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Articles récents

Saint Seiya : Next dimension - Le mythe d'Hadès - Masami Kurumada

5 Février 2013 , Rédigé par Jake Vecchiet

Saint Seiya Next dimension - Le mythe d'Hadès - Masami Kurumada

Résumé :

L’histoire reprend où elle s’est arrêtée à la fin de la trame originelle : Seiya et Athéna sont parvenus à détruire Hadès. Mais à un prix élevé : l’épée d’Hadès s’est enfoncée dans le torse de Seiya, le plongeant dans un coma profond, qui pourrait se révéler mortel. Pour le sauver, Athéna va devoir détruire l’épée d’Hadès : elle traversera les années pour se retrouver près de deux siècles plus tôt, alors que la précédente guerre sainte fait rage. A cette époque, deux chevaliers d’or Doko et Shion, font la rencontre de Tenma, le chevalier contemporain de Pégase, et de son meilleur ami Alone, condamné à devenir l’hôte d’Hadès. Alors qu’Athéna est redevenue un nourrisson dans son voyage temporel, les chevaliers du zodiaque se lancent à sa recherche…

 

Avis :

Vingt ans après, la suite des chevaliers du zodiaque connaît toujours un succès retentissant. Alors que pouvons nous dire de cette nouvelle saga ? Alors que Saint Seiya G a fait un flop magnifique, The lost canvas s’est distingué par son dessin parfait et son scénario bien travaillé. On soupçonne Kurumada de surfer sur ce succès pour sortir sa propre suite. C’est d’ailleurs un problème en terme de logique puisqu’il revisite la même guerre sous une vue parfaitement différente : les personnages ne sont pas tous les mêmes (bien qu’il en ait conservé certains) et la trame assez incongrue (Athéna de la guerre sainte précédente est en fait celle de notre époque revenue en arrière ?). Alors qu’il aurait pu poursuivre sur sa lancée, il réécrit un manga déjà conté, ce qui n’est pas très glorieux… Son dessin, quant à lui, n’a malheureusement pas évolué en 20 ans : Kurumada est incapable de dessiner qui que ce soit de profil et conserve ses mêmes faciès figés (des personnages toujours la bouche ouverte et les yeux fermés). Les mangas sont un peu plus courts que la normale (mais là encore, c’était déjà le cas dans sa version originale). Seuls points positifs et non des moindres : l’intégralité du manga est en couleur. Les armures ont donc un rendu magnifique, et même si parfois l’auteur abuse de l’usage des couleurs, c’est véritablement un plus qui rapproche le manga d’une magnifique bande dessinée (la question de savoir si ça échappe à la nature du manga n’est pas débattue ici). Cela explique également le prix plus élevé de chaque tome. Enfin, la raison qui pousse malgré tout le lecteur a suivre les aventures des chevaliers du zodiaque est que nous sommes tous nostalgiques du bon vieux temps !

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Euphoria - Kusmi Tea

3 Février 2013 , Rédigé par Jake Vecchiet Publié dans #échappée belle, #en aparthé, #euphoria, #gavalda, #Kusmi, #maté, #tea, #thé

Euphoria – Kusmi Tea  by Audrey

 

Article Euphoria

Aujourd’hui, j’ai eu la joie de goûter le dernier né de la gamme bien-être de chez Kusmi : il s’agit de « Euphoria », un mélange de maté grillé, de chocolat agrémenté de véritables morceaux d’orange.

Ce produit a été pensé pour nous apporter du plaisir et de la bonne humeur tout au long de la journée. En effet, le maté est une plante énergisante (riche en théine) qui aura sur vous un effet vivifiant. Quant au chocolat et à l’orange, ils sauront vous donner le réconfort nécessaire à une dure journée. C’est pourquoi, il s’inscrit pour moi parfaitement durant la période hivernale où les journées sont courtes et les températures ardues !

A l’œil, le thé donne envie : les couleurs sont ce qui attire en premier. Elles sont chaudes et chatoyantes avec des nuances d’orange et de brun. La découverte, dans la boite, de véritables zestes d’orange et ce qui doit être des éclats de fèves de cacao témoigne une certaine qualité de produit.

Euphoria

A l’odeur, l’arôme confirme parfaitement les impressions visuelles : l’orange est prédominante, mais l’on sent même le chocolat en note de fin. Une proportion que l’on retrouve également au goût !  A la dégustation, le produit tient ses promesses : c’est un thé goûteux. Il est assez fort sans pour autant être amer (ce que l’on doit certainement à la pointe de chocolat qui est subtile) où l’orange prédomine.

Ce thé est une douceur réconfortante qui se marie parfaitement avec un roman léger et cocooning telle que L’échappée belle d’Anna Gavalda. L’impression de familiarité est donc totale, et l’immersion dans le livre garantie !

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Bilbo le Hobbit - J. Tolkien

1 Février 2013 , Rédigé par Jake Vecchiet Publié dans #Bilbot, #Gandalf, #Gollum, #Hobbit, #Nains, #Saigneur des anneaux, #Smaug, #Tolkien

Bilbo le Hobbit - J. Tolkien

Caractéristiques :

Genre : Fantastique

Grand format : 504 pages / 15,95 €

Format poche : 320 pages / 6,00 €

 

Résumé :

Bilbo, comme tous les hobbits est un petit être paisible qui n'aime pas être dérangé quand il est à table. L'aventure lui tombe dessus comme la foudre, quand le magicien Gandalf et treize nains barbus viennent lui parler de trésor, d'expédition périlleuse, et du dragon Smaug... qu'il va affronter. Car Bilbo doit partir avec eux ! Et le plus extraordinaire, c'est que le hobbit affrontera tous les dangers, sans jamais perdre son humour, même s'il tremblera plus d'une fois!

 

Avis par Aurélie :

De la pure poésie !! Une évasion de l'esprit dans la comté, voilà ce que vous vivrez en lisant ce merveilleux livre. Je n'imaginais pas retrouver la magie de mon enfance dans un livre écrit en 1937 !! C'est bien la beauté de ce livre, ce n'est pas notre monde, ce n'est pas notre temps !!! Je vous promets : en lisant ces lignes vous oubliez les heures qui défilent, les vicissitudes de la vie et la routine. Vous allez vous attacher aux personnages et comme moi ressentir une petite nostalgie quand vous l'aurez fini. Bonne lecture à tous.

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Le cercle - Bernard Minier

31 Janvier 2013 , Rédigé par Jake Vecchiet Publié dans #bernard, #glacé, #le cercle, #minier, #polar, #policier, #thriller, #XO

 Le cercle - Bernard Minier

Caractéristiques :

Genre : Policier

Grand format : 559 pages / 20,90 €

 

Résumé :

Un étudiant d’une prestigieuse école de khâgne du Sud Ouest est retrouvé à moitié drogué dans le jardin de son professeur. La femme a été battue, avant d’être attachée et noyée dans sa baignoire. Groggy et incapable de se souvenir des récents événements, le jeune Hugo est placé en garde à vue. Sa mère n’est autre que l’amour de jeunesse du commandant Martin Servaz, qu’elle appelle à l’aide pour sauver son fils d’une incarcération inéluctable. Mais bientôt, les circonstances du meurtre vont troubler Martin : des traces semblent avoir été laissées à son intention par « Le Suisse », un des plus grand serial killer qui s’en prend exclusivement aux femmes. Le tueur voit en Martin un égal, et entretient à son égard des sentiments fraternels complexes… Margot, la fille du commandant, est quant à elle étudiante dans le même bahut que Hugo et ne tardera pas à mener son enquête afin d’innocenter le jeune homme. Avec l’aide de son ami Elias, elle révèlera une confrérie étrange « Le cercle » née d’une catastrophe des années plus tôt, et à laquelle Hugo ne serait pas étranger…

 

Avis :

Bernard Minier est un auteur relativement récent, mais qui est déjà parvenu à se distinguer avec son premier roman « Glacé », qui lui a permis de remporter le prix du meilleur roman francophone du festival Polar 2011 de Cognac… Et l’on comprend pourquoi : son roman est parfaitement exaltant ! Peu versé dans le genre policier, je me suis pourtant surpris à tourner chaque page avec envie et impatience, tentant malgré moi de débusquer le coupable avec le commandant Servaz. Ce qui fait le brio de ce roman est la complexité des personnages qui sont tous plus criants de vérité les uns que les autres : ce sont des êtres torturés avec leurs faiblesses et leurs qualités. A chaque chapitre, le doute est relancé quant à l’identité du meurtrier qui pourrait être n’importe lequel de ces personnages aux facettes sombres. Le héros est perdu, lui-même en conflit avec son passé et incapable de se détacher de ses mauvaises expériences familiales et amoureuses. Seule Margot, sa fille, est sa bouffée d’air frais et lui permet d’aller de l’avant. L’enquête menée sur plusieurs fronts à la fois par Servaz, Margot et Ziegler – une gendarme lesbienne au caractère bien trempé – est dynamique et prenante. Les interludes (récit d’une femme prisonnière dans le cachot de son bourreau) sont emprunts de terreur et d’anxiété et communiquent au lecteur toutes ces émotions qui vous glacent le sang. Et le final reliant ces deux histoires est tout bonnement époustouflant ! L’écriture sans faute est de bonne qualité et le genre est plaisant et spirituel. Les quelques flashbacks sont bien menés et donnent une plus grande dimension aux personnages. Ce roman est un coup de cœur, et m’invite à la lecture de l’œuvre précédente de l’auteur : « Glacé » afin de retrouver un de mes personnages préférés : le commandant Martin Servaz.

Lien direct (extrait disponible) XO Editions 

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Femmes de l'Autremonde (2/?) Capture - Kelley Armstrong

29 Janvier 2013 , Rédigé par Jake Vecchiet Publié dans #autremonde, #avis, #démon, #Elena, #fantastique, #femmes, #héroïne, #Kelley Armstrong, #loup-garou, #vampire

Femmes de l'Autremonde 2- Capture - Kelley Armstrong

Caractéristiques :

Genre : Fantastique

Grand format : 601 pages / 8,20 €

 

Résumé :

Elena Michaels est la seule femme loup-garou de la planète. Et elle pense que son espèce est la seule surnaturelle… Jusqu’à ce qu’une sorcière : Paige, la convie à un sommet. Elena, ainsi que son alpha Jeremy et son compagnon Clayton, découvrent l’existence des sorcières, des mages, des vampires et des semi-démons. Et la raison de ce rassemblement, est que quelqu’un tente de capturer tous ces êtres extraordinaires. Un groupe secret les capture et les enferme dans un bâtiment puissamment gardé. A l’intérieur, toutes formes d’expérimentations sont pratiquées sur ces créatures. Le secret de tous – leur seule protection envers le monde extérieur –  est donc mis en danger. Mais les choses se corsent encore lorsqu’Elena elle-même est capturée. Elle tentera par tous les moyens de s’enfuir, avec l’aide des autres captifs. De leurs côtés, Clay, Jeremy et Paige feront leur possible pour trouver la localisation précise du centre, et sauver Elena… De préférence avant qu’elle ne participe à une partie chasse où elle est la proie.

 

Avis:

Une nouvelle fois, Kelley Armstrong nous épate en créant une histoire passionnante. Forte de son écriture fluide et addictive, l’auteur reprend les personnages de la meute créés dans « Morsure » et les met en contact avec de nouvelles créatures surnaturelles (qui serviront de base aux tomes suivants de la saga). L’histoire devient encore plus riche et prenante : les personnages de Paige et de Savanna (la jeune sorcière) sont très sympathiques, au contraire de la très spéciale vampire… Quant à Adam, le semi-démon pyromane, il est simplement génial ! L’idée de l’enfermement dans le centre est très bonne, et un parallèle amusant est fait avec la 4ème saison de Buffy (où un bâtiment similaire était conçu par le gouvernement). L’atmosphère est alors conduite vers un « Prison Break » surnaturel où les créatures doivent s’entraider pour sortir, et ce malgré une sécurité alarmante. Mais ce qui fait clairement le succès de ce tome, c’est le caractère d’Elena, la narratrice. C’est une femme forte et poignante, dont l’ironie et le sarcasme sont les points forts. Le lecteur est donc happé dans l’histoire vue à travers ses yeux. Les scènes d’amour entre Clay et Elena plairont certainement à certains, mais ne sont pas suffisamment importantes pour parler de bit-lit (ce qui m’arrange ^^). On regrette que le personnage de la seconde femme loup-garou ne survive pas, ce qui aurait très certainement ajouté du piquant à la suite des aventures de Femmes de l’Autremonde. Pour conclure : cette merveille est à lire sans plus tarder !

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Concours : Théodore Boone (29/01/13 au 11/02/13)

28 Janvier 2013 , Rédigé par Jake Vecchiet Publié dans #Boone, #Concours, #Grisham, #roman, #Theodore

! CONCOURS !

 

Du 29 Janvier au 11 Février à minuit, La bibliothèque de Jake, en partenariat avec XO Editions vous propose de remporter le roman policier

 

Théodore Boone 3- Coupable - John Grisham

« Théodore Boone : Accusé ? » de John Grisham

dont nous avons venté les mérites ici

 

Pour cela, rien de plus simple :

 

 

Bonne chance à tous !

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Autopsies - Kathy Reichs

28 Janvier 2013 , Rédigé par Jake Vecchiet

Autopsies - Kathy Reichs

Caractéristiques :

Genre : Policier

Format poche : 381 pages / 7,60 €

 

Résumé :

Fouiller ses souvenirs. Tempérance Brennan n'a plus que ça à faire pour ne pas sombrer dans la folie. Que faire d'autre lorsqu'on se réveille pieds et poings liés dans l'obscurité, enfermée dans un espace exigu et glacial ? Impossible pour l'anthropologue judiciaire de se souvenir des circonstances de son enlèvement. Mais, petit à petit, elle reconstitue le puzzle des derniers jours: le cauchemar a commencé avec la découverte du cadavre d'une certaine Rose Jurmain... Du fond de son caveau, Tempérance pressent que sa survie dépend sûrement de sa capacité à résoudre cette enquête.

 

Avis par Aurélie :

A propos de Kathy Reichs, Autopsies, une aventure de Tempérance Brennan. Une véritable encyclopédie de la médecine légale. A lire si on aime les policiers, toutefois, l'action et le suspense ne sont pas les piliers du bouquin. Avis aux amateurs de Bones !! Si, comme moi, vous êtes des fans de Tempérance, sachez que le personnage du livre ne ressemble en rien au personnage de la série américaine Bones. De même, Zac, Angela et Jack n'existent pas dans le livre. Pour finir, je dirais, bon livre mais pas transcendant.

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En aparTHE by Audrey

27 Janvier 2013 , Rédigé par Jake Vecchiet

En AparTHE by Audrey

sert le thé rose

Bonjour à tous !

 

J’inaugure ici une nouvelle chronique qui aura pour but de vous faire partager ma passion du thé. Je vous y présenterai mes avis, sur les différents produits, mes dernières découvertes, mes coups de gueules et coups de cœur ! J’espère avant tout que ce sera un espace de partage où nous pourrons chacun échanger sur ce sujet.

Si j’ai aujourd’hui le plaisir d’ouvrir cette discussion, c’est parce qu’à mon sens, le thé et la lecture sont de très bons amis ! Quoi de mieux qu’un délicieux moment passé sur le canapé, une tasse fumante à la main, et un livre dans l’autre ? Vous ne direz pas le contraire, n’est-ce pas ?

Certains d’entre vous me reconnaîtrons, car ils côtoient peut-être mon blog : http://en-aparthe.kazeo.com/. C’est donc avec grand plaisir que je ferai, de temps à autres, un petit « AparThé » dans la bibliothèque de Jake !!!

 

A très bientôt dans cette toute nouvelle rubrique !

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Red Moon (2/4) Prophéties - Jake Vecchiet

27 Janvier 2013 , Rédigé par Jake Vecchiet

red moon - tome ii prophéties couverture

Résumé :

Alors que Dan parvient à achever sa transformation, il est victime d’une balle en argent qui vient le frapper en plein cœur. C’est le moment que choisit son père sensé être mort pour venir le sauver ! Mais avec l’assassinat de sa mère et de l’ensemble des Lycants de Crystal Village, Dan se retrouve désigné comme étant le bâtard de la prophétie : celui qui ramènera le Prince. Désemparé et luttant contre une parcelle noire de son âme, le jeune homme doit rejeter Claire et Anna pour les protéger. Et pour comprendre les événements qui risquent de se produire, il lui faudra se plonger dans le passé et dans les secrets de sa naissance…

 

Où se le procurer ?

Edilivre

Amazon

Chapitre

Ou en me contactant directement à : jake.berenson@free.fr

 

Extrait :

01

 

Jeudi 2 Août 2007

 

Le shérif Carter se battait contre la serrure du bar.

Ouvre-toi, saleté !

Pratiquement incapable de se tenir debout, il avait dû quitter son appartement lorsque les dernières bouteilles d’alcool avaient été épuisées. C’était d’ailleurs la seule raison pour laquelle il daignait remettre les pieds dans cet endroit…

Le shérif n’était plus que l’ombre de lui-même. Une barbe de plusieurs semaines oblitérait complètement son visage, et on aurait dit qu’une bombe avait explosé dans ses cheveux bruns hirsutes.

- Merde, marmonna Tom.

Il n’avait pas pris la bonne clé. Il rangea son trousseau et se tint immobile devant la porte close du bar « Laura’s ». Pendant quelques secondes, le brouillard qui lui avait été octroyé grâce à la douce boisson fermentée se leva.

Il prit une profonde inspiration et refreina un sanglot. Il ne voulait pas de cette lucidité, elle était devenue son démon. La bête qu’il gardait tapie au fond de lui.

Il considéra un quart de seconde les conséquences, avant de sortir son arme de service de son holster, et d’en asséner un grand coup sur la serrure vétuste du bar qui céda aussi vite. La porte en bois s’entrebâilla dans un grincement désagréable.

 

Tom entra et chercha à tâtons l’interrupteur. Lorsque les lampes prirent vie, il dut cacher ses yeux de la lumière trop intense pour son degré de fatigue.

Il avança tant bien que mal à travers la pièce, renversant deux chaises et se cognant contre une table, avant de passer derrière le comptoir.

C’était là que la première pierre de leur relation avait été posée. Ce jour là aussi, il était bourré… Pas autant cela dit. Il lui avait demandé ce qu’il faudrait pour qu’une femme comme Laura Flye s’intéresse à un homme comme lui…

Ecartant immédiatement ce souvenir de son esprit, il attrapa une bouteille sous le comptoir, sans même se soucier de la nature de l’alcool, et porta le goulot à sa bouche.

 

Cela faisait deux mois qu’elle n’était plus, et lui avait perdu goût à la vie. Son travail, qui l’avait pourtant passionné par le passé, n’avait plus d’intérêt.

Une seule chose le poussait désormais à se lever le matin : la vengeance. Son rêve de pouvoir la ramener un jour avait doucement été remplacé par un désir ultime de revanche. Tout humain qu’il soit, il allait trouver la créature qui avait réduit ses rêves à néant, puis il la ferait disparaître de la surface de la planète.

C’était la seule chose sur laquelle il pouvait rester concentré entre deux verres d’alcool.

Il n’avait pour ainsi dire plus de relation avec qui que ce soit. Il avait complètement délaissé Dan, et cela ne faisait qu’aggraver son état dans ses moments de lucidité.

La culpabilité. Il avait laissé mourir la femme qu’il aimait, celle avec qui il avait voulu faire sa vie. Porté par la mélancolie de l’ivresse, il sortit un écrin de sa poche.

Il ouvrit la petite boîte de velours pour révéler la bague de fiançailles qu’il avait achetée pour Laura. Sa vision devint floue, et l’écrin lui échappa.

Il tomba au sol et plongea à plat ventre pour chercher la bague. C’était la dernière chose qui la retenait près de lui. Il s’en saisit comme si c’était l’objet le plus important au monde, et s’assit à même le sol, contre le comptoir.

 

Après avoir avalé une nouvelle rasade, le shérif Carter reporta son attention sur le bijou. Mais il sentit son portable vibrer dans sa poche. Il en vida maladroitement le contenu sur le sol. La boussole argentée dégringola en premier, roulant à quelques centimètres de son genou. Il lui jeta un coup d’œil mauvais… Pour ce à quoi elle avait servi jusque là…

Il adressa son attention sur son téléphone. « Maire Walker » s’inscrivait sur l’écran.

Qu’ils aillent tous au diable…

Il laissa sonner dans le vide, et attrapa une nouvelle bouteille.

 

***

 

Le maire Walker réprima une injure lorsqu’il tomba pour la énième fois sur la messagerie du shérif.

Un adjoint passa la tête à travers la porte et l’interpella.

- Yannick, on ne peut pas retarder d’avantage la réunion.

Le maire hocha silencieusement la tête. Son collègue réintégra la salle de conseil.

 

Walker se massa les tempes. Il avait l’impression que la proportion de cheveux blancs sur son crâne avait quadruplé depuis les événements de juin. Les choses dérapaient.

Tom le préoccupait. Cet homme que le maire avait toujours eu en estime semblait prisonnier d’une spirale sans fin. Le shérif n’avait pas répondu aux messages du maire et n’avait pas daigné assister aux dernières réunions.

Il avait des comptes à rendre, et malheureux ou non, ses actions auraient des conséquences.

Yannick avait de bons rudiments de politique : il savait qu’il ne pourrait pas gagner les deux arguments ce soir. Il ne pourrait en protéger qu’un sur les deux. Le conseil, déjà tendu, n’accepterait jamais un nouveau report d’audience. Et les décisions qui allaient être prises seraient lourdes de retombées…

 

Le maire entra finalement dans la salle du conseil. Les chuchotements des délégués s’interrompirent immédiatement. Yannick s’installa. Au bout de la longue table en bois, Monique Bales qui occupait habituellement la première place à ses côtés, le fusilla du regard.

- Excusez-moi pour ce léger retard, fit Walker d’une voix basse.

La sorcière à la bouche pincée en face de lui plissa les yeux. Elle remit une mèche de ses cheveux auburn derrière son oreille – un de ses tics. Elle se racla la gorge, se leva et avança :

- Je crois qu’il est plus que temps d’aborder le sujet qui nous inquiète tous…

Tous les regards s’étaient tournés vers Monique. Elle prit une pause dramatique et enchaîna :

- Dan Flye. Il est le dernier loup-garou de Crystal Village… Nous savons tous ce que cela veut dire.

 

La mâchoire du maire se contracta. Depuis le carnage de la meute, l’adolescent lycant était devenu l’objet de la croisade de Monique Bales.

- Il est forcément le bâtard de la prophétie, et si nous ne faisons rien, poursuivit-elle, il causera notre destruction à tous. Et bien que ce ne soit pas de l’avis de tous, la protection de notre village reste ma priorité.

Fort d’un flegme à toute épreuve, le maire ne réagit pas à cette pique évidente.

- Il nous faut nous débarrasser de lui, au risque de voir se réaliser la prophétie ! insista-t-elle.

Yannick Walker balaya du regard les visages de ses collaborateurs. Certains acquiesçaient distinctement. Mais dans les expressions de la majorité, c’était le doute qui ressortait.

N’obtenant pas l’engouement qu’elle attendait, la sorcière s’assit.

 

Durant quelques instants pendant lesquels le maire choisit ses mots, un étrange calme régna dans la salle du conseil. Lorsqu’il ouvrit enfin la bouche, il parla d’une voix calme. Son ton doux contrastait avec la fougue dont son interlocutrice avait fait preuve.

- Ce que tu sembles omettre Monique, énonça-t-il, est que ce lycant, que tu accuserais presque d’amener l’apocalypse… est un adolescent.

Mme Bales eut envie de l’interrompre, mais elle se reprit bien vite, réalisant les risques.

Yannick tenta de rencontrer le regard de chacun des élus.

- Nous sommes en train de parler du bien fondé d’un meurtre. Pour un enfant qui vient de perdre la famille qui lui restait, ainsi que ses amis. Et non comptant d’assumer cette injustice, il faudrait se cacher derrière une prophétie dont on ignore toujours la véracité ?

- Remettrais-tu en doute la parole de ta propre mère ? contra Monique dont le ton montait.

Le maire rétorqua avec calme :

- Tu devrais savoir mieux que quiconque que même les parents font des erreurs…

La sorcière se plongea dans son fauteuil, ses yeux n’étaient plus que deux revolvers qui fusillaient Yannick.

- Ce sujet n’a plus à revenir sur la table pour le moment, conclut le maire.

La majorité du conseil acquiesça.

Walker avait gagné cette manche là.

 

Une main se leva. Yannick posa le regard sur l’élu.

- Qu’en est-il du shérif ? Voilà deux mois qu’il est sur la touche. Il est très gentil, admit le délégué avec honnêteté, mais il ne semble plus capable d’assurer son rôle.

- Tom nous a prouvé par le passé qu’il était plus que compétant dans ce domaine et…

- « Par le passé », répéta une sorcière du conseil. Excuse-moi Yannick, moi aussi je l’aime beaucoup. On a rarement eu un non Initié qui collaborait aussi bien avec nous. Mais depuis…

Elle hésita avant de poursuivre :

- Depuis les événements de juin, il ne remplit plus son rôle. Et je l’ai croisé il y a quelques jours… Je ne me sens pas vraiment à l’aise avec la notion de quelqu’un comme lui qui continue à porter une arme à feu…

Les déboires du shérif avec l’alcool avaient donc fait le tour de la ville…

Le conseil se tourna vers Yannick. A l’autre extrémité de la table, un petit sourire se dessina sur le visage de Monique.

Finalement, le maire hocha la tête et posa la question qu’il redoutait depuis le début de la réunion :

- Ceux qui sont pour libérer Tom Carter de ses obligations ?

Et il vit les mains se lever autour de lui.

 

***

 

La réunion venait de prendre fin. Les élus rentraient chez eux, heureux de pouvoir enfin se libérer de leurs obligations, à une heure tardive. Ils se levaient de table, repliaient leurs dossiers ouverts et quittaient la mairie avant que qui que ce soit puisse les retarder d’avantage.

Seuls Mme Bales et le maire Walker demeurèrent assis dans la salle du conseil. Lorsque la porte se referma pour ne laisser plus qu’eux, Monique bondit tel un animal. En un fraction de seconde, elle se tenait penchée devant le maire portant un doigt accusateur à son visage.

- Tu vas me rendre ma fille, Yannick ! Je veux la récupérer, est-ce que tu as bien compris ? hurla-t-elle pratiquement. Tu n’as absolument aucun droit de la maintenir loin de moi, si…

Le maire leva sa main et la sorcière fusa contre le mur opposé. La chevalière de Yannick voyait son saphir pulser sous l’énergie dégagée par l’élu.

 

Il se leva finalement et se rapprocha de la femme. Elle semblait incapable de faire le moindre mouvement, suspendue à une dizaine de centimètres du sol. Sa bouche même était paralysée et lui interdisait la parole.

- N’oublie pas à qui tu t’adresses Monique. Avec ce que tu as fait, tu as de la chance d’être toujours en vie ! N’oublie pas qu’il n’y a qu’une seule raison pour laquelle c’est le cas. N’oublie pas que si tu me pousses à bout, je révèlerais ton implication dans le départ d’Anna et tu seras condamnée.

Yannick relâcha son emprise. Les pieds de la sorcière retrouvèrent la terre ferme.

- Anna n’est pas chez moi contre son gré, elle peut décider de partir à tout moment. Mais je crois qu’elle préfèrerait être partout plutôt qu’avec toi.

- C’est ma fille, articula-t-elle avec une boule dans la gorge.

- Peut-être, admit le maire. Mais ce que tu as fait t’a retiré de nombreux privilèges. Ta fille…

Il se retourna et marcha vers la sortie.

- Et ta place au conseil municipal. J’attends ta lettre de démission pour demain.

Lorsqu’elle se retrouva seule, les jambes de Monique Bales se dérobèrent sous son poids et elle se retrouva à sangloter, assise sur ses fesses.

 

***

 

La fenêtre de la nouvelle chambre d’Anna était ouverte. La jeune sorcière était assise dans son lit, fixant l’extérieur. Des posters de paysages du monde traînaient dans un coin de la petite pièce, mais l’adolescente n’avait pas trouvé la motivation de les afficher. La déception qu’avaient été ses vacances en Italie pendant l’été lui avait fait relativiser ses rêves de voyages autour du monde.

Mais plus que ça, son rêve s’était déjà transformé au contact de Dan. Il avait évolué avec leur relation, et elle ne voyait plus l’intérêt de partir seule découvrir les merveilles que la planète avait à offrir.

Si elle partait, elle voulait que ce soit avec lui.

Tant de choses s’étaient produites ces derniers mois. Elle ne reconnaissait plus sa vie.

Sa mère avait été son modèle jusqu’à ce qu’elle rencontre Dan. Mais ce qu’elle avait fait été impardonnable, alors que ses sentiments pour le lycant étaient clairs. Elle n’avait jamais ressenti cela de son existence, elle n’avait jamais même pensé être capable de ressentir quelque chose d’aussi fort…

Mais pouvait-elle le blâmer de mettre de la distance entre eux après ce qu’il s’était produit ?

Et elle ne lui avait même pas dit que tout était la faute de sa mère. Si le loup-garou savait que Laura était morte à cause de Monique Bales… Il ne lui pardonnerait jamais.

 

Elle se leva de son lit et s’immobilisa devant la fenêtre ouverte. Pendant quelques instants, elle scruta les ténèbres autour d’elle.

Est-ce que tu penses à moi, où que tu sois ?se demanda-t-elle.

Son regard vaqua sur les toits des maisons alentours.

- Bonne nuit, marmonna-t-elle pour personne d’autre qu’elle-même, avant de baisser la battant de la fenêtre.

Elle éteignit sa lampe de chevet et s’installa dans son lit.

 

***

 

Dan vit l’ampoule s’éteindre dans la chambre de la jeune sorcière. Il avait conscience du mal qu’il s’infligeait, mais il ne pouvait s’empêcher de venir la voir.

Seuls les yeux dorés du loup-garou brillaient dans la nuit. Il était si tard que les lampadaires du quartier s’étaient endormis à leur tour. Il était perché sur le toit d’une maison à quelques dizaines de mètres de celle du maire Walker.

Il avait interrompu sa métamorphose. C’était dans cet état qu’il se sentait le mieux. Toutes ses perceptions étaient accrues, même si elles n’étaient pas à leur maximum, et il conservait une apparence humaine.

Il aurait même pu choisir de réveiller l’autre partie de lui-même, celle qu’il avait tant de mal à conserver enfouie… Ses yeux n’auraient même pas eu cette teinte dorée.

Mais Anna adorait leur couleur or. Elle lui avait dit à l’époque où ils se retrouvaient sur le toit du lycée.

A l’époque où tout était plus simple… Où le plus difficile était d’éviter Mme Bales qui désapprouvait leur relation.

 

Le garçon resta encore un moment à fixer la jeune femme qui plongeait dans le sommeil. Il y voyait aussi bien qu’en plein jour et il pouvait voir le thorax d’Anna se lever au rythme de sa respiration.

Il se concentra sur son ouïe et parvint même à entendre les battements de cœur de la sorcière. Et bientôt, il calqua les siens sur ceux de l’adolescente.

Il aurait pu rester toute la nuit… Cela faisait un moment qu’il avait perdu le besoin de dormir. Mais quelqu’un d’autre l’attendait.

 

Il traversa la ville à une vitesse défiant celle de n’importe quel non Initié. Il se trouva bientôt à la lisière de la forêt, dans une grande propriété. Il ouvrit la porte d’entrée et entra sans attendre qu’on l’invite.

Il retrouva la jeune femme. Elle était assise dans un canapé dont les housses déchiquetées laissaient pendre des lanières de mousse. Le papier peint était déchirés à de nombreux endroits et flottait depuis les pans de murs. Le lustre éclairait la pièce, c’était la seule source de lumière qui fonctionnait encore, au contraire des lampes écrasées sur le sol.

La blonde venait de fêter sa majorité, mais avec ses traits adultes, on lui aurait donné au moins cinq années de plus. Ses cheveux blonds ondulaient jusqu’à la moitié supérieure de son dos et son bronzage était impeccable.

 

Nina fixait des photos accrochées au mur. Elle se leva lorsqu’elle réalisa que Dan venait d’entrer.

Les yeux foncés de la blonde étaient toujours rougis. Il essaya de sourire, pour lui remonter le moral, mais sa tentative échoua.

Il traversa la pièce, sans faire attention au gravats qui jonchaient le sol. Il la prit dans ses bras alors qu’elle nichait sa tête au creux de l’épaule du loup-garou.

- Il me manque, murmura-t-elle.

- Je sais, répondit doucement Dan.

Le regard du garçon s’accrocha au portait de Ludovic que la lycante fixait à son arrivée. Dan parcourut la pièce de ses yeux, la résidence des Ebesst ne ressemblait plus qu’à un vaste dépotoir.

Il reporta son attention sur la photo de son ami et coéquipier.

Comment on a pu en arriver là…ne put s’empêcher de penser le jeune homme.

Et ses pensées s’attardèrent sur « les événements de juin ». Tout avait changé quand Dan avait vu le massacre de la meute.

Quand il avait réalisé la mort de sa mère.

Quand il avait appris qu’Eric Flye n’était pas mort.

Et quand il avait découvert que son propre père était en fait un vampire…

 

02

 

Vendredi 1er Juin 2007

 

Dan sentait un liquide se répandre sur son torse. Son sang. La transformation s’était inversée, il avait recouvré son apparence humaine. Le dernier vampire avait eu raison de lui avec une balle en argent. Il ne pouvait plus rien, complètement à la merci de son ennemi, allongé sur le dos.
Les bruits étaient étouffés. Son regard se perdait dans la voûte étoilée. Il ne sentait plus que son cœur battre au fond de sa poitrine. Sa respiration se fit plus saccadée. La douleur commençait à disparaître. Il pensa à sa mère et à Anna. Une larme roula sur sa joue.

 

Quelqu’un se pencha au-dessus de lui. Comme une vision du futur. L’homme était plus grand que lui et paraissait d’une dizaine d’années son aîné. Ses cheveux bruns et sa peau mate lui donnaient un air méditerranéen. Lorsque le garçon plongea son regard dans les yeux noirs de l’individu, il crut à une hallucination.

- Papa ? murmura-t-il.

Un dernier soubresaut parcourut l’adolescent et il perdit connaissance.

- Tiens le coup, Dan ! cria Eric.

En l’espace d’une seconde, le visage de l’homme se métamorphosa. Ses canines poussèrent alors que des veines se dessinaient au contour de ses lèvres et de ses yeux, qui n’étaient plus que deux billes noires.

 

Sans l’ombre d’un doute, il releva légèrement le corps de son fils. Puis il porta son propre poignet à sa bouche et s’entailla avec ses canines acérées. Le sang coula de son poignet, et il le porta aux lèvres du garçon.

- Bois Dan ! s’enquit-il.

Il laissa son sang se déverser dans la gorge du lycant.

 

***

 

Lorsque le shérif Carter avait reçu le coup de fil, il avait immédiatement craint le pire. Sans même alerter qui que ce soit, il quitta le bal de fin d’année qui se tenait au lycée. Son rôle de chaperon passait après son métier.

Il bondit dans sa voiture et conduisit à toute vitesse jusqu’au bord de la forêt. Il ne connaissait pas exactement la localisation de la crypte. Il n’en avait pas le droit : seule la meute et le gardien du secret étaient dans la confidence…

Mais l’adolescent qui avait appelé pour prévenir du drame devait l’attendre sur le bas côté.

 

Tom bondit du siège, sans prendre la peine de fermer la portière, lorsqu’il reconnut l’ami de Dan.

- Je te suis, dit simplement le shérif.

Le garçon brun hocha la tête et s’aventura en courant dans la forêt.

Finalement, il désigna un énorme tronc d’arbre dans le bois.

- C’est une illusion, annonça-t-il. Ca descend par là.

Carter ne chercha même pas à se demander comment l’étudiant avait appris la vérité sur la meute et ses secrets. Cela ne le préoccupait pas pour l’instant.

Il tendit un doigt dans la direction de sa voiture.

- Des renforts vont arriver, prévint-il. J’aurais besoin de toi pour les guider.

Liam acquiesça et repartit en direction de la route.

 

Lorsqu’il fut certain d’être hors de vue du shérif, l’adolescent put relâcher la fausse tension qui se lisait sur son visage. Ses traits se transformèrent en un sourire de satisfaction.

Les choses se déroulaient exactement comme il l’entendait. Dan était désormais le seul loup-garou à Crystal Village. Dans quelques mois à peine, le Prince serait là. Son retour était imminent.

C’était presque trop facile. Personne n’avait pu découvrir que Liam Mueller était en fait un vampire, pour la simple raison que l’on ne suspectait pas quelqu’un qui pouvait se balader en plein soleil…

 

***

 

- Oh mon Dieu, murmura Yannick Walker lorsqu’il pénétra dans la crypte. On devinait facilement le massacre qui s’était joué dans cet endroit, à la quantité de sang qui avait éclaboussé les murs et les sols.

Monique Bales était sur ses talons, tentant au mieux de feindre la surprise. Mais même elle fut choquée du degré de violence qui avait dû régner à cet endroit. Bien sûr, en donnant la localisation du repère des lycants, elle savait qu’elle les condamnait. Mais elle ne put empêcher une pointe de culpabilité ressentie en elle… Même si elle n’avait que du mépris pour cette espèce.

Elle sortit sa clé et vérifia le pouls des cadavres humains au sol. D’un signe de tête en direction du maire, elle confirma leur état.

 

- On va avoir besoin de plus d’ambulance… Pour les corps, nota-t-elle.

Yannick acquiesça. La femme désigna une cage du menton. Elle était la seule ouverte à leur arrivée, mais ce n’était que maintenant que les deux sorciers remarquaient la présence de quelqu’un de bien vivant. A l’uniforme, ils reconnurent le shérif Carter.

- Remonte, marmonna Walker. On ne pourra pas cacher ce qu’il s’est passé ce soir, il y en a trop… Mais il faut limiter les dégâts, et il n’y a plus rien à faire, ici.

Il entendit bientôt les talons de la femme claquer vers la sortie.

 

Le maire se rapprocha doucement du shérif.

- Tom, appela-t-il.

Carter l’ignorait toujours. Il était assis dans une mare de sang et avait enlacé avec la plus grande délicatesse le haut du corps de Laura Flye, qui reposait à moitié sur lui.

- Tom, répéta l’élu.

Les yeux du concerné se levèrent bientôt vers le sorcier. Le shérif ne pouvait empêcher les larmes de couler de ses yeux.

- Il ne faut pas rester ici, assura Walker de sa voix la plus compatissante possible.

- Ramenez-là, répondit Carter.

Le maire s’accroupit et posa une main sur l’épaule de l’agent de l’ordre.

- Ce n’est pas possible, Tom…

Carter réprima un sanglot.

- Allez chercher votre cristal, et ramenez-là ! Vous l’avez fait avec moi ! s’énerva le shérif.

- C’est trop tard. Je suis désolé, je n’en suis pas capable, je ne peux pas, insista Yannick.

Tom regarda le visage paisible de la femme blonde qui reposait sur ses genoux. Il écarta avec la plus grande tendresse une mèche de cheveux et leva un regard déterminé vers le maire.

- Alors je trouverai quelqu’un qui le peut.

 

***

 

Dan était perdu dans un brouillard sans fin. Alors que la douleur avait semblé disparaître, elle était revenue plus intense que jamais. On aurait dit qu’un poison circulait dans son corps et le brûlait de l’intérieur.

Quelqu’un l’avait porté, mais ouvrir les yeux était au-dessus de ses moyens. Le simple fait de respirer lui demandait une énergie incommensurable.

Finalement, il avait été allongé sur une surface plane, plus agréable que la terre où il avait failli perdre la vie.

Une voix retentit et parvint à percer l’esprit chaotique du garçon :

- Tu dois être fort maintenant.

Il chercha à se raccrocher à ce timbre, si similaire au sien. Mais bientôt la douleur se fit plus lancinante et il se sentir partir.

Dans son délire, des scènes étranges prirent vie. Comme des souvenirs qui auraient appartenu à quelqu’un d’autre. Etaient-ce de simples rêves ? Ou quelque chose de plus compliqué ? Il n’était pas en mesure d’y réfléchir, il pouvait seulement assister en témoin improbable…

 

***

 

Laura marchait dans les rues de New York. Une grande carte ouverte devant ses yeux et traversant les routes sans regarder, son excitation était telle qu’elle ne percevait même pas les klaxons alentours.

L’euphorie l’avait prise dès la sortie de Crystal Village. La simple idée de quitter son village pendant deux semaines l’avait réjouie au plus haut point.

C’était pour la féliciter de ses excellents résultats que ses parents lui avaient octroyé deux semaines, tous frais payés, dans « Big Apple ».

Elle avait juste le temps avant de devoir revenir pour la pleine lune. Et puis elle rentrerait à l’université la plus proche. Cette maudite malédiction de la pleine lune était un vrai handicap à toute sorte de vie sociale…

Mais pas maintenant… se dit-elle.

C’était son échappatoire. Elle avait dû renoncer aux études de ses rêves. Elle avait dû rompre avec son « high school sweetheart » parce qu’il n’était pas « digne de confiance » selon le reste de la meute.

Mais à New York, elle pouvait s’inventer une vie. A New York, elle n’était pas une lycante… Elle était une femme.

 

Elle se récitait ces magnifiques pensées lorsqu’elle rentra dans quelqu’un et s’écroula au sol. Les fesses contre le bitume, elle replia sa carte. C’est à cet instant qu’elle réalisa que ce qu’elle avait percuté était en fait un homme d’une trentaine d’années ou presque, passablement mignon !

- Excusez-moi, lança-t-elle en rougissant. Je ne regardais pas où j’allais. Je ne suis pas d’ici et je crois que je ne faisais pas très attention…

Le brun à la peau mate se releva et épousseta son costume bleu anthracite.

Quel charme ! pensa de nouveau Laura.

- J’avais remarqué, trancha-t-il, glacial.

Et le charme retombe… commenta-t-elle pour elle-même.

Finalement, il lui tendit la main pour l’aider à se remettre sur pied.

- Dîtes-moi, elles sont toutes comme vous, les paysannes de votre trou ? lança-t-il avec un petit sourire en coin.

Elle plissa les yeux avant de rétorquer avec un air suffisant :

- Je sais pas. Ils sont tous comme vous les crétins de citadins ? Et d’abord, qu’est-ce qui vous fait dire que je viens d’un trou ?

Cette fois-ci, le sourire de l’inconnu s’élargit franchement.

 

Il se rapprocha d’elle et croisa les bras.

- C’est flagrant ! Rien que l’accent.

Elle s’avança à son tour, plaqua ses poings contre ses hanches et releva le menton.

- Y-a un problème avec mon accent ? questionna-t-elle vexée.
- Absolument aucun, répondit-il du tac-au-tac. Vous n’auriez pas envie de me rentrer dedans, demain ? Disons même heure, même endroit ? Je connais un café très sympa où je pourrais me moquer d’avantage de vos origines paysannes.

Elle plissa les yeux un peu plus, cherchant à trouver le piège.

- Et pourquoi je ferais ça, Môssieur le costume trois pièces ?

- Je pourrais vous apprendre à lire une carte… Et peut-être à marcher sans renverser quelqu’un, mais je ne veux pas trop m’avancer…

Elle croisa les bras, mais un petit sourire la gagnait et elle avait de plus en plus de mal à conserver son sérieux.

- Vous avez réponse à tout, vous…

Il hocha la tête.

- Nous les citadins, on est comme ça !

Ils se jaugèrent pendant un instant sans parler. Finalement l’air amusée de la blonde prit le dessus.

- Demain, même heure ?

- Ici même, confirma-t-il.

Elle acquiesça, tentant de cacher son sourire grandissant. Puis elle se tourna et commença à marcher dans l’autre sens.

- Hé ! Attendez ! cria le brun. Vous ne m’avez même pas dit votre nom !

- Vous non plus ! lança-t-elle par-dessus la foule.

Il mit ses mains en porte-voix :

- Eric Flye !

- Moi je suis…

 

***

 

- Maman ! hurla Dan en se relevant du canapé.

En quelques secondes, son père était sur lui. Il força son fils à s’allonger et posa une main sur le front du garçon. Il brûlait. Le délire avait commencé.

- Ca va aller, essaie de te reposer…
Mais avant même que le vampire ait fini sa phrase, l’adolescent avait replongé dans un sommeil mouvementé.

Eric se rassit sur la chaise qu’il avait placée à quelques centimètres du visage du lycant.

 

La sonnette retentit presque dix secondes après qu’Eric a senti une présence humaine. Méfiant, il attendit derrière la porte d’entrée. La sonnette se fit entendre de nouveau.

Les battements de cœur du visiteur retentissaient aux oreilles sensibles du grand brun.

- Dan ! cria une voix féminine. C’est moi ! Ouvre, je t’en prie !

On tambourina à la porte. Finalement, Eric ouvrit à la volée.

- Oh, Dan, je…

Claire s’interrompit. Elle pencha la tête de côté, ne pouvant se résoudre à accepter la ressemblance entre l’homme qui se tenait devant lui et son Sherlock…

 

- Qui êtes-vous ? questionna-t-elle.

Le vampire leva un sourcil.

- Vous venez sonnez, et c’est moi qui dois me présenter ? demanda-t-il d’une voix posée.

L’étudiante plongea une main dans sa poche, peu rassurée. Le contact de son téléphone portable la ragaillardit.

- Claire. La meilleure amie, ajouta-t-elle. Et vous ?

- Je suis un cousin de Dan.

La fille aux cheveux méchés recula d’un pas. De ses doigts, elle composa le « 911 », elle n’avait plus qu’à presser le bouton vert et les secours seraient avertis.

- Dan n’a pas de cousin, murmura-t-elle.

L’homme réfléchit quelques instants.

- Je suis un ami de la famille, se reprit-il. Si vous cherchez Dan, ce n’est pas le bon moment. Il vient de vivre quelque chose de particulièrement difficile et…
La jeune femme posa une main sur sa bouche et ravala un sanglot.

- Non mon Dieu, hoqueta-t-elle. Alors c’est vrai ? Liam m’a appelée, mais je ne voulais pas y croire…

Elle ne put empêcher des larmes de couler.

 

- Dan ! cria-t-elle.

Elle avança et bouscula Eric pour rentrer.

Il lui attrapa les bras et lui bloqua l’entrée.

- Non, mademoiselle, vous ne pouvez pas…
- Non vous ne comprenez pas, si Laura est…

Elle éclata en sanglots.

- Il a besoin de moi, gémit-elle.

- Je m’occupe de lui, assura-t-il.

 

En une fraction de seconde, l’attitude de l’adolescente changea. Elle recula et se redressa.

Mais elle est schizophrène ou quoi ?pensa le vampire.

Claire brandit le téléphone avant d’avancer :

- Vous allez me laisser entrer ! Je veux voir Dan, j’exige de le voir !

Elle hurlait pratiquement.

- Je ne vous connais pas ! Et pourtant je connais tous les gens qui comptent pour lui ! Ou vous me laissez entrer, ou vous vous expliquez avec le shérif !

Bien sûr, Eric aurait pu se saisir du téléphone avant même que la jeune femme s’aperçoive de son geste. Mais il ne désirait pas attirer l’attention. Il devait absolument garder son retour à Crystal Village secret.

Et contre toute attente, cette adolescente semblait capable de braver tous les dangers, simplement pour voir son fils.

 

Il souffla. Qui eut cru que les humains le porteraient sur les nerfs aussi vite… En cinq minutes, cette fille avait usé la patience qu’il s’était construit en près de vingt ans.

Il leva finalement un doigt.

- Tu entres pendant une minute, le temps de vérifier que je ne suis pas un tueur psychopathe et que Dan va bien…

Elle acquiesça. Le deal lui convenait.

- Je te préviens, il dort et il a une mauvaise fièvre…

Elle jeta au vampire un regard suspicieux.

- Comment ça se fait que vous ressembliez autant à son père ? questionna-t-elle en passant le seuil de la porte.

- Qu’est-ce que tu sais sur Eric ? demanda l’intéressé, surpris.

Elle soupira bruyamment.

- C’est une manie chez vous de répondre à une question par une question ?

 

Il cacha un petit sourire. Finalement, il comprenait pourquoi Dan appréciait cette fille… Elle haussa les épaules.

- Je sais qu’il est mort et j’ai vu quelques photos de lui, expliqua-t-elle finalement.

Claire aperçut finalement son ami allongé sur le canapé et accourut. Elle tomba sur ses genoux et passa le revers de sa main sur le front du garçon.

- Il est brûlant ! Qu’est-ce qu’il s’est passé ? s’enquit-elle.

- Le contrecoup… répondit Eric sans trop s’avancer.
- Le pauvre, murmura-t-elle en caressant les cheveux du lycant.

 

Elle tourna la tête vers Flye senior pour lui poser une énième question, quand Dan ouvrit des yeux entièrement noirs.

Conscient de la situation, son père réagit au quart de tour : il bondit entre l’adolescente et le garçon alors que ce dernier avait basculé l’avant de son corps vers la jugulaire de l’étudiante.

Eric plaqua son fils contre le sofa. Dan feula comme un tigre, dévoilant ses canines pointues. Bientôt, les veines noires disparurent du visage du lycant et il retomba dans le sommeil.

Lorsqu’il se retourna enfin, monsieur Flye dut faire face à une Claire désarçonnée.

- Mais qu’est-ce que vous faîtes ? demanda-t-elle incrédule.

- Il a comme des crises… expliqua le vampire. Ecoute, je pense qu’il serait mieux de le laisser se reposer, maintenant. Je promets de lui dire que tu es passée quand il ira mieux.

 

Elle acquiesça mais hésita encore un instant.

- Et qu’il doit m’appeler… compléta-t-elle enfin.

Il secoua la tête pour exprimer son accord.

Elle marcha jusqu’à la porte, ne pouvant s’empêcher de mordre dans sa lèvre inférieure. Adoptait-elle la bonne conduite ?

Après tout, elle laissait son meilleur ami, son  « Sherlock » entre les mains d’un homme pour le moins étrange, alors qu’il venait de perdre son dernier parent et qu’il semblait atteint d’une maladie bizarre.

Claire se retourna finalement, une fois arrivée sur le seuil de la porte.

- Je ne sais pas si c’est une très bonne idée que je le laisse tout seul… argumenta-t-elle.

Eric bloqua la main de sa porte.

- Si, si… Vraiment. Il a besoin de calme…

Ca veut dire quoi, ça ? Je suis pas calme, moi ?Ne put-elle s’empêcher de penser.

Elle leva un doigt.

- Je n’ai même pas saisi votre nom…

Sa phrase resta en suspens quelques secondes. Eric afficha un sourire poli.

- C’est très bien comme ça, assura-t-il.

Et il claqua la porte au visage de la jeune femme.

Ca va bien cinq minutes les ados…se dit-il.

 

***

 

Depuis deux heures, Eric regardait impuissant son fils subir une mutation dont lui-même ignorait l’aboutissement. Normalement, les gènes des Initiés étaient dominants, aussi ils ne pouvaient coexister : pas de sorcière vampire, pas de loup-garou vampire… Et cela dans toutes les variations possibles.

Pourtant avec le sang de son paternel, Dan avait retrouvé la vie. Et comme il l’avait si bien démontré en manquant arracher la tête de sa meilleure amie, il était en train de se transformer… En quelque chose d’autre.

Il faisait de son mieux pour maîtriser son anxiété, mais le fait d’ignorer en quoi son fils allait se changer, ou même s’il allait survivre le rongeait de l’intérieur.

 

Les lumières étaient éteintes dans la maison : Eric n’avait pas besoin de cela pour voir, et ce n’était pas la peine d’attirer d’avantage l’attention.

Soudain, la porte s’ouvrit et quelqu’un entra.

En quelques secondes, le vampire traversa la pièce pour cueillir le nouveau venu et le plaquer contre le mur. Il le souleva du sol pour faire bonne mesure, avant de demander :

- Qu’est-ce que vous faîtes ici ?

L’inconnu tenta de donnait des coups sur la main de fer qui l’immobilisait, et l’étranglait…

- Je suis… chez moi ! parvint-il à articuler.

Monsieur Flye le relâcha immédiatement et appuya sur l’interrupteur le plus proche.

 

Un homme brun se massait le cou, son chapeau de shérif avait roulé jusqu’aux pieds du vampire.

Génial, se dit le père de Dan, il ne manquait plus que ça…

Lorsqu’il eut recouvré ses esprits, Tom saisit son arme de service et tira sans sommation sur son agresseur. La première balle prit Eric de court et se ficha dans son épaule, mais il évita les deux suivantes qui se perdirent dans le plafond.

Finalement, le vampire utilisa sa vitesse surhumaine pour attraper le pistolet du shérif et s’en débarrasser.
L’homme au sol lui offrit un regard haineux.

- C’est vous qui l’avez tuée… souffla-t-il.

Eric parut surpris. Puis il laissa son regard vagabonder sur les portraits affichés aux murs. Cet homme était en photo sur la plupart d’entre eux, avec Laura et Dan.

- Non, répondit finalement le vampire. Je ne l’ai pas tuée. Je n’aurais jamais pu faire une telle chose.

 

Mais Tom n’en démordait pas.

- Vous pensez que je ne sais pas ce que vous êtes ? Qu’est-ce que vous avez fait de Dan ? Comment avez-vous pu rentrer ici ?

Eric soupira, puis il tira une chaise de la cuisine et s’assit, faisant face à celui qui l’avait remplacé.

- Dan est sur le canapé en train de se reposer, je pense que vous serez d’accord pour dire qu’il mérite un peu de répit… Quant à ma présence ici, j’ai pu rentrer sans être invité, car c’est également ma maison.

Le shérif fronça les sourcils.

- Quoi ?

- Que vous a dit Laura exactement ?

Tom fit rouler ses yeux pour cacher l’émotion qui le prenait à la pensée de la femme.
- Je sais que vous êtes un vampire, si c’est ce que vous voulez dire. Et je sais ce qu’elle est…

Il ne put finir sa phrase, et ne se permit pas de la reformuler au passé.

 

Le vampire hocha la tête.

- Mon nom est Eric Flye.

La bouche de Tom s’ouvrit, bien malgré lui.

- Les gens ne doivent pas savoir que je suis toujours en vie. Mais vous méritez la vérité. Si Laura vous a accordé sa confiance, alors cela vaut aussi pour moi.

- Eric Flye est mort.

Ca va être long, pensa le vampire dans un soupir.

- C’est ce que nous avons dû faire croire aux gens pour protéger Dan.

- Qui a fait ça ?

Flye recula sur son siège.

- Qui a fait quoi ?

- Qui a fait ça à Laura ? A la meute ?

Les propos de Tom étaient à peine cohérents, il passait d’un sujet à l’autre sans préambule, manifestement encore sous le choc.

- Je ne sais pas, admit Eric.

- Alors pourquoi êtes vous là ? Comme par hasard, vous ressurgissez le même soir que le massacre ? Je n’y crois pas une seconde !

Le shérif venait de se relever, poussé par un élan de colère. Eric Flye se leva à son tour, il fit un pas en avant.

- Je n’ai rien à vous prouver et je ne vous dois rien.

- Vous lui devez à elle ! cracha Tom au visage de son interlocuteur.

Il n’eut même pas le temps de réagir, le coup de poing le saisit dans la joue droite et l’envoya s’écraser une nouvelle fois sur le sol de la cuisine.

- Maintenant sortez d’ici, intima Eric.

- Je suis chez moi, contra avec hargne le shérif en frottant sa mâchoire.

- Plus maintenant, annonça le vampire. Vous étiez peut-être le petit-ami de Laura. Mais Dan est mon fils, dit-il en désignant le garçon. Il n’y a plus rien qui vous retienne ici.

Le regard de Tom passa de son adversaire au canapé où reposait l’adolescent. Peut-être ne partageaient-ils pas le même sang, mais Dan était comme un fils pour lui. Mais que pouvait-il contre le vampire ? S’il était réellement le père du garçon, Tom n’avait aucun droit de s’interposer.

- Très bien, admit-il finalement. Si vous ne voulez pas trouver celui qui a fait ça, je m’en chargerai.

Il se releva avant de continuer, levant un doigt menaçant devant le visage de l’Initié :

- Mais si vous ne prenez pas soin de Dan, je reviendrais. Et ce jour là je ne serai pas armé d’un revolver, mais d’un pieu.

 

Lorsque le shérif fut parti, Eric retira la balle logée dans son épaule. Puis il se saisit d’une photo où ils étaient tous les trois : Laura, Dan et Tom. Comment cet idiot osait-il lui parler ainsi ?

Le vampire avait tout sacrifié pour le bien de sa famille. Il avait renoncé à passer sa vie auprès de sa femme, et accepté de ne jamais connaître son propre fils.

Cet homme n’avait aucune leçon à lui faire.

Quant à la recherche du coupable, Eric s’y attelait déjà.

Le vampire sortit de sa poche ce qui ressemblait à une montre à gousset. Il allait ouvrir la boussole, mais Dan fit un mouvement dans son sommeil agité.

Non, pas ce soir.

Le responsable de ce carnage paierait.

Tout comme Tom, Eric Flye avait perdu la femme de sa vie ce soir-là.

Mais il lui restait son fils. Et c’était tout ce qui comptait désormais.

 

***

 

Bien plus tard cette nuit-là, une troisième personne se présenta à la porte de la maison des Flye.

Comme si la soirée n’avait pas été suffisamment riche en émotions. Mais contrairement à Claire qui s’était ouvertement invitée, puis à Tom qui avait littéralement fait comme chez lui – puisque tel était le cas – ce dernier eut la décence de frapper.

Les sourcils du maire se levèrent de surprise lorsqu’il reconnut le vampire.

- Bonsoir Eric.

- Je pensais avoir plus de temps avant de te voir Yannick, répondit Flye.

Il s’écarta et laissa entrer le sorcier.

 

Walker marcha calmement vers le canapé, comme s’il avait deviné la présence de Dan et il passa le plat de sa main contre le front de l’étudiant.

- Ainsi tu lui as fait boire ton sang…
- Je n’avais pas le choix, répliqua Eric, acide. C’était ça ou la mort ! Et j’ai déjà perdu suffisamment.

Le maire baissa la tête, contrit.

- Je te présente mes condoléances.

Le vampire serra la mâchoire.

 

- Comment as-tu su que j’étais ici ? questionna finalement Eric.
- Je l’ignorais, admit Yannick. J’étais venu voir Dan… Il n’était pas dans la crypte lorsque… Etrangement, ton fils a du retard quand à son patrimoine génétique lycant…

- Plus maintenant, informa le vampire. Lorsque je l’ai retrouvé ce soir, il était transformé. Il se battait avec quatre vampires… Le dernier lui a tiré une balle en argent dans le thorax…

- D’où ton action.

- Mais pour qui te prends-tu ? s’emporta Flye. Oui « d’où mon action » ! Tu étais sensé protéger mon fils !

- Tu ne devais jamais revenir à Crystal Village, contra le maire.

- Tu était sensé protéger mon fils ! hurla de nouveau Eric. Et ma femme ! Et toute la meute ! C’est la seule raison pour laquelle j’ai accepté de quitter ce village ! Pour les préserver ! Et aujourd’hui Laura est morte ! Et Dan va devenir…

 

Yannick déglutit. Il se rapprocha du vampire. Il voulait poser sa main sur l’épaule d’Eric. Il le désirait vraiment, afin d’atténuer ne serait-ce qu’un peu la peine qu’il pouvait ressentir. Mais il ne pouvait s’y résoudre, pas après ce qu’il s’était produit entre eux par le passé.
- Rien ne nous dit que Dan deviendra « le bâtard » de la prophétie…

Flye releva la tête, les yeux pleins d’espoir vers le sorcier.

- Je prie pour que tu dises vrai, Yannick. Mais c’est pour ça que tout a commencé, pour faire revenir le Prince. Et il semblerait que quelqu’un ait repris le flambeau. Dan est désormais le seul loup-garou de Crystal Village. Et par ma faute, ce soir, il est peut-être devenu le chaînon manquant…

 

Le maire se racla la gorge.

- Quoi qu’il en soit, ta place n’est pas ici. Tu devrais partir. Je prendrais soin de…

- Est-ce que tu te fous de ma gueule ? coupa le vampire. Tu étais sensé les protéger. Tu as échoué, Yannick. J’assume ma part de responsabilité dans cette affaire, mais je ne délèguerai plus à quiconque le sort de mon fils.

- Eric, reprit Walker d’une voix calme, rien de bon ne peut découler de ta présence ici. Si le clan découvre ce que tu es, tu mettras Dan en danger.

Flye marcha vers la porte et l’ouvrit pour indiquer à son visiteur qu’il était temps de partir.

- Dan n’est plus ton problème, Yannick. La meute n’est plus ton problème, et je ne suis plus ton problème.

Le maire resta immobile un instant. Pendant quelques secondes, il hésita. Si les deux titans s’affrontaient, rien ne pouvait prédire ce qui pourrait se produire. Finalement, il gagna la sortie.

- Tu seras toujours « mon problème », Eric. Tu l’es depuis le jour où tu as tué mon frère, et où je t’ai laissé faire.

La porte se referma d’elle-même derrière ses pas.

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Red Moon (1/4) Origines - Jake Vecchiet

27 Janvier 2013 , Rédigé par Jake Vecchiet

red moon - tome i origines couverture

Résumé :

Dan est un adolescent tout ce qu’il y a de plus normal : partagé entre sa meilleure amie Claire, ses études et le sport… Mais lors de son entrée au lycée, le jeune homme va réaliser que dans l’ombre, les Initiés semblent se disputer Crystal Village. Ce sentiment d’exclusion ne fera qu’augmenter, jusqu’à ce que le garçon réalise l’implication de sa mère, ainsi que d’Anna, une jeune lycéenne qui fait battre son cœur. Avec l’aide de Liam, un nouveau venu au lycée, et d’Anna, Dan fera tout pour découvrir la vérité, au risque de s’immiscer dans une nouvelle réalité effrayante…

 

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Chapitre

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Extrait :

01

 

Je courais toujours plus vite, poussé par la colère. J’avais l’impression que la chaleur à l’intérieur de mon corps allait me brûler. J’accueillais avec bénédiction chacune des branches qui frappaient mes bras.

Je ne sentais plus du tout la fraicheur de la nuit. La rosée qui s’installait dans la forêt ne suffisait pas à faire descendre cette fièvre qui m’habitait.

La lune, pleine au-dessus de ma tête, rendait les environs moins sombres, mais il me semblait que, progressivement, je pouvais discerner chaque élément autour de moi… Comme en plein jour.

Et je sentis mon corps se gonfler de force. Etait-ce l’adrénaline qui me donnait une telle énergie ? J’étais pratiquement certain de dépasser tous les records de vitesse existants…

La hargne qui brûlait mon corps semblait se propager dans mes veines, tel un poison. Je grandissais. Mon corps s’étoffait. Etais-je en train de me transformer en monstre ? Cela n’avait pas d’importance, au contraire, cela me donnerait le pouvoir de me venger. Et c’était tout ce que je demandais…

Lorsque je baissai les yeux, j’aperçus trois corps à mes pieds. J’avais fait ça. J’en étais responsable, pourtant je ne sentais toujours pas la rage quitter mon ventre. J’avais toujours l’impression que cette fièvre allait prendre le dessus sur ma raison, qu’elle allait me rendre fou.

PAN.

Une seule détonation. Je me retournai pour distinguer un barillet fumant. Je ne l’avais pas entendu arriver celui là…

Soudain, la douleur se fit ressentir dans ma poitrine. Je passai ma main sur mon torse. Du sang. Ma vision se brouilla et je tombai au sol. Allongé sur le dos, j’entendis mon cœur résonner dans mes entrailles.

Le froid. Je le sentis investir mes extrémités, et un frisson me parcourut l’échine. Un individu se pencha sur moi. Ses lèvres remuèrent.

Et je sentis le tout dernier battement de mon cœur emporter ma vie.

 

***

 

Vendredi 18 Août 2006

 

Anna se réveilla en hurlant. Elle tenta de ralentir sa respiration haletante, mais son esprit était resté dans cette forêt ténébreuse.

Progressivement, elle se calma.

La porte de sa chambre s’ouvrit, une femme en peignoir pénétra dans la pièce.
- Ca va, mon ange ? s’inquiéta la mère.

L’adolescente déglutit avant de hocher la tête. Elle passa une main pour éloigner une mèche de cheveux de sa joue.

Elle devait avoir une mine affreuse. Elle avait transpiré comme si elle venait de courir un marathon, ses cheveux blonds étaient collés à sa nuque et à son visage.

Elle prit une profonde inspiration.

- Désolée maman, articula-elle finalement. Ca paraissait tellement… Réel.

Monique jeta un coup d’œil au réveil : 3h30. Elle s’assit sur le lit de sa fille et lui attrapa gentiment le bras.

- Qu’as-tu vu ? demanda-t-elle.

Anna enfouit son visage entre ses paumes.

- Peu importe, ce n’était qu’un cauchemar… Excuse-moi de t’avoir réveillée.

La mère plongea ses yeux verts perçants dans ceux de sa fille.

- Qu’as-tu vu ? insista-t-elle.

 

La blonde haussa les épaules.

- J’étais dans une forêt, et… Je crois que je me suis faîte tirer dessus. Je ne sais pas, c’était flou…

Monique Bales prit une mine renfrognée, accentuant les rides aux coins de ses yeux. Après un moment de réflexion, elle caressa doucement l’avant-bras de sa fille.

- Prends une douche mon ange, puis habille-toi… Il faut que je te montre quelque chose…

Anna fronça les sourcils.

- Fais-moi confiance, assura sa mère.

Elle quitta la chambre de sa fille et se reposa une seconde contre la porte une fois qu’elle l’eut fermée.

Je ne pensais pas que cela se passerait aussi tôt…

Son regard balaya le couloir. Sur une table, à sa droite, tous les bibelots lévitaient à quelques centimètres du meuble.

Non, ce n’était pas « qu’un cauchemar »…

Monique posa une main sur la table, les objets descendirent progressivement jusqu’à regagner leur place originelle.

 

***

 

- Maman, où est-ce qu’on va ? questionna Anna.

L’adolescente avait pris sa douche, mais à peine avait-elle peigné ses cheveux, que sa mère lui avait demandé de monter dans la voiture.

- Maman ? répéta-t-elle en la regardant de côté.

Monique semblait ailleurs. Parfois, elle replaçait une mèche imaginaire de cheveux auburn derrière son oreille. Elle était anxieuse, Anna savait reconnaître les signes chez sa propre mère.

Elle s’était conduite de la sorte quelques années plus tôt, alors qu’elles avaient été cambriolées. En réalisant que quelqu’un avait pénétré chez elles, Monique avait pris sa fille par la main et elles avaient roulé sans un mot jusqu’à la maison de l’oncle d’Anna.

 

Finalement, la mère tira le frein à main.

- Maman, qu’est-ce que l’on fait ici ? Il n’y a que les vieilles mines ! Il est quatre heures du matin, pourquoi est-ce qu’on est là ?

Monique se détacha.

- Sors, s’il te plait.

Anna lui attrapa le poignet.

- Pas avant que tu ne me dises ce qu’il se passe !

Elle avait légèrement monté le ton. Ce n’était vraiment pas d’elle de se rebeller contre sa mère. C’était son seul vrai parent et elle avait le plus grand respect pour elle, mais son attitude devenait presque effrayante.

Monique retrouva sa moue habituelle, révélant un visage fermé, orné d’une bouche pincée.

Lorsqu’elle parla, sa voix était posée et se voulait chaleureuse.
- Je vais tout expliquer, assura-t-elle. Tu me fais confiance, mon ange ?

Anna hésita.

- Oui, répondit-elle finalement.

Monique lui sourit.

 

La mère ouvrit le coffre et en sortit un sac beige en toile qu’elle porta en bandoulière. Ce n’était pas du tout son genre d’accessoire habituel…

Anna serra son manteau contre elle, autant pour se réchauffer que pour se rassurer.

- Il y a des gens qui mènent durant toute leur existence une vie monotone, et il y a les autres. Il y a ceux pour qui les choses sont en noir et blanc, et une minorité qui voit toutes les nuances de gris, récita Mme Bales.
L’adolescente suivit sa mère alors qu’elle se rapprochait de l’entrée barricadée de la mine.

Et maintenant ?pensa Anna devant les planches de bois clouées.

- Toi, et moi, continua Monique en se tournant vers sa fille, nous faisons partie de la deuxième catégorie. Nous vivons avec les autres sans vraiment prendre part à ce manège… Car nous pouvons voir plus loin.

 

Monique tendit sa main droite. Son annulaire était orné d’une bague en argent. Le bijou révélait une grosse topaze bleue.

Les planches de bois se mirent à vibrer. Anna fit immédiatement un pas en arrière.

Sa mère baissa son bras.

- Ce n’est rien mon ange, c’est moi qui fais ça…

L’adolescence la regarda en fronçant les sourcils. Elle se demandait si elle avait vraiment émergé de son cauchemar.

- Je veux que tu le sentes, fit Monique en attrapant la main de sa fille.

Une douce chaleur grimpa le long du bras de la blonde. Cette forme d’électricité intangible se répartit dans tout son corps. Ce n’était pas désagréable, bien au contraire… La sensation gagna sa nuque. Elle se sentait vraiment bien, comme apaisée.

Son corps se relaxa.

 

De sa main libre, Mme Bales leva deux doigts qui intimèrent aux planches de bois de s’écarter du chemin. En quelques instants, l’entrée de la mine désaffectée fut libre.

Anna lâcha doucement sa mère.

- Que… Que s’est-il passé ?

Sa curiosité n’avait pas disparu, mais on aurait dit que toute forme de peur ou de crainte avait été bannie de son cerveau.

- Nous sommes des sorcières, expliqua la femme en souriant.

 

***

 

- Quoi ? répéta Anna.

- Tu m’as bien entendue…

L’adolescente se pinça pour vérifier qu’elle était bien éveillée.

Non, pas de doute… Ce n’est pas un rêve.

Est-ce que sa mère était devenue folle ? Au XXIème siècle, comment pouvait-elle imaginer que les sorcières existaient ?

- Maman, j’aimerais vraiment rentrer à la maison…

Monique l’attrapa par le bras.

- Tu as vu par toi-même. Tu dois me croire, je peux te montrer plus !

Le regard d’Anna se ficha dans celui de la femme. Elle semblait psalmodier des propos inintelligibles.

Elle allait lui demander ce qu’elle faisait, lorsque quelque chose entra dans son champ de vision.

L’adolescente recula. Tout autour d’elle, des feuilles d’arbres dansaient dans les airs.

- Oh mon Dieu, murmura-t-elle.

Les feuilles se mirent à tournoyer autour des deux femmes avant de retomber mollement sur le sol.

- C’est… C’est fou… balbutia Anna.

Elle se retourna vers sa mère.

- Je veux rentrer, assura-t-elle.

La jeune blonde tourna les talons et prit place dans la voiture. Quelques minutes plus tard, Monique la rejoignit dans le véhicule.

- C’est une chance, dit-elle simplement, un cadeau…

Je ne veux pas de chance, je ne veux pas de cadeau…pensa l’adolescente.

Mais elle se garda d’exprimer son opinion.

La femme posa sa main sur celle de sa fille.

- Peux-tu honnêtement me dire qu’il ne t’est jamais rien arrivé d’un tant soit peu inexplicable ? Quelque chose qui échapperait à la logique, telle que la conçoivent les non Initiés ?

 

L’adolescente baissa les yeux.

Sur des coups de colère, elle avait entendu des portes claquer sans qu’une once de vent ne soit détectable… Mais cela n’était pas une preuve !

Parfois, elle avait imaginé des chuchotements à ses oreilles… Comme si elle avait pu percevoir les pensées des gens autour d’elle. Mais c’était impossible, l’esprit avait simplement tendance à imaginer des choses.

Bien sûr, certains de ses pressentiments s’étaient révélés exacts, comme un test de biologie, ou un incident chez une des ses amies…

D’une petite voix, Anna demanda :

- Montre-moi.

 

***

 

Jeudi 7 Septembre 2006

 

Le téléphone sonna dans l’appartement.

Tom grogna. Pourquoi fallait-il tout le temps qu’on l’appelle dans la nuit ?

- Shérif Carter, répondit-il en soulevant le combiné.

- Yannick Walker à l’appareil.

L’homme se redressa immédiatement dans son lit. Il se racla la gorge et prit une attitude professionnelle.

- Oui monsieur le maire, que puis-je pour vous ?

- J’ai bien peur qu’ils soient de retour… Il y a eu un meurtre…

Quelques secondes plus tard, le shérif raccrochait.

Il passa sa main dans sa barbe avant de sauter de son lit. Il devait se presser : on ne faisait pas attendre le maire.

Mais comment avait-il été mis au courant avant lui ?

Pourquoi faut-il que ça arrive toujours la nuit ?

Mais bien sûr, il connaissait la réponse à cette question.

 

Une demi-heure plus tard, Tom était sur place. Le corps avait été retrouvé à la lisière de la forêt.

Avant de sortir de la voiture, Tom Carter plaqua ses cheveux noir bourrés d’épis sur le côté et mit son chapeau par-dessus.

Un de ses officiers l’accueillit immédiatement.

Merde, mais tout le monde est au courant avant moi, ou quoi ?

- Shérif, c’est une jeune femme. On ne l’a pas encore identifiée. Mais à priori, cela fait quelques jours déjà que son corps est ici. Le coroner a été prévenu, il est en route.

- Qui a trouvé le corps ?

L’officier désigna une femme âgée de la quarantaine aux cheveux auburn coupés courts. Ses bras étaient croisés et elle semblait en pleine conversation avec le maire.

- Monique Bales, décrypta le shérif.

Et évidemment, elle s’est empressée d’appeler Walker…

- Merci Mike, préviens-moi quand le coroner arrive.

L’officier hocha la tête.

 

Carter avança à l’encontre du grand brun qui parlait à Mme Bales.

- Monsieur le maire, interrompit-il.

- Tom, enfin…  

Le shérif déglutit en baissant la tête. L’homme en face de lui avait un talent pour rappeler aux gens qu’il était au-dessus d’eux.

Carter releva son regard. Il devait faire attention à ne pas fixer la cicatrice qui ornait le front du maire.

- Il va falloir recommencer les rondes dans la ville, ordonna Walker. S’ils sont de retour…

- Du calme, coupa le shérif. Nous ne savons pas si la personne qui a fait ça est toujours à Crystal Village. Nous ne savons même pas si c’est vraiment un…

- Oh si, trancha à son tour Monique. C’en est un !

 

Tom prit une profonde inspiration en fixant le regard déterminé de son interlocutrice. Depuis qu’il connaissait la vérité sur « les Initiés », il ne voyait plus personne de la même façon.

Et ces deux là sont définitivement les plus flippants…se dit-il.

Il les laissa pour se rapprocher du cadavre. Effectivement, les blessures ne laissaient que peu de place au doute…

La femme d’une pâleur à faire peur semblait être vidée de son sang. La plaie au cou avait coagulé, mais Walker devinait que le coroner trouverait deux traces distinctes de canines.

Officiellement, il serait conclu à l’attaque d’un animal sauvage… Il devait rester quelques loups dans ces forêts…

 

Un peu plus loin, Monique passa sa main sur le bras du maire. Elle arrivait d’ailleurs à peu près à hauteur d’épaule de l’homme au visage carré et aux cheveux poivre et sel coiffés en brosse.

- Je dois rentrer Yannick, demain Anna… Enfin, tu sais.

- Embrasse-la pour moi, marmonna le maire.

Il avait manifestement l’esprit ailleurs. S’ils étaient de retour… Si ce n’était pas un cas isolé… Il se pouvait bien que la paix acquise à Crystal Village depuis quinze ans prenne fin.

Il fit quelques pas pour rejoindre le shérif.

- C’était une des vôtres ? Une Initiée ? demanda Tom en désignant le cadavre.

- Je ne sais pas si c’était une Initiée, admit Walker. Ce n’était pas une sorcière en tous cas…

Carter ne voulut même pas savoir comment le maire pouvait être certain de cette information…

- Il semblerait que vous ayez raison, annonça-t-il finalement en s’agenouillant devant la victime. Les vampires sont de retour…

 

02

 

Vendredi 8 Septembre 2006

 

Le soleil venait de se lever. Laura Flye entra dans sa maison. Elle déposa son sac de sport sur le plan de travail et s’approcha du calendrier. La date de la veille était cerclée de rouge.

Un mois de plus…songea-t-elle en barrant le 7.

Elle se glissa sans bruit dans le couloir. Arrivée devant le miroir, elle mit de l’ordre dans ses cheveux, où elle retrouva des brindilles accrochées. Ses cheveux longs et blonds étaient vraiment sales. Et elle avait toujours de la terre incrustée sous ses ongles.

Il faut vraiment que je prenne une douche…

Elle bailla. La propreté passerait après le sommeil. La vie était une question de priorités.

 

Elle soupira devant le miroir. Les années passaient vraiment à une allure de cinglés. Si on lui avait dit qu’elle vivrait comme ça…

Enfin, si les mêmes choix se présentaient de nouveau devant elle, Laura referait sûrement les mêmes… Ce n’était pas comme si elle avait des remords. Simplement une impression d’avoir été prise de court…

Elle marcha à pas de loup jusqu’à la chambre de son fils. Elle entrouvrit doucement la porte.

Dan était endormi. Il avait le sommeil très agité. Il gesticulait dans son lit comme si les draps avaient pris feu. Ses cheveux châtains paraissaient plus clairs avec la luminosité naissante.

Elle sourit inconsciemment. Non, elle ne changerait aucun de ses choix…

 

L’adolescent devait être en plein cauchemar. Mais il était toujours là, dans son lit… et c’était ça le plus étonnant à son âge…

Disons qu’il n’est vraiment pas précoce…

 

***

 

Le réveil sonna. Dan se réveilla dans un sursaut. Lorsqu’il ouvrit les yeux, ses iris avaient une couleur dorée. Mais il ne fut pas témoin de ce phénomène, car le temps qu’il gagne la salle de bain et se retrouve devant le miroir, ses yeux avaient recouvré leur noir habituel…
Il prit sa douche et se coiffa comme à son habitude. Il prit une noisette de gel entre ses doigts et dressa sa mèche en un rien de temps.

Une fois habillé, il gagna la cuisine.

Un coup d’œil sur le calendrier lui confirma que sa mère n’avait pas passé la nuit à la maison.

Comme chaque mois, elle avait sa soirée entre copines, seul souvenir d’une quelconque forme de sortie. Ce n’était pas facile pour quelqu’un comme Laura… Surtout qu’elle était propriétaire d’un bar en ville.

 

Mais cela tombait bien. Aujourd’hui, Dan n’aurait pas à nettoyer la vaisselle laissée par sa mère. Ou à ranger les caisses qui pouvaient traîner dans le salon. Il se saisit simplement du sac de sport que Laura avait posé sur le plan de travail et le rangea à sa place, après avoir mis le linge sale dans la machine à laver.

La femme avait dû rentrer quelques heures plus tôt et s’être couchée. Après tout, sa mère était toujours morte de fatigue lorsqu’elle rentrait de ses petites soirées…

L’adolescent prit son petit-déjeuner tranquillement. Après un coup d’œil à l’horloge, il laissa une note concise à sa mère, prit ses affaires et quitta la maison.

 

Une demi-heure plus tard, Dan retrouva sa meilleure amie Claire Sireg. Ils se tenaient droits, fixant avec courage la source de leur crainte.

- Je n’aurais jamais cru que ça arriverait… murmura-t-elle en rehaussant ses fines lunettes à branches métalliques.

L’adolescent hocha la tête.

- On se dit que ça peut arriver, continua-t-elle. Tu sais… Que ça va arriver un jour…

- Pourtant, c’est là… Et on ne peut rien y faire, constata-t-il.

- Tu es sûr ? s’enquit-elle en plongeant ses yeux noisette dans ceux de son ami. On ne peut pas simplement tourner les talons et ne jamais nous retourner ?

Dan soupira.

- J’ai peur que non.

Il passa une main par-dessus les épaules de son amie. Ce qui n’était pas difficile puisque la fille ne mesurait qu’un mètre soixante bien tassé…

Ils traversèrent le portail.

- Tôt ou tard, il faut affronter le lycée, conclut Dan.

Ils partagèrent un sourire complice et pouffèrent de rire.

 

***

 

- Evidemment, nos casiers ne se trouvent pas du tout au même endroit… remarqua Claire.

Le lycéen acquiesça.

- Tu sais bien que le monde essaie de nous séparer, plaisanta-t-il.

- Je sais ! cria-t-elle. Ils sont tous dans le coup, ces vendus de la scolarité…

Dan sourit. Elle avait vraiment le don pour le dérider.

Ils marchèrent ensemble dans le couloir, profitant du brouhaha ambiant pour parler à leur guise.

- Heu, c’est normal que je ne connaisse pas la moitié des visages ici ? interrogea le garçon.

Claire passa une main dans ses cheveux châtains méchés.

- Ils doivent venir du collège privé… Je me demande bien pourquoi Crystal Village a besoin de deux collèges… Tu peux m’expliquer ça ? On est pourtant le bout du monde, non ? Y a tellement de forêts ici qu’on se croirait des elfes, pas une ville à des kilomètres…

L’adolescent acquiesça.

- Tes parents n’avaient pas fait une demande pour que tu intègres le collège privé ?

- Si… admit Claire. Ils ont dû surestimer la fortune familiale…

- Ah, si j’étais riche… rêva Dan.

Il avait toujours été difficile pour sa famille de joindre les deux bouts. Un peu plus d’argent n’aurait pas fait de mal…

- Tu… Tu as pu avoir ta bourse ? demanda l’adolescente, un peu mal à l’aise.

Son ami acquiesça.

- Oui, mais je vais essayer de rentrer dans l’équipe de football. Ils offrent d’avantage si on s’investit dans ce magnifique établissement…

 

- Je crois que c’est ma salle de cours, annonça Claire. Est-ce que…

Mais Dan n’entendit pas la fin de la phrase : une camarade le bouscula et il fit tomber ses livres de cours.

Il s’accroupit pour les ramasser. En relevant la tête, il aperçut une fille qui prenait des affaires dans son casier. Elle ne semblait pas très grande, quoi que plus que Claire. Ses cheveux blonds lui arrivaient au niveau de la nuque où ils étaient retroussés vers l’extérieur grâce à un peu de laque.

Elle allait se retourner, lorsque Claire secoua l’épaule de son ami.

- Hé, tu m’écoutes ?

Le lycéen s’éclaircit la gorge.

- Oui, bien sûr.

 

- Alors, tu as cours où ?

Bonne question… pensa-t-il.

Il tira son emploi du temps d’un livre et tenta de le décrypter.

- J’y comprends rien… marmonna-t-il.

- Mauvaise étage, Sherlock ! lança Claire. C’est au 5ème !

La sonnerie retentit.

- Heureusement que j’ai Watson… Bon, je te laisse… Je n’aimerais pas faire mauvaise impression.

L’adolescente sourit avec affection en voyant son meilleur ami slalomer entre les élèves. Puis elle se retourna et aperçut la blonde qui avait volé l’attention de Dan.

Son sourire disparut.

Nouvel établissement, nouvelles filles. Elle espérait ne pas y trouver de rivales…

 

Dan arriva devant l’ascenseur alors que les portes se refermaient.

- Attendez ! cria-t-il.

Mais personne ne prit cette peine. Lorsqu’il apparut devant les portes, elles étaient quasiment closes. Il distingua trois élèves, plus vieux que lui, portant des blousons de football. Celui du milieu avait des cheveux blonds coiffés en une queue de cheval. Il haussa les épaules avec un petit sourire.

- Dommage, glissèrent-ils avant de disparaître.

Très aimable…pensa Dan. Ca donne envie de rejoindre l’équipe…

L’adolescent fut condamné à prendre les escaliers en petite foulée. Lorsqu’il atteignit le 5ème étage, il tenta de retrouver son souffle.

Il gagna sa salle de classe. La porte était déjà fermée. Il frappa avant d’entrer.

- Dan Flye, je présume ? demanda le professeur.

L’adolescent acquiesça.

- C’est bon pour cette fois, mais la prochaine fois vous aurez une retenue… Je ne tolère pas le manque de ponctualité !

- Désolé, marmonna l’élève avant de se trouver une place.

Il croisa le regard de certains élèves qui pouffèrent de rire.

Bien la rentrée… Bien.

 

***

 

Le conseil prit place à l’intérieur de la salle de réunion de la mairie. Yannick Walker présidait, au bout de la longue table en bois.

- Il semblerait que nous ayons un problème, annonça-t-il.

Chacun des visages se tourna vers lui.

- Nous avons eu confirmation qu’un groupe de vampires séjourne à Crystal Village. Le shérif va mobiliser ses officiers pour organiser des rondes de nuit. Nous devons tous nous tenir sur nos gardes. Nous pensons que la fête qui suivra le salon des métiers les attirera. Ils chercheront probablement à faire des victimes lorsque le soleil sera couché.

Le maire se leva et s’appuya de ses deux mains sur la table, se penchant en avant pour plus d’emphase.

- Je refuse qu’un seul élève soit pris pour cible.

 

Un conseiller se racla la gorge avant de demander :

- Quelle est notre politique vis-à-vis du troisième camp ? Sont-ils même au courant ?

Walker échangea un regard avec Monique Bales, assise à sa droite.

- Il semblerait que non… Cette décision doit être prise par le conseil. Les impliquons-nous ou pas ? Nous savons que la collaboration peut engendrer des problèmes, notre système nous garantit un équilibre précaire depuis quinze ans, je n’admettrai pas qu’un groupe de vampires vienne semer le trouble dans notre ville.

La plupart des conseillers hochèrent la tête.

- Bien, passons au vote. Ceux qui sont pour inclure la meute ?

Des mains se levèrent, rares et hésitantes. Le maire compta.

- Contre ?

La majorité trancha.

- Que le gardien du secret soit avisé de cette décision, annonça-t-il au conseil.

Chacun scruta son voisin. A ce jour, personne à l’exception du maire et de la meute ne connaissait l’identité du gardien. Il était le lien. Celui qui préservait l’équilibre.

 

Walker demanda au conseil de prendre connaissance auprès du shérif Carter de la disposition des gardes pour le salon des métiers.

Le maire resta seul un moment, lorsque ses collègues eurent quitté la pièce. Il marcha pensif, les mains croisées dans le dos.

Il s’arrêta au bout de la salle, devant le rideau bordeaux qui cachait le pan de mur.

Inconsciemment, il se mit à caresser la cicatrice sur son front. Pourquoi avait-il un tel pressentiment ?

Il n’avait pas réussi à trouver le sommeil depuis des jours. Non pas qu’il ait eu le même don de prémonition que son frère et sa mère.

Non, cet héritage n’avait pas été le sien…

Il effleura le rideau de ses doigts.

Pourvu que l’on n’en ait pas besoin…

 

***

 

Samedi 9 Septembre 2006

 

- Alors, tu as vu quelque chose qui t’intéresse ? questionna Claire.

Dan haussa les épaules. Voilà plus de deux heures que les amis parcouraient les étalages dans l’enceinte du lycée.

La cour de récréation avait été emménagée pour l’occasion du salon des métiers. Pour la plupart, c’étaient les parents des élèves qui se chargeaient de vanter les mérites de leur profession. Mais l’administration avait tout de même réussi à dégoter des professionnels de tout le pays.

 

Il y avait également des représentants des grandes écoles supérieures.

L’adolescent n’avait même pas cherché à s’entretenir avec eux. Ils étaient principalement là pour les seniors, ceux qui quitteraient le lycée l’année suivante. Et de toute façon, les admissions étaient bien trop chères pour ses moyens.

- Et toi ? demanda finalement Dan.
Claire désigna l’ensemble des prospectus qu’elle avait récolté.

- Ca ne peut pas faire de mal de se renseigner… argumenta-t-elle.

Son ami acquiesça.

- Ta mère n’est pas venue ? enchaîna la fille.

Dan sourit.

- Pour présenter son bar ? Je ne suis pas certain que la vente d’alcool soit très bien vue par le système éducatif…

- C’est un métier comme un autre, plaida la lycéenne.

L’adolescent hocha la tête. Il savait que sa meilleure amie avait le plus grand respect pour Laura. Mais elle avait tendance à en rajouter pour qu’il ne se sente pas mal…

 

- Allez, prends un stand au hasard et lance-toi ! poussa la fille.

- Ok, marmonna Dan.

Il laissa passer deux élèves qui venaient en sens contraire et marcha vers le petit chapiteau le plus proche.

Sous la tente, se trouvaient des employés de la mairie. Il s’approcha de la table qui le séparait d’un homme au front dégarni, et d’une femme aux cheveux auburn, coupés courts.

Il lut son nom sur une étiquette collée à son pull : Monique Bales.

- Bonjour, lança-t-il.

Elle le remarqua enfin et marqua une pause en scrutant son visage.

- Bonjour, répondit-elle.

Dan joignit ses mains en signe d’hésitation.

- Alors… Que pouvez-vous me dire à propos de votre métier ?

Monique commença à rassembler des prospectus qui trainaient sur la table et les lui tendit.

- Il est très intéressant, il faut savoir que… Excusez-moi, se coupa-t-elle, est-ce que je vous connais ?

L’adolescent sourit poliment.

- Heu, je ne pense pas…

 

- Peut-être alliez-vous au collège avec ma fille, Anna ? Quel est votre nom ?

Elle tendit la main au garçon. Il s’en saisit et répondit :

- Dan. Dan Flye.

La femme lâcha immédiatement la main de son interlocuteur.

- Le fils de Laura ?

Dan acquiesça doucement, surpris. Le changement d’attitude avait été radical : elle était devenue plus froide et avait repoussé sa main comme s’il avait eu la peste.

Elle attrapa les prospectus de la main du garçon.

- Tout compte fait, je ne pense pas que ce soit un métier approprié pour un garçon comme vous…

L’adolescent n’en revenait pas, il jeta un coup d’œil au collègue de Mme Bales, mais ce dernier semblait éviter son regard.

- C'est-à-dire, un garçon comme moi ?

Il avait eu l’habitude d’entendre des moqueries dans son dos, par rapport à sa situation familiale singulière, ou parce que sa mère avait un travail habituellement tenu par des hommes… Mais personne ne l’avait jamais traité avec autant de mépris de façon si directe.

 

La femme pinça sa bouche.

- Votre profil ne correspond pas au métier, tout simplement.

Dan la toisa encore un instant.

- Merci, trancha-t-il, acide. Votre aide a été très appréciable. Je suis heureux de savoir que la ville a à sa tête des gens comme vous…

Il tourna les talons et sortit du chapiteau.

Claire l’attendait là.

- Alors ? demanda-t-elle avec excitation.

L’adolescent soupira.

- Trouvons un autre métier, suggéra-t-il. Quelque chose de très, très loin. Tu crois qu’ils cherchent des barmans en Australie ?

La fille sourit et ils continuèrent leur chemin.

 

***

 

En fin d’après-midi, le salon prit fin. Les élèves et les adultes qui présentaient leur métier furent invités à profiter d’un banquet.

Une petite esplanade avait été installée en bout de cours. Sur scène, des platines avaient été préparées. Le DJ ne tarderait pas trop, mais tout d’abord, le maire devait faire une allocution.

- Je te dis que ça va être quelque chose de pompeux sur le futur, chuchota Dan à son amie en dégustant un biscuit apéritif. Tu ne veux pas qu’on rentre ?

La fille l’attrapa par le bras.

- Ca fait combien de temps qu’on n’a pas dansé ? s’enquit-elle. Tu essaies toujours de te défiler quand il y a du monde !

- Claire, fit le garçon avec un sourire entendu, on a dansé il y a un mois à la fête de Danny… Et ce n’est pas ma faute, la foule me donne chaud ! J’ai l’impression que c’est un sauna, ici…

 

Elle haussa les épaules.

- On prend un verre, et on va se cacher dans le fond jusqu’à ce que notre cher maire ait fini de nous bassiner, ça marche ?

Dan grogna. Il ne voulait pas l’admettre, mais il tirait une grande satisfaction à danser. Presqu’autant que lorsqu’il faisait du sport. C’était une parfaite activité pour relâcher toute énergie excédentaire !

Mais ça ne fait pas très viril…

Heureusement, il se fichait bien de l’image qu’il pouvait donner aux gens. C’était le miracle que vivre seul avec une mère barman pouvait engendrer…

- Ca marche…
Il attrapa deux verres de soda sur la table et joua des coudes pour quitter la foule.

- Ici, maintenant, vous jouez votre futur ! clama la voix du maire Walker au microphone alors que Dan s’éloignait.

J’en étais sûr !

 

Finalement, les deux jeunes s’assirent contre un arbre, à quelques mètres de l’esplanade.

Claire reposa sa tête contre l’épaule de son ami. Elle se sentait bien, là. Elle serait bien revenue sur sa parole… L’idée de passer la soirée dans cette position plutôt que d’aller danser était tentante…

- Tu ne trouves pas qu’il y a beaucoup de policiers ? questionna le garçon.

Elle releva la tête, tirée de ses pensées contre son gré. Elle regarda alentour.

- Sans blague, on dirait que tout le département du shérif est là, ce soir… Ils ont peur que l’on mette le feu au lycée ou quoi ?

Dan haussa les épaules.

On dirait bien…

 

***

 

La fête battait son plein. Anna commençait à se sentir mal à l’aise au milieu de tout ce monde…

La musique était bien forte et cela n’avait rien à voir avec le genre qu’écoutait sa mère. Le lycée souhaitait vraiment impressionner ses élèves en donnant une image « in ».

L’adolescente était avec un groupe de copines du collège. Elles semblaient toutes bien plus épanouies qu’elle dans ce milieu.

Forcément, il y avait tous les garçons plus vieux du lycée, et cela suffisait pour ses amies.

Elles se trémoussaient toutes sur place en sirotant leur soda. On aurait dit qu’elles étaient prises de spasmes. Suffisamment excitées pour bouger, mais trop timides pour aller sur la piste de danse…

 

Anna scruta la foule. Les gens commençaient à danser vraiment, mais ils ne s’étaient pas tous précipités. La plupart des nouveaux ne voulait pas détruire toute chance de popularité. Seuls les plus vieux, suffisamment en confiance dansaient sans se préoccuper des conséquences.

- Mon Dieu, regarde-les ! s’écria Aurélie.

Anna tourna la tête dans la direction indiquée par son amie brune.

Un garçon et une fille plus jeunes dansaient au milieu des seniors.

- Ils ont notre âge, je suis avec lui en cours d’histoire, indiqua la brune.

La blonde distingua enfin celui dont elle parlait.

Il portait ses cheveux châtains courts avec une mèche hérissée sur son front. L’adolescent semblait complètement dans son élément sur la piste de danse. Il n’était pas très grand pour un garçon mais faisait bien quinze centimètres de plus qu’elle.

Il n’était ni trop fin, ni trop large et arborait un sourire franc qui contrastait avec sa peau mate.

 

- Mignon, tu trouves pas ? lança Aurélie.

Anna acquiesça sans s’en rendre compte, mais cela ne passa pas inaperçu au milieu de ses amies. Les filles entourèrent la blonde.

- Va danser avec lui ! suggérèrent-elles.

- Non, ça va aller, merci… répondit-elle gentiment.

- Si c’était moi, je le ferais, argumenta la brune.

Comme les gens deviennent courageux lorsque ça ne les concerne pas…remarqua Anna.

La blonde se sentit oppressée, ses copines l’acculaient vraiment. Elle sentit des picotements remonter le long de sa nuque.

Du calme, s’imposa-t-elle.

Elle joua avec la nouvelle bague qui ornait son majeur gauche.

- Allez ! Prends ton courage à deux mains !

La lycéenne secoua la tête pour assurer son refus. Mais ses amies continuèrent de la pousser.

Le picotement se fit plus intense dans son corps. L’énergie ne demandait qu’à sortir. Si les filles l’asticotaient d’avantage, Anna ne pourrait plus se contenir…

Il lui semblait que l’améthyste à son doigt commençait à luire légèrement.

Stop !

 

Kelly, une fille rousse du groupe lui tendit un verre.

Anna le but d’une traite pour faire diminuer sa température. Elle fronça les sourcils. Un nouveau type de chaleur gagnait son corps et engourdissait ses extrémités.

- Qu’est-ce que…
Mais les picotements s’interrompirent. Et puis quoi ? Elle pouvait très bien aller danser près de ce garçon. Au pire, il la remarquerait… Serait-ce une si mauvaise chose ?

Elle lança son gobelet vide par-dessus son épaule et s’avança vers la piste de danse.

Aurélie couvrit sa bouche de sa main. Elle ne revenait pas du culot de son amie. Cela ne lui ressemblait pas du tout…

- Non ! Elle ne va pas oser ?

Kelly, triomphante, leva une petite flasque devant le groupe de copines.

En amenant de l’alcool à une fête de lycée, je suis officiellement cool !pensa-t-elle.

- Avec une petite dose de courage dans son verre, pourquoi pas ?

La brune parut offusquée.

- Tu n’as pas fait ça ?

La rouquine haussa un sourcil.

Aurélie s’élança à son tour vers la piste, mais il était trop tard…

 

***

 

A quelques kilomètres du lycée, un groupe se réunissait. Ils avaient tous accouru dès le coucher du soleil, à l’orée de la forêt.

Une vingtaine de vampires prit place autour de la souche du maître. Chacun d’entre eux était plus pâle que le précédent. La faim et l’excitation brûlaient leurs entrailles.

Finalement, le seigneur se hissa sur la souche morte. Il portait un long manteau noir à capuche. Son identité devait rester secrète, au moins pour les deux premières étapes de son plan…

Il contempla sa horde de fidèles en contrebas.

- Mes frères ! lança-t-il en écartant ses bras. Notre retour à Crystal Village est enfin arrivé. Il est temps de reprendre cette ville qui est la nôtre !

Les hommes et femmes levèrent leurs poings en l’air et crièrent.

- Ce soir, nous mordons pour tuer ! Ce soir… Nous montrons au monde que cette ville est notre territoire !

De nouveau, la troupe acclama.

 

Le seigneur descendit de son perchoir.

- Clément, j’aimerais te parler…

Le chauve musclé se rapprocha de sa démarche chaloupée. Le vampire attrapa son sous-fifre par le bombers noir.

- J’avais ordonné de ne faire aucune victime avant ce soir, murmura-t-il de sa voix suave. Ne sais-tu donc pas contrôler ta soif ?

- P… Pardon maître, balbutia le chauve. Elle est passée près de la forêt, et… Elle sentait si bon.

Le seigneur tapota sur l’épaule de son larbin. Ce dernier avait beau être deux fois plus large, il n’était pas très rassuré.

- Je comprends, le lapin, ça va bien cinq minutes…

Il sourit sous sa cagoule. En un éclair, il attrapa la gorge de Clément entre ses doigts et le souleva à plusieurs centimètres du sol.

- Désobéis de nouveau et tu es bon pour un bain de soleil !

Il balança sa victime plus loin.

- A table, conclut le chef de la horde.

 

Les visages se transformèrent. Des canines humaines se transformèrent en crocs d’animaux sauvages. Les veines se firent plus visibles sur les visages. Leurs yeux virèrent au noir, comme s’ils étaient vides.

Le vampire était un animal. Une bête, reine de la nuit. Le parfait prédateur. Naturellement créé pour tuer. Une créature à la vitesse inégalable et à la soif éternellement inassouvie.

Le vampire… Etait en chasse.

 

***

 

Anna avait la tête qui tournait, elle trébucha en arrivant sur la piste. Dan l’a rattrapa avant qu’elle ne touche le sol.

- Ca va ? demanda le garçon.

Elle acquiesça sans oser parler.

Quelques secondes passèrent sans qu’il ne lâche son bras. Il lui sourit. Elle allait se présenter lorsqu’une main tapota sur l’épaule de l’adolescent.

- Viens Dan, c’est la musique parfaite, il faut qu’on fasse la danse Africaine !

Claire jeta un coup d’œil à la blonde en face d’elle.

- Salut, dit-elle mollement.

Elle tira son ami par le bras.

- Allez viens !

- J’arrive, répondit-il.

Il se tourna vers la Anna.

- Ca va aller ?

Elle hocha la tête et força un sourire.

Il resta encore quelques secondes avant de suivre Claire qui le tirait vers le centre de la piste.

 

- Allez Sherlock, il est temps de leur montrer ce qu’on a dans le ventre ! Trois, quatre…

Les deux amis se mirent à se déhancher selon la routine qu’ils avaient apprise plusieurs étés plus tôt.

Bientôt, leurs amis du collège les rejoignirent pour compléter la chorégraphie.

- Hou ! Danny est dans la place ! cria Claire alors que son ami se mit à danser.

Ils faisaient un tabac, même les seniors se mettaient à suivre leurs pas.

L’adolescente éclata de rire. C’était parfait. Le lycée, ce n’était pas aussi dur que l’on disait : Dan et elle étaient déjà populaires !

Elle chercha son ami du regard.

Il dansait également, mais il fixait un angle de la piste avec insistance. Claire suivit la direction de son regard.

Elle fronça les sourcils. La blonde qu’ils avaient croisée était accroupie et tenait sa tête entre ses mains.

 

Avant qu’elle n’ait eu le temps de dire quoi que ce soit, elle aperçut Dan qui traversait la piste pour rejoindre l’adolescente.

Claire s’arrêta de danser. Elle resta immobile au milieu de la foule à les contempler.

Pourquoi il ne reste pas avec moi ?se demanda-t-elle.

Elle leur accorda un dernier regard et prit la direction opposée.

 

Dan s’accroupit aux côtés de sa camarade. Depuis qu’elle avait quitté la piste, elle s’était mise dans cette position. La mère du garçon tenait un bar, il savait très bien à quoi ressemblait quelqu’un qui avait trop bu… Mais comment cette fille avait-elle eu accès à de l’alcool ?

Il l’attrapa et la souleva doucement. Elle s’appuya sur lui et il passa son bras par-dessus ses épaules.

- Ca va aller, assura-t-il.
- Ca tangue, marmonna-t-elle.

Il l’éloigna des enceintes qui ne devaient pas arranger la situation pour la blonde.

Lorsqu’ils furent plus au calme, il l’assit contre un arbre.

- Est-ce que tu es venue avec des amies ?

Elle hocha la tête et désigna le banquet. A côté des tables, un petit groupe de filles sirotait des sodas sans quitter les danseurs des yeux.

- Ne bouge pas, je reviens…

 

Il laissa la blonde et se dirigea vers les filles. Elles s’écartèrent pour le laisser passer.

Sans plus de présentation, il attrapa le verre de la rouquine qui lui faisait face.

- Mais qu’est-ce que tu fais ? s’énerva-t-elle.

Dan porta le gobelet à son nez et sentit le breuvage. Ca puait l’alcool… Il jeta le verre au sol.

- Mais t’es taré ! cria-t-elle.

Dan désigna Anna du doigt :

- Y a votre copine qui ne se sent pas bien. Vous pourriez au moins prendre soin des vôtres…

Une brune à côté du garçon posa son verre pour se précipiter vers son amie. Deux filles suivirent.

- Non, mais tu te prends pour qui, Superman ? cracha la rouquine.

Dan secoua la tête. Il la regarda une dernière fois, médusé, et retourna voir Anna.

 

La brune avait passé son bras dans le dos de son amie et la conduisait dans le lycée.

Dan ouvrit la porte des toilettes. Le groupe de copines précéda la brune et s’occupèrent d’Anna.

- Merci.

Le garçon hocha la tête, tentant d’apercevoir la blonde derrière.

- Pour ce que ça vaut, je ne savais pas que Kelly avait mis de l’alcool dans son verre. Je m’appelle Aurélie.
L’adolescent releva finalement son regard pour croiser celui de son interlocutrice.

- Dan… se présenta-t-il à son tour. Prenez soin d’elle.

 

***

 

Claire attendait, adossée à un tronc d’arbre, dans la cour de récréation. Elle s’était mise en retrait, dans le seul espace qui abritait un peu de verdure.

Elle avait vu son ami disparaître au secours de sa promise blonde, et puis elle ne l’avait plus recroisé.

Elle s’était dit qu’à un moment ou un autre, il serait revenu la chercher. Ne serait-ce que pour la prévenir qu’il quittait la fête…

Mais non.

Elle sentit le froid la gagner progressivement. C’était la fin de la belle saison, et après avoir dansé comme elle l’avait fait, l’inactivité entraînait une certaine fraicheur…

- Trop bruyant pour toi ?

Elle se retourna, surprise.

 

Un adolescent aux cheveux noir coiffés en pics se tenait devant elle. Il était pour le moins sexy avec sa fossette et sa mâchoire carrée…

- Trop de monde, corrigea-t-elle.

Il lui tendit un verre.

- Je m’appelle Liam. Et toi ?

- Claire, répondit-elle en se saisissant du gobelet.

Il lui sourit.

Quel sourire ravageur…
- C’est un joli prénom, commenta-t-il.

Elle leva les yeux au ciel.

- C’est un prénom commun.

Elle but une gorgée alors qu’il faisait un pas vers elle. Il se pencha vers elle et éloigna une mèche qui balaya le visage de la lycéenne.

- Non, assura-t-il. C’est un joli prénom.

 

Elle ne put s’empêcher de lui sourire.

Définitivement sexy…
- Tu veux faire un tour ? proposa-t-il.

Elle hocha la tête et ils s’éloignèrent d’avantage de la foule pour pénétrer dans le lycée.

Les couloirs de l’établissement étaient éclairés, pourtant il n’y avait presque personne dans les locaux. Les deux étudiants s’assirent contre les casiers.

Cela faisait du bien d’être de nouveau au calme.

- Je ne t’avais jamais vu… Tu allais au collège privé ? interrogea Claire.

Liam secoua la tête.

- Non, nous avons emménagé il y a quelques mois… Toi, tu vis ici depuis longtemps ?

Elle hocha la tête.

- Aussi loin que je me souvienne… Je te préviens, ici c’est la campagne, il ne va rien t’arriver de très excitant.

- C’est aussi bien, répliqua le brun, tu n’imagines même pas le genre de personnes sur lesquelles tu peux tomber en ville…

 

Claire se mordilla la lèvre, hésitante.

- Tu veux pas danser ? proposa-t-elle.

- Ici ? demanda-t-il.

- Et pourquoi pas ? Le citadin a peur d’avoir l’air bête ?

Liam se leva et tendit une main à la fille pour l’aider à se lever.

Les lumières s’éteignirent toutes en même temps.

- Qu’est-ce qui se passe ?

Il n’y avait plus que les signes « issue de secours » qui diffusaient une pâle lumière verdâtre dans le couloir.

Liam se retourna, décidé à retourner dans la cour.

- Aaah ! s’écria Claire de surprise.

Un individu se trouvait au milieu du couloir, entre les deux adolescents et la sortie.

Il semblait avoir surgi de nulle part.

L’homme s’avança doucement et s’arrêta à quelques mètres des deux jeunes. La lumière de l’issue de secours éclaira son visage.

- Mon Dieu, qu’est-ce que c’est ?

La créature avait une silhouette humaine, mais en y regardant de plus près, on discernait de grosses veines qui partaient de la commissure de ses lèvres. Ses yeux étaient deux billes noires sur un fond rouge, comme si les vaisseaux sanguins avaient explosé tout autour.

Il ouvrit la bouche et passa sa langue sur ses deux canines monstrueuses.

Liam tira Claire derrière lui.

- Ca, c’est un vampire… expliqua-t-il sans quitter son adversaire des yeux.

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