.
- NOOOON ! cria Siriva dans une longue plainte.
02
Galaxie : Voie Lactée
Planète : Terre
Année : 2006 selon le calendrier terrien
- Non !
Encore une fois, ses draps étaient trempés de sueur. Pour la troisième fois cette semaine, il avait fait le même cauchemar, toujours la même version d’un rêve horrible auquel il ne comprenait rien.
Ce n’est pas comme si c’était la première fois que je faisais un cauchemar, mais celui là ! Wahou…
Les trois fois, il s’était réveillé au même moment : sur les cris de cette pauvre femme. Pourtant il ne connaissait pas ces gens, et ce lieu si…
Futuriste, et ils semblaient maîtriser magie et technologie…
Alors qu’il se repassait pour la énième fois l’étrange songe dans la tête, il tira nonchalamment ses draps et tais d’oreillers trempés et les jeta dans la corbeille à linge sale de sa chambre, avant de réinstaller de nouveaux sets propres.
C’est vrai, toutes ces lumières, et cet appartement à plusieurs centaines de mètres du sol.
Il ouvrit ses volets, assistant au magnifique levé de soleil sur la plaine, bientôt les vacances seraient là… La plage.
Et ces gens si bizarrement accoutrés, enfin, tout le cauchemar est étrange, mais ces murs magiques, ces artifices si déconnectés de la réalité, pensait il en s’habillant.
Il sortit de sa chambre et dévala les escaliers pour s’asseoir à la table haute de la cuisine où son petit déjeuner l’attendait.
- Bonjour chéri, dépêche toi de manger, tu ne veux pas être en retard pour le lycée, intima sa mère qui nettoyait la poêle qui avait servi à faire frire les œufs.
Mais l’adolescent ne disait rien, trop occupé à analyser son rêve et manger ses toasts.
- Tu pourrais me dire bonjour, moi qui t’ai fait ton petit déjeuner ! se plaignait sa mère.
Ces personnes, je ne les connais pas pourtant j’ai l’impression de les avoir déjà vues, pensa-t-il, n’accordant toujours aucune attention à sa mère.
- Tu m’écoute, dis ? demanda cette dernière.
En photo peut-être ?
La femme commençait à devenir furieuse :
- Réponds moi ! Wesley !
03
- Pardon M’man, j’ai encore fait un cauchemar, expliqua Wesley.
La femme reprit son calme.
- Oh désolé chéri, c’est au moins la deuxième fois cette semaine, non ?
- La troisième en fait, mais qui garde les comptes, hein ? plaisanta-t-il avant d’avaler une fourchetée de jaune d’œuf.
En lui servant son jus d’orange, sa mère, comme à son habitude, parlait sans s’arrêter, de peur d’être interrompue probablement. Ce qui réduisait la conversation à un monologue des plus étranges :
- Ton père est parti tôt se matin, il avait une réunion. Tu as vu ce soleil, les beaux jours sont devant nous, d’ailleurs je crois que les cerises seront en avance cette année. Tu es content j’imagine, plus que deux jours avant que tu partes en colonie à la plage, excité ?
Wesley n’émit qu’un « hum hum » dépourvu d’émotion avant de mettre assiette et couverts dans l’évier, et de prendre son sac. Il déposa un baiser sur la joue de sa mère et ouvrit la porte, pour se diriger vers son arrêt de bus.
- Dix sept ans, vraiment l’âge ingrat ! plaisanta sa mère pour elle-même.
Arrivé au lycée, le cauchemar n’avait toujours pas quitté ses pensées, mais il dut se détourner du sujet lorsqu’il arriva dans sa classe de biologie. Il s’assit comme à son habitude à côté de son ami Jerry et s’empressa de sortir ses affaires, car le professeur Herzoli – qu’il avait depuis trois ans maintenant – le fixait intensément.
Etrangement, son regard continua de s’attarder sur le jeune, même une fois qu’il eut sorti ses cours. Wesley regarda autour de lui, cherchant la raison de cette considération appuyée, mais rien d’anormal ne s’était produit dans la classe.
Le professeur se détourna enfin, et commença son cours, laissant libre cours à la discussion à voix basse des deux amis.
- T’as du vraiment l’énerver, Wes ! fit Jerry en cachant sa bouche de la main.
Wesley ne put s’empêcher de sourire.
- Tu l’as dit ! A coup sûr j’ai loupé mon interro d’hier.
- Tu as mieux dormi cette nuit ? interrogea Jerry.
Le sourire quitta le visage de Wes, alors qu’il lui racontait comment il avait vécu de nouveau le même cauchemar étrange.
- Je comprends vraiment rien… Enfin, si ça peut te rassurer ! plaisanta Jerry.
Wesley haussa les épaules. Quelque soit la situation, son ami avait la capacité de lui remonter le moral et de lui faire oublier ses problèmes.
A la fin du cours, le professeur exigea une discussion avec Wesley. La porte fut fermée et ils se retrouvèrent à deux dans la pièce. Mr Herzoli semblait tendu, nerveux… Ce qui apparaissait comme une réaction exagérée, même pour une très mauvaise note en biologie.
- Il est temps, dit simplement le professeur.
Wesley ne comprenait rien, cela ressemblait de moins en moins à son professeur.
- Heu, très bien… Temps pour quoi ?
Mr Herzoli se contenta de baisser tous les stores, ne laissant à la pièce que l’éclairage artificiel des néons. Cela lui donnait un aspect lugubre, spécialement avec les squelettes de tous types de mammifères, étendus sur le plan de travail.
L’inquiétude du jeune homme augmenta d’un cran. Il avait lu, comme tout le monde, ces histoires horribles de tueurs d’enfants qui se faisaient passer pour des professeurs afin de mieux approcher les élèves.
Wesley essaya d’adopter un ton rassuré :
- Vous pouvez répondre s’il vous plait, j’aimerais comprendre !
Mais sa voix montait anormalement dans les aigus sous le stress. Le professeur, tourna la tête vers son élève, et un rictus de compassion se forma sur son visage.
- Vous avez raison d’être inquiet, mais rien de mauvais ne va vous arriver… Pour l’instant. Prêtez attention à tout ce qui va vous être dit maintenant, le sort de beaucoup de monde en dépend. Et particulièrement le votre…
Soudain, alors que Wesley allait répliquer, un halo d’un blanc subjuguant, entoura le corps du professeur. La lumière était si forte que le jeune homme dut lever son bras et détourner la tête pour ne pas être aveuglé.
L’éclat baissa en intensité, mais une lueur blanche émanait toujours du professeur.
Le jeune homme se mit à le fixer, en proie à la terreur.
Mais ce n’est pas Mr Herzoli !
- Bonjour mon fils, lança l’homme entouré de lumière.
04
Wesley se précipita vers la porte : l’unique issue de la classe. Mais l’étranger leva son bras. Une table, comme propulsée, traversa la classe pour se retrouver devant la porte.
Je suis bloqué, pensa le jeune homme.
- Je ne te veux aucun mal Wesley, au contraire.
- C’est très rassurant venant d’une personne qui vient d’expédier une table à travers la pièce sans même la toucher ! ironisa Wesley en restant en arrière.
Il tentait de donner le change, pourtant chacun des muscles de son corps était tétanisé par la peur. La scène qui se jouait sous ses yeux ne pouvait être réelle, il devait être en train de rêver.
Ou alors, ce que j’ai mangé ce matin ne passe vraiment pas…
- Assieds toi, s’il te plait. Il faut que je te raconte une longue histoire, demanda l’homme.
’Peux pas, j’ai cours de maths !
Le cœur de Wesley battait la chamade dans sa poitrine. Il jeta un dernier coup d’œil vers la porte bloquée.
Puis, résigné, le jeune homme attrapa une chaise dans le fond de la classe et s’assit, veillant à garder ses distances de l’étrange personnage qui avait pris la place de son professeur de biologie, et qui brillait toujours d’une lumière irréelle…
- Ton conditionnement a dû commencer depuis peu, sous forme de rêves.
Par cette phrase, l’homme capta toute l’attention de Wesley.
- C’était pour te préparer à ce que le conseil a appelé « La Révélation ». Je m’appelle Kathan, nous sommes un peuple extraterrestre : les...
- Nous ?! interrompit le jeune homme.
L’étranger sourit tristement.
- Laisse moi parler s’il te plait, je sais que cela devrait prendre du temps, mais nous n’en avons que peu. Toi, moi, et des milliards d’autres personnes sommes extraterrestres. Nous appartenons à une planète nommée Aston. Il y a plus de 3000 ans, nous avons fondé avec 12 autres planètes la grande Alliance, dans un espoir d’entente et de paix. Cependant, il s’agit également d’une Alliance que ton peuple d’adoption caractériserait de « militaire ». Nous sommes en guerre mon fils, depuis bien avant la création de l’Alliance. La planète Darkan, et d’autres peuples qui lui sont alliés forment l’Institution, leur version de l’Alliance si tu préfères. Ils s’opposent à la paix et ne cherchent que le profit, le désordre, tel est leur dessein pour tout l’univers. La guerre totale a duré longtemps. Nous avons combattu avec notre arme principale : les capacités mentales, ce que par ignorance, les Terriens appellent magie ; mais également par la technologie. Je te laisse imaginer combien de millions de personnes, toutes espèces confondues ont trouvé la mort dans cette guerre. Il y a seize ans de cela, un marché a été conclu, certains l’appellent le pacte avec le Diable. Pour stopper les victimes, une décision a été prise : la victoire sera attribuée à la conversion d’une planète : la Terre. Un émissaire de l’Alliance et un membre de l’Institution ont été choisis pour se battre sur Terre, pour déterminer à quel camp cette petite planète bleue s’allierait, et accorderait la victoire. Tu as été sélectionné pour tes capacités mentales hors du commun, tu es l’élu de l’Alliance, un Astonien… Mon fils.
Dans une plainte, Kathan tomba à genoux.
Par réflexe, le jeune homme se hissa de sa chaise et se rapprocha de l’alien pour tenter de l’aider.
- Je ne peux plus maintenir la connexion pour longtemps. Ecoute bien, des centaines d’espèces extraterrestres vivent ici sur Terre, certaines amies, d’autres non ; mais les Terriens sont trop bornés pour voir la vérité en face. Tu seras aidé, mais méfie toi de tout le monde. Tu devras vaincre l’élu de l’Institution, envoyé sur Terre en même temps que toi, je peux seulement te dire que c’est un Darkan, et tu dois, à terme, rallier la Terre à l’Alliance pour gagner cette guerre. Attention, le Darkan ne sera pas ton seul opposant, ils ont beaucoup d’alliés. Haaa !
Une pointe de douleur transperça le corps de Kathan. Il tendit sa main pour lancer une boule d’une luminosité pure sur Wesley. La sphère pénétra le corps de l’étudiant.
- Je viens de te rendre tes pouvoirs, ils se développeront avec le temps. Apprends à les maîtriser, ils avaient été bridés en attendant le premier pas de l’Institution, il a été fait. Le Darkan est ton antonyme, mais vous êtes attirés l’un par l’autre tel une charge plus et une charge moins, vous vous retrouverez souvent au même endroit. Wesley, ton professeur est un membre de l’Alliance, tu peux lui faire confiance, il t’aidera. Je dois partir, les grands mages ne peuvent plus maintenir la liaison, cela demande trop d’énergie. Sache une dernière chose : ta mère et moi n’avons pas voulu çà, nous sommes désolés.
Il posa quelque chose sur la table du professeur.
- Nous t’aimons. Et j’aimerais tellement avoir plus de…
L’apparition fut coupée : le halo de lumière disparut, et le professeur tomba sur le sol.
Wes attendit quelques secondes, comme paralysé. Finalement, il se dirigea vers Mr Herzoli qui semblait avoir perdu connaissance. A force de regarder des séries médicales stupides – selon sa mère – à la télévision, il avait appris quelques trucs. Ainsi il posa sa main sur le cou de son professeur et s’assura que son pouls était toujours présent, de même il vérifia qu’il respirait toujours.
Mais un objet capta son attention, il délivrait de la lumière sur le bureau. C’était l’objet déposé par Kathan. Wes s’en saisit.
On dirait une photo… Mais c’est étrange : elle est rétro éclairée et agit un peu comme un film qui passe en boucle.
Mr Herzoli commençait à reprendre conscience. Wesley ficha la photo dans sa poche et aida son professeur à se relever. Il trouva un verre qu’il rinça et le remplit d’eau.
- Tenez Mr Herzoli, vous allez bien ?
- Merci, mais maintenant que tu connais la vérité, tu peux m’appeler par mon nom : Salatar. Je vais t’aider à développer tes capacités. Nous nous retrouverons tous les jours pendant les vacances, pour t’entraîner, et je répondrai aux nombreuses questions que tu dois avoir.
Le jeune homme hésita.
- Mais, demain c’est les vacances, je pars après demain en colonie sur la plage… Je veux pas de tout çà, ni capacités, ni devoirs autres que des exercices de bio ! Et j’ai déjà des parents, c’est quoi cette histoire de tarés ! cria-t-il.
Son ton avait commencé à monter au fur et à mesure qu’il s’était repassé la scène étrange dans son esprit.
- Je comprends que tu sois troublé. Nous allons parler maintenant si tu veux, et je te ferai un mot pour tes autres cours. Nous nous verrons également demain, avant que tu partes, pour t’initier aux diverses pratiques mentales.
Wesley prit une profonde inspiration. C’était de la folie. Mais une chose était certaine, le professeur ne le laisserait pas tourner les talons maintenant…
Autant entrer dans son jeu…
L’étudiant acquiesça finalement.
- Je viens de Zira, la 13ème planète de l’Alliance, la dernière à s’y être ralliée, il y a quelques 3167 années exactement. Tout d’abord, cette histoire de parents : les humains avec qui tu passes tes journées ne sont pas ta famille.
- Pas ma famille ?! hurla Wesley qui avait de nouveau perdu son calme.
La famille ce n’est pas le sang ! C’est les personnes qui sont là quand on est mal, les deux personnes qui vous veillent quand vous êtes malades, celles qui vous préparent avec amour votre petit déjeuner ou partent avec vous en vacances !
Son petit speech lui semblait ridicule. Comment convaincre son professeur sans entrer dans son délire ? Pour conclure, il ajouta :
- La famille, ce sont les personnes qui sont là !
Il ponctua son « là » par une frappe de la main sur le bureau. Mais alors qu’il fit cela, une onde circulaire s’échappa du point d’impact sur la table pour renverser les bureaux sur le sol et flanquer les chaises contre les murs. Salatar même fut projeté en arrière et tomba à la renverse.
- Dans ce cas, tu as deux familles, reprit calmement son professeur avant de se relever. Et au moins, me voilà convaincu que l’Alliance a choisi la bonne personne !
Wesley, choqué, recula et fixa sa main avec effroi.
Je… j’ai, enfin c’est moi qui ai…
Son regard incertain passa de sa paume à l’homme devant lui. Finalement, ses épaules retombèrent.
- Ok, je vous écoute.
- Bien, normalement tu dois me voir différemment désormais : sentir comme une odeur… dans ta tête.
Le jeune homme réfléchit, se demandant pendant un instant si Salatar n’en profitait pas un peu pour se moquer de lui. Il s’approcha de lui.
Incroyable, de la…
- Menthe ?
Salatar sourit :
- C’est effectivement l’arôme psychique des Ziriens – les personnes venant de Zira. Touts les êtres ont un parfum singulier, selon la planète sur laquelle ils sont nés… Maintenant que tu as récupéré tes pouvoirs, tu t’es élevé au dessus des Terriens dont la race est encore trop jeune pour développer de telles capacités mentales. Tu pourras discerner les espèces, et apprendre à te méfier des odeurs que tu sens ! Mais tu seras aussi reconnu comme non Terrien. Fais également attention à tout ce à quoi tu penses, tu as bien vu : tes émotions te contrôlent si tu les laisses faire, expliqua-t-il en montrant le désordre qui régnait dans la salle de classe.
Wesley ne put qu’acquiescer.
- Bon, tu devrais y aller. Une dernière chose… Ne parle de cela à personne, les Terriens ne sont pas encore prêts : ni à tes amis, pas même à ta famille.
- Mais je ne peux pas mentir aux personnes que j’aime ! ragea l’étudiant.
- Tu ne feras que les mettre en danger si elles sont au courant, pour celles qui te croiront, bien entendu…
L’adolescent quitta la salle sans un mot. Une sonnerie retentit, la deuxième depuis qu’il était entré dans cette maudite pièce.
- Enfin là ! fit Jerry, ça fait deux intercours que je viens, tout çà pour une interro ratée ?!
Wesley regarda son ami dans les yeux, puis se détourna après quelques secondes de réflexion. Et, fuyant le regard de Jerry répondit :
- Ouais, incroyable, pas vrai ? Deux heures de sermons pour une petite interro ratée !
05
Quand Wesley rentra chez lui, il avait le moral dans les chaussures.
Bien sûr, l’idée de pouvoirs magiques, pardon mentaux, est tentante, mais pas les devoirs qui vont avec ! Et pourquoi mes parents ne sont pas venus ici avec moi ? Après tout, Salatar est aussi un alien, ça ne l’empêche pas de vivre sur Terre. Comme beaucoup d’autres extraterrestres selon ses dires…
L’idée de ne pas être un Terrien lui posait déjà problème, alors imaginer en plus que ses parents n’étaient pas sa vraie famille !
Lorsqu’il entra dans sa maison, il était décidé à connaître le fin mot de cette histoire, il ne voulait plus être utilisé.
Plus de mensonges, plus de manipulations : maintenant je veux la vérité !
- Salut M’man, salut P’pa ; pourquoi ne m’avez-vous jamais dit que j’étais adopté ?
Loïs, sa mère écarquilla les yeux alors que ses deux mains plongées dans des gants de cuisine pendaient le long de son corps.
- Wesley, je suis très fatigué, s’il te plait, épargne moi ce genre de blagues de mauvais goût, fit son père.
Leur fils adoptif s’attendant à ce genre de répliques, avait prévu un test à toute épreuve :
- Pourquoi n’a-t-on pas de photos de moi quand je suis né ? Je veux dire, c’est ce que les parents font, non ? Alors pou…
- Mais chéri, qu’est-ce qui t’a mis une idée pareille dans la tête ? On a un album complet sur ta naissance. Suis moi je te les montre de suite, proposa sa mère.
Wesley eut un mouvement de recul, étonné que cela soit possible.
Loïs alla chercher les photos et revint quelques instants plus tard avec un album sous le bras.
- Tu pouvais pas nous faire ta crise d’adolescence comme tout le monde : avec des boutons sur le visage ! râlait Marc.
Ses parents lui montrèrent toutes les photos de sa naissance, décrivant pour chacune d’elle le lieu exact et le moment. Ainsi, ses grands parents maternels et paternels étaient venus le voir dès l’accouchement.
C’est l’amour sur leur visage à tous.
Wesley ne sut comment réagir :
- Pardon, je suis désolé, je ne sais pas ce qui m’a pris.
Ses parents lui sourirent avec indulgence, ils s’étaient posés des questions également à son âge.
Enfin rien de ce genre quand même !pensa Wesley.
La soirée se passa sans autres problèmes et ses parents oublièrent vite la réaction étonnante de leur fils, un peu trop vite même.
Dès qu’il eut fini de manger, le jeune homme se retira dans sa chambre pour réfléchir tranquillement.
Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? On se fiche de moi ! J’ai la preuve que je suis né sur Terre, à moins que…Quel genre de peuple jouerait avec les esprits ?
Wes était sous le choc de cette révélation. Des faux souvenirs avaient dû être implantés dans sa famille d’adoption…
Et est-ce que je veux appartenir à un tel peuple ? Mais qu’est-ce que je raconte, c’est pas comme si j’avais le choix !
Le seul côté positif qu’il évaluait, à la fin de cette journée, était l’éventualité de développer des pouvoirs. Ne pouvant attendre le lendemain, il passa la soirée à tenter de faire tourner un crayon sur lui même.
Bon, ok, j’imagine le crayon qui tourne, tout est question de concentration…
Wesley avait posé sa main à une dizaine de centimètres de l’objet et le fixa.
Le crayon se mit à tourner lentement, puis gagna très vite en vitesse. Tout à coup, il décolla même du sol. Changeant de position, Wes plaça sa main sous le crayon, s’efforçant de conserver son attention.
Cool !
Soudain, l’objet pris d’une frénésie, accéléra de plus belle avant de fuser, hors de contrôle, dans le mur.
THACK !
Le simple crayon à papier, sous l’effet de l’énergie insufflée par le jeune homme avait échappé à tout contrôle et s’était enfoncé dans cinq centimètres de mur en plâtre.
Pas cool…
Wesley n’avait même pas eu le temps de suivre le mouvement, tant il avait été rapide.
Si ma tête avait été sur sa trajectoire, elle aurait littéralement éclaté comme une pastèque trop mûre.
Je vois d’ici la page du journal « Un ado tué par son crayon gris, photos chocs en page 3 ».
Finalement, le meilleur aspect de toute cette histoire ne lui parut plus aussi séduisant. Le jeune homme essaya de retirer – de ses mains cette fois, pour ne pas aggraver la situation – le crayon du mur, mais en vain, il était trop enfoncé dans la paroi…
Espérons que maman ne remarque rien.
Repus d’aventures malencontreuses pour la journée, le jeune homme avisa bon d’aller se coucher…
06
Galaxie : Pégase
Planète : Aston
Année : 3152 depuis création de l’Alliance
Dehors, on aurait cru que l’Apocalypse était arrivée : les éclairs qui déchiraient la nuit conféraient au dôme de l’Alliance une atmosphère lourde et chargée en électricité. On ne parvenait même pas à discerner le ciel derrière les nuages noirs. Le déluge n’avait cessé depuis plusieurs jours…
Depuis que nous l’avons enlevé à ses parents…pensa le représentant d’Aston, cela témoigne au moins de la puissance de cet enfant. Nous n’avons pas fait d’erreurs dans notre choix, la prophétesse disait vrai.
- Représentant, les grands mages et l’enfant sont arrivés, prévint un assistant, il hésita : si je peux me permettre monsieur ?
- Tu as toute mon attention.
- Déchoir le bébé de ses pouvoirs et l’envoyer sur Terre va prendre une énergie considérable à la meilleure armée de l’Alliance… Considérant l’étendue des pouvoirs de l’enfant. N’est-ce pas dangereux ? Si l’Institution attaquait, nous serions sans défense.
Le représentant d’Aston conserva le silence un instant.
- C’est un risque que nous devons prendre, il y a déjà eu trop de victimes dans cette guerre, expliqua-t-il en s’avançant vers la salle.
A leur entrée, les lumières du dôme prirent vie en même temps, dévoilant le conseil des 13. Un immense espace restait vacant puisque les ministres n’avaient pas été conviés à l’envoi.
La troupe des mages prit place au centre du dôme, alors que les représentants s’étaient assis en hauteur sur leur siège respectif. Ils purent alors observer les dizaines de mages : aucun d’entre eux ne se ressemblait, il y a avait des Humanoïdes hommes et femmes, mais également des sorciers lycanthropes plus ou moins couverts de fourrure. On notait la présence d’autres êtres, mélanges d’animaux originaires des 13 planètes de l’Alliance.
Ils formaient pourtant le groupe de personnes les plus puissantes de toute l’Alliance. Alyorta, leur chef druide, et membre des plus influents, avait sur ses épaules une cape noire et inspirait le respect au premier coup d’œil.
- Représentants, nous sommes prêts, mais avec tout le respect que je vous dois… commença Alyorta.
Il lança au bébé qui hurlait dans son berceau un regard hautain.
- Pourquoi envoyer un simple enfant alors que vous pourriez envoyer comme élu un mage puissant ?
Le président du conseil prit la parole :
- Il n’est pas de ton ressors de questionner les décisions du conseil. Mais si tu prêtes attention aux conditions climatiques actuelles, tu te rendras compte que cet enfant recèle beaucoup plus en lui qu’il n’y parait. Alors qu’il n’a pas encore fêter son premier anniversaire…
Le puissant mage regarda avec effroi le temps à l’extérieur, les nombreux éclairs, la pluie diluvienne depuis des jours…
Non, un enfant de moins d’un an ne peut pas avoir le pouvoir de… Il doit y avoir moins de dix personnes capables d’un tel prodige, dans cette salle. Et nous sommes pourtant les plus puissants de l’Alliance !
- L’énergie n’est rien sans la sagesse qui l’accompagne, déclara simplement un représentant.
- Bien, je pense qu’il est temps de commencer mes amis, proposa le représentant d’Aston.
Sans un mot, les dizaines de mages formèrent un cercle autour de l’enfant, dont les pleurs seuls résonnaient dans le bâtiment. Alyorta s’adressa à ses frères d’armes :
- Nous devons brider ses pouvoirs, il en sera ainsi jusqu’au jour de la Révélation.
Les extraterrestres acquiescèrent, ils s’écartèrent tous et fermèrent leurs yeux. A l’unisson, ils levèrent leurs bras les uns vers les autres.
Seuls quelques centimètres séparaient un mage de ses deux comparses sur les côtés. Sous l’effort de la concentration, des étincelles traversaient les mains quasi-jointes des aliens. Puis le courant s’intensifia : de véritables éclairs parcouraient les bras et les corps des mages, tournant inlassablement sur le cercle que formait la troupe.
Lorsqu’elle jugea l’intensité de l’énergie déployée suffisante, le cercle d’énergie se resserra autour du berceau de l’élu. Le bébé fut pris au centre d’un tourbillon de lumière. Un halo baignait le bébé qui pleurait inlassablement.
Soudain le flux se dissipa, la tornade d’énergie s’arrêta. A l’extérieur, la foudre avait cessé, les nuages s’effacèrent, et la ville retrouva son ciel pavé d’étoiles.
- Ses pouvoirs sont bridés, annonça Alyorta.
- Bien, il est temps de l’envoyer sur Terre, maintenant. Puis vous construirez des souvenirs à sa famille d’adoption, ordonna un représentant.
Un assistant entra dans le dôme, et traversa la salle vers l’ambassadeur d’Aston.
- Les parents du petit ont demandé s’il pouvait emporter cela avec lui, expliqua-t-il en lui tendant une photo.
- Non, trancha l’Astonien. Il n’a le droit de conserver aucun contact avec ce monde avant le jour de la Révélation.
Il déchira la photo et les deux morceaux tombèrent… Deux morceaux où continuait de se jouer une scène émouvante : la première fois que Wesley était rentré avec ses parents chez eux, peu après l’accouchement.
- Envoyez le sur Terre, exigea le conseil.
Le même rituel fut accompli, mais alors que l’énergie parcourait les mages, chacun d’eux envoya un faisceau vers l’enfant. Un cercle de lumière bleu s’ouvrit sous le berceau : un portail dans l’espace. On discernait une chambre, au travers de la fenêtre irréelle. Enfin, le berceau bascula. Le portail se referma, l’énergie disparut.
- L’élu est sur Terre, dans sa famille d’accueil, leur mémoire a été adaptée, délara Alyorta, haletant.
Les mages avaient été vidés de leurs pouvoirs par ces deux derniers exploits. Ils transpiraient à grosses gouttes. Plusieurs tombèrent même à genoux.
- Nous avons accompli notre part du pacte, annonça un représentant.
Un autre prit la parole :
- Le conseil vient de recevoir un message, l’élu de L’institution est un Darkan, il vient aussi d’être envoyé sur Terre. La partie a commencé.
Complètement cramé ! - Gilles Legardinier
Caractéristiques :
Genre : Roman
Grand format : 390 pages / 19,50 €
Résumé :
La vie actuelle d'Andrew Blake ayant perdu à ses yeux toutes saveurs pour diverses raisons, il décide de quitter la tête de sa petite entreprise pour changer radicalement de vie. Par l'intermédiaire d'un ami fidèle, il se fait engager "incognito" comme majordome (à l'essai quelques mois) en France au domaine de Beauvillier. La France étant le pays où il avait rencontré sa femme décédée aujourd'hui.
Avis par Lolo :
Intrigue très bien menée. En effet, on ne sait pas vraiment où cette aventure va nous conduire, tout comme Andrew Blake. On pense qu'il est fatigué de vivre et qu'il cherche à en finir. En fait, l'auteur va en décider autrement. Grâce aux différents protagonistes qui vivent au domaine de Beauvillier, il va nous entraîner dans des situations drôles voire même farfelues mais aussi poignantes et pleines d'émotions. Le lien étant bien sûr : Andrew Blake. Il joue également des différences de langue, de compréhension et d'expressions qui pour un Anglais ne sont pas évidentes. Ce roman m'a beaucoup plu, il m'a fait rire mais m'a aussi beaucoup touchée. Il nous fait réfléchir sur les sentiments et les rapports humains souvent tellement "simples" vus de l'extérieur mais pourtant "si compliqués" à démêler. Tout simplement magnifique, un pur bonheur à lire, enfin un livre qui "fait du bien".
Avis par Jake :
Je prends les romans de Gilles Legardinier a « rebours », mais cela n’enlève rien à leur superbe magie ! « Complètement cramé ! » est une de ces histoires qui font chaud au cœur, qui vous apportent l’espoir, là où il n’y en a plus. Ce livre m’a permis de sortir complètement de ma vie, pour entrer dans celle pittoresque que partagent ses personnages, aussi affectueux et touchants, malgré leurs nombreuses différences. L’écriture est toujours simple et plonge le lecteur dans un sentiment de proximité dont il se délecte, c’est d’après moi ainsi que l’auteur parvient à nous plonger dans l’histoire. Le panel de personnages réussit forcément à nous impliquer, d’une manière ou une autre… Qui n’a jamais eu de difficultés ? Qui n’a jamais eu besoin de l’aide de quelqu’un pour s’en sortir ? L’humour est omniprésent, telles des petites touches qui parsèment la trame et qui en rapproche ses personnages… C’est une histoire merveilleuse, idéale en cette période de fêtes, car elle fait rêver. Le roman nous plonge dans un sentiment chaud et confortable. J’adore… Merci monsieur Legardinier, et s’il vous plait, continuez à nous combler de cette manière…
Barbe bleue - Amélie Nothomb
Caractéristiques :
Genre : Roman
Grand format : 83 pages / 16,50 €
Résumé :
Saturnine décide de vivre en collocation avec un homme qui propose un loyer très bas mais qui a la réputation de « faire disparaître » ses colocataires exclusivement féminines. Ce dernier point n’effraie pas du tout notre héroïne qui décide de tirer partie de cette situation et s’en amuse. La seule condition à cette entente est qu’elle ne doit jamais pénétrer dans une pièce secrète censée être un laboratoire photo. Saturnine se lie même d’amitié avec ce personnage noble et excentrique et ils se retrouvent chaque soir devant un repas et discutent de thèmes plus farfelus les uns que les autres. Bientôt, ces joutes verbales conduisent Don Elemirio à tomber amoureux de la jeune femme qui se refuse à lui. Finalement, il lui révèlera les secrets de la pièce interdite…
Avis par Audrey :
C’est un Nothomb, si vous n’aimez pas son univers : ne vous plongez pas dans ce roman ! Les personnages sont toujours atypiques, déjantés et irréalistes. Malgré tout, le lecteur se prend au jeu et son intérêt est suscité plus par les interactions des deux personnages que par leurs spécificités. De même, on ne cesse de vouloir apprendre la vérité sur la pièce secrète et sur le destin des femmes disparues. Le roman est facile à lire et c’est un format court (qui se rapporterait à une nouvelle un peu longue), un point que l’on peut critiquer mais qui est pour moi un atout, surtout étant donnée la singularité des histoires de l’auteur. (Si ça avait fait 600 pages, je me serai tirée une balle !). A chaque fois, on est certain d’avoir trouvé la fin, pourtant, Nothomb arrive toujours à nous surprendre. Et là aussi, la finalité ne révèle pas simplement le contenu de la pièce, mais étonne par l’enchaînement bizarre des événements ! Je reprends donc au début : c’est un livre à lire si l’on aime l’univers proposé par Amélie Nothomb car il est à mon sens récréatif.
Théodore Boone 3 : Coupable ? - John Grisham
Caractéristiques :
Genre : Jeunesse / Policier
Grand format : 282 pages / 17,90 €
Résumé :
Théo a 13 ans. Son père et sa mère sont tous les deux avocats au cabinet Boone & Boone. Sa passion : la loi, et son rêve est de suivre le chemin de ses parents… Ou peut-être de devenir juge, rien n’est encore fixé. Et dans le but d’accéder à des études de droit, Théo a pris pas mal d’avance sur ses jeunes camarades. Ainsi, sur son temps libre, il aide des amis et les plus démunis en leur prodiguant des conseils juridiques. Il va sans dire que la rigueur est une de ses caractéristiques, et qu’il n’enfreindrait jamais la sacro-sainte loi. Lui et son entourage sont d’autant plus surpris lorsque les pneus de son vélo sont crevés, et qu’une pierre est envoyée au travers de sa vitre. Mais tout va vraiment de travers lorsque de la marchandise volée se retrouve dans son casier. Il est alors traité comme un criminel par la police et par certains élèves de son collège. Comment prouver son innocence lorsque tout vous incrimine et que vous n’avez que votre bonne foi et le soutien inconditionnel de votre chien « Juge » ? Mais c’est sans compter la détermination des deux Maîtres Boone, de l’oncle filou Ike et de la jugeotte de Théo. Le jeune avocat en herbe n’aura de cesse de traquer le véritable coupable, afin de prouver son innocence.
Avis:
Est-il nécessaire de présenter l’écrivain, auteur de plusieurs best-sellers, maître incontesté du thriller à qui l’on doit « La firme », ou encore « L’affaire pélican »… Non ? Et bien faisons le tout de même : John Grisham s’attaque avec un brio incroyable à la lecture jeunesse. Son personnage Théodore Boone est des plus sympathiques et attendrissants en qui chacun se retrouvera un petit peu. Bien sûr, il est plus malin que nous l’étions à son âge, mais c’est ce qui en fait un héros exemplaire ! Avec à ses côtés un chien nommé « Juge » (que l’on aimerait adopter), les aventures du personnages sont extrêmement plaisantes et prenantes. Le lecteur se plait à chercher le coupable et à tenter de déceler chaque indice. Théodore Boone n’est donc pas exclusivement réservé à la jeunesse (rappelons pour info que ma mère, en grande fan, connaissait cette saga avant moi et a essayé de me voler mon roman). La lecture est légère et très facile, et les sujets complexes sont abordés et abordables par tous. Alors que l’on pourrait penser avoir à faire à une vision manichéenne de la loi, Théo se retrouve confronter à des situations délicates « de gris ». C’était pour ma part une découverte de cet auteur ainsi que de la saga du jeune héros… Cette expérience m’aura convaincu du talent de l’écrivain et de la sympathie de son personnage. A renouveler donc très bientôt !
Fifty shades (2/3) Cinquante nuances plus sombres - Erika James
Caractéristiques :
Genre : Roman / Erotique
Grand format : 595 pages / 17,00 €
Résumé :
Malgré ses sentiments pour lui, Anna a quitté Christian car elle ne pouvait pas assumer le mode de vie qu’il lui imposait. Cependant, elle ne supporte pas leur séparation et décide de le revoir après seulement quelques jours. La rupture a mûrement fait réfléchir Christian qui est prêt à faire des concessions et même à renoncer à certains de ses mœurs. Il s’est rendu compte qu’au fond, il nourrissait lui aussi des sentiments pour Anna qu’il tente de définir. Au fur et à mesure de leur histoire, leur relation gagne en profondeur et l’un et l’autre arrivent peu à peu à poser des mots sur ce qu’ils ressentent réciproquement. Malgré tous leurs compromis, leur couple peut-il fonctionner étant données les différences de chacun ?
Avis par Audrey :
On est heureux de retrouver les deux personnages phares du roman, et surtout de les voir de nouveau ensembles, après une fin de premier tome qui nous laissait plein d’espoir. Les réponses sont apportées aux deux questions principales : « se remettront-ils ensemble ? » et « Christian va-t-il proclamer son amour à Anna ? ». L’écriture de l’auteur est tout aussi bonne que dans son roman précédent. Le personnage masculin est plus que jamais plaisant et séducteur, mais on regrette un peu qu’il devienne presque trop « prince charmant ». On tombe un peu dans le « pathos » et le romantisme un peu mièvre. Tous les problèmes sont résolus, du coup ils sont prêts à filer le parfait amour et c’est un peu gênant pour le lecteur de ne plus se reconnaître dans une relation sans aucun problème. Le seul point qui semble encore réaliste réside dans le fait que les personnages sont toujours amenés à se poser des questions sur leur relation. Arrivé à la fin, le lecteur est à la fois satisfait et embêtée car la conclusion n’est pas celle que l’on pourrait attendre à la lecture du premier tome. Quel intérêt donc à un troisième opus, car ici tout est bien, tout va bien ! Heureusement : le dernier paragraphe ouvre une nouvelle voie qui semble intéressante et certainement plus largement traitée dans le dernier volet : « Cinquante nuances plus claires ».
Le secret des glaces - Philip Carter
Caractéristiques :
Genre : Roman
Grand format : 689 pages / 19,95 €
Résumé :
Zoé est l'héritière des Gardiennes : des femmes qui se confient de mère en fille un terrible secret. Elle l'apprend lorsque sa grand mère - qu'elle n'a jamais connue - se fait assassiner. Bientôt, Zoé est poursuivie où qu'elle soit. Il va lui falloir découvrir ses origines ancestrales dans un voyage incroyable qui la conduira des Etats-Unis, en Sibérie, en passant par la France. De son côté, Ryland O'Malley, un agent du gouvernement, se retrouve dans une situation similaire lorsque son père meurt et que les hommes de mains d'un milliardaire politique s'en prennent à son frère. Seul "le film" peut lui assurer la sécurité... Les deux se retrouveront bientôt pour partager leur fuite... et un peu plus.
Avis :
Le secret des glaces est un roman superbe ! L'histoire est incroyablement rocambolesque, impliquant Kennedy et Marilyn Monroe et remontant jusque dans la guerre froide. Cet ancrage de l'intrigue dans l'Histoire américaine la rend palpitante ! Les personnages sont colorés, et Zoé a beaucoup d'humour. Quant à Ry, c’est un peu un MacGyver en puissance ! Les premières pages peuvent perturber (plusieurs lieux et époques en trois chapitres) mais c'est pour mieux attiser l'intérêt du lecteur. Et c'est chose faîte ! L'autel d'ossements et son secret destructeur sont passionnants : tout le long, on se demande si le roman entre dans le fantastique ou non (un peu à la manière de "Deception Point" avec ses ossements aliens pour la SF). L'écriture est très fluide et imagée, permettant au lecteur de se figurer rapidement les scènes dans son esprit. La romance entre Zoé et Ry n'est pas le point fort du livre et rend la toute dernière partie assez mièvre par rapport à l'énigme principale. A peu de chose près, ce roman devenait un vrai coup de coeur ! Entre l'écriture légère de Marc Lévy et les intrigues mystérieuses de Dan Brown, "Le secret des glaces" est un roman magnifique qui se lit rapidement malgré sa taille, et avec plaisir... Un incontournable !









